L’album pour enfants en Fédération Wallonie-Bruxelles

De par le monde, la critique s’étonne : comment un si petit pays peut-il compter autant de talents ?  Signe de la reconnaissance internationale, les nombreux prix attribués aux auteurs-illustrateurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Un fabuleux palmarès

 Kitty Crowther

 

Kitty Crowther a reçu en 2010, pour l’ensemble de son œuvre, le prix le plus prestigieux décerné en littérature de jeunesse, en quelque sorte l’équivalent du Prix Nobel, l’«  Astrid Lindgren Memorial Award », distinction créée par le gouvernement suédois en hommage à Astrid Lindgren, l’auteure de Fifi Brindacier.

 

Kitty Crowther inscrivait ainsi son nom au palmarès mondial des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse où l’avaient précédée les plus grands, Christine Nöstlinger (Autriche), Maurice Sendak (USA), Lygia Bojunga (Brésil), Philip Pullman (Royaume Uni), Ryôji Arai (Japon), et où l’ont suivie Shaun Tan (Australie), Guus Kuijer (Pays-Bas), Isol (Argentine), Barbro Lindgren (Suède) Wolf Erlbruch (Allemagne).

 

Pour justifier son choix, le président du Jury relevait quelques-unes des qualités majeures de l’œuvre de l’auteure de Scritch scratch dip clapote, de La Visite de la petite mort, de Mère Méduse… « Kitty Crowther possède une grande maitrise du trait, elle excelle dans la création d’atmosphère. Elle transforme et renouvèle la narration imagée. Dans son monde, la porte entre l’imagination et la réalité est grande ouverte. Le ton est doux et personnel, mais les effets sont forts. Par sa profonde identification avec ceux dont la vie est difficile, elle vous mène là où la faiblesse peut se muer en force. L’humanisme et la compassion transparaissent dans son œuvre et parachèvent sa qualité d’artiste. »

 

L’attribution de prix internationaux à des auteurs-illustrateurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas un phénomène récent. D’autre part, chaque année, le palmarès s’enrichit de nouveaux titres écrits et imagés par de nouvelles figures ou par des artistes qui ont décidé de vivre et de travailler chez nous.

 

Quelques exemples

 

En 2017, dans la catégorie « Première œuvre » décernée dans le cadre des « Bologna Ragazzi Awards », une mention est attribuée à Loïc Gaume, pour Contes au carré. Graphiste de formation, auteur de BD, Loïc Gaume, qui fut étudiant de Pascal Lemaître à La Cambre, synthétise en quatre cases une quarantaine de contes parmi les plus connus : Les trois petits cochonsla Princesse au petit pois, Raiponce, Pierre et le loup, Baba Yaga… Les doubles pages y sont magistrales. Calligraphie du titre intimement liée au récit, accompagné d’un logo sur la page de gauche, tandis que la page de droite raconte dans des dessins épurés l’essentiel de la narration.

 

En 2015, le « Prix Jeunesse des librairies Folies d’encre » a été remis à Quentin Gréban pour Charlie, l’histoire marrante d’un petit shérif qui zozote délicieusement car il vient de perdre une dent. Même si le petit tigre a beaucoup de mal à se faire respecter : « ve fuis le férif et ve vous interdis de friffer aux cartes », il finira par l’emporter sur le terrible Jack le cornu que personne n’ose affronter. Un véritable western comme au cinéma.

 

En 2014, la Foire de Bologne a attribué une mention à L’Ombre de chacun de Mélanie Rutten, dans la catégorie « Fiction ». Selon les mots du Jury, Mélanie Rutten, dont « l’expression artistique est si particulière avec une ligne fluide, expressive et des lavis délicats tout en transparence, a créé un monde peuplé de livres qui marchent, d’animaux qui nous ressemblent, et qui nous sont immédiatement familiers et qui nous emmènent dans leur univers à la fois étrange, et rempli de chaleur et d’amitié. » Auparavant, cet album avait reçu, en France, le « Prix Fifi Brindacier », au départ d’une sélection de huit ouvrages « dans lesquels les représentations du masculin et du féminin interrogent la place des femmes, l’émancipation des individus et l’égalité dans notre société. »

 

Autre titre distingué en 2014 : Akim court par Claude K. Dubois, qui fait écho à notre triste actualité en évoquant le destin tragique d’un enfant pris dans la tourmente de la guerre quelque part au Moyen-Orient. Si, en fin d’album, Akim retrouve sa maman dans un camp de réfugiés, il a affronté la violence au quotidien, l’exploitation par les soldats qui l’avaient emprisonné. Il a connu l’angoisse de la fuite, le désespoir de la solitude. L’album soutenu par Amnesty International a obtenu le « Deutscher Jugendliteraturpreis ». La Ministre fédérale allemande de la famille avait déclaré à l’époque qu’elle était impressionnée par cet album qui « permet aux enfants de se rendre compte de ce que signifie le fait d’être réfugié » et qui va, poursuivait-elle,  « rendre les gens davantage tolérants vis-à-vis des réfugiés ». Akim court avait déjà remporté en Allemagne le « Katolischer Kinder – und Jugendbuchpreis ».

 

En 2010, la Foire de Bologne a attribué une mention, dans la catégorie « Fiction », à Ici Londres, auquel Anne Herbauts a collaboré, avec plusieurs partenaires : Vincent Cuvelier, Olivier Melano et l’historienne Aurélie Lureau. L’album invitait à découvrir quelques-uns des messages cryptés diffusés sur les ondes de la BBC, pendant la Seconde Guerre mondiale, à destination des résistants.

 

En France, le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a lancé en 2009  le prix « Le Goût des sciences ». Ce prix souhaite valoriser et médiatiser des initiatives de vulgarisation scientifique. En 2015, dans la catégorie « la science expliquée aux jeunes », c’est Sciences pas bêtes pour les 7 à 107 ans, par Bertrand Fichou et Marc Beynié, qui a remporté le trophée. Le livre a été conçu à partir de questions d’enfants, celles que ceux-ci ont posées au magazine « Images doc » qui parait chez Bayard. Si les deux auteurs sont français, l’illustrateur est belge. Pascal Lemaître a imaginé des illustrations « choc », super inventives, proches du dessin de presse. Ce qui nous rappelle qu’il collabore à différents périodiques belges mais aussi américains comme The New Yorker, The New York Times ou encore Time.

 

En 2008, le « Prix Baobab » décerné par le Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Seine-Saint-Denis, en partenariat avec Le Monde, le Syndicat de la librairie française et l’Association des libraires spécialisés jeunesse, a été décerné à Benoît Jacques pour La Nuit du visiteur. Benoît Jacques, qui pratique l’autoédition, détourne à sa façon, multipliant les jeux de mots, le conte du Petit Chaperon rouge. Il met en scène une grand-mère sourde comme un pot, ce qui nous vaut une série de malentendus des plus cocasses. La vieille dame résiste et refuse d’ouvrir sa porte, tandis qu’à l’extérieur le personnage qui cherche à pénétrer dans la maisonnette, séducteur au départ, devient de plus en plus inquiétant et menaçant. La linogravure sert parfaitement le projet de Benoît Jacques ; la simplification des formes renforce le côté extravagant et expressionniste des personnages. Quant à la mère-grand, son portrait est inoubliable. L’artiste en a fait une vieille femme aux mains osseuses  ravagées par le temps et au visage creusé par des rides aussi profondes que le noir utilisé pour les tracer. Ses lunettes rondes dissimulent parfois un regard qui se fait vide, en accord avec les bafouilles de sa mémoire.

En 2003, le « Prix Baobab » avait été remporté par Anne Herbauts pour Et trois corneilles.

 

En 2006, le « Grand Prix du disque pour enfants » décerné par l’Académie Charles Cros est attribué à Monsieur Satie, l’homme qui avait un petit piano dans la tête, texte de Carl Norac, images d’Élodie Nouhen.   

 

En 2005, le « Prix Saint-Exupéry » est attribué à Vieil Eléphant de Valérie D’Heur, texte de Laurence Bourguignon, un album émouvant sur l’acceptation de la mort. L’année suivante, Vieil Eléphant a été sélectionné pour le « Prix Chronos » qui prime les meilleurs albums traitant des relations entre les générations et la vieillesse.

 

Antérieurement, en 1992, le « Prix Graphique » de la Foire du Livre de Bologne avait été attribué à OH ! du graphiste Josse Goffin, à situer dans la ligne du Push Pin Studio. Et en 1993, il couronne Escales : un Carnet de croquis, un livre d’exception, presque une improvisation à quatre mains. Rascal en a écrit le texte illustré de façon magistrale par Louis Joos qui fusionne les techniques et les procédés… crayons, encres, pastels secs et gras, aquarelle, gouache acrylique… Flamboiement d’images expressionnistes, nervosité d’un griffonnage qui révèle les dessous d’un luxueux voyage transatlantique qui se termine en tragédie.

 

Dans le cadre de ce prix, des mentions avaient été décernées à Gabrielle Vincent : en 1984  pour L’Oeuf ; en 1988 pour La Naissance de Célestine ; en 1994  pour Au Bonheur des ours ; et en 2001 pour Nabil.

 En 1999, une mention avait été attribuée à Anne Herbauts pour Que fait la lune, la nuit ?

 

Dans le cadre du « Prix Critiques en herbe » décerné par un jury d’enfants, lors de la Foire du Livre de Bologne, Marie-José Sacré a été distinguée à quatre reprises. En 1987, pour Bon appétit Monsieur Logre, texte de Carl Norac ;

en 1990, pour Il Fiore Giallo  (La Fleur jaune), texte de Renate Schupp ;

en 1991 pour Der Klitzekleine Hase und seine Freunde  (Tout p’tit lièvre et ses amis), texte de Gerda Wagener ;

en 1992 pour Der Kleine, der Riese und der Grossriese (Le Petit Homme et les géants), texte de Klaus Kordon.

 

La Biennale Internationale d’Illustration de Bratislava attribue elle aussi des distinctions très enviées. René Hausman a obtenu la prestigieuse « Pomme d’or », en 1975, pour Bestiaire insolite ; Anne Brouillard, en 1993 pour Le Sourire du loup ; et Louis Joos pour Eva ou le Pays des fleurs, texte de Rascal, de même que pour Nemo et le volcan, texte de Carl Norac.

 

Et chez nous

 

La Fédération Wallonie-Bruxelles décerne un « Grand Prix Triennal de Littérature de Jeunesse » . Il a été attribué pour la première fois à Kitty Crowther, en 2006. A Rascal, en 2009. A Benoît Jacques, en 2012. A Anne Brouillard, en 2014. A Thomas Lavachery, en 2018. Si Thomas Lavachery est surtout connu pour ses romans, il est l’auteur-illustrateur de plusieurs albums parmi lesquels Jojo de la Jungle, Ma famille verte et J’irai voir les Sioux.

 

Diversité et ouverture

 

Diversité et ouverture caractérisent l’album en Belgique francophone. Loin de tout repli identitaire, Bruxelles et la Région Wallonne constituent des espaces d’échange, de métissage et de confrontation. Chacun, qu’il soit né au pays ou qu’il arrive d’autres horizons, s’y sent libre d’approfondir son œuvre en puisant aux sources les plus diverses, en recourant aux techniques les plus variées, en collaborant avec des partenaires d’ailleurs.

 

Si les auteurs et illustrateurs belges francophones rencontrent pareil succès, c’est parce qu’ils ont placé l’enfant destinataire au centre de leur création, sans pour autant négliger les recherches plastiques et littéraires. Ils racontent des histoires qui répondent à ses besoins affectifs, à son désir de grandir dans l’autonomie, à son insatiable curiosité. Des histoires qui font peur, des histoires absurdes qui font rire, des histoires mystérieuses ou énigmatiques. Ils s’adressent aux tout petits qu’ils initient à la musique de la langue comme aux plus âgés invités à se confronter à des histoires qui dérangent, des histoires qui posent des questions sans donner de réponse, des histoires où la réflexion passe par l’humour, des histoires qui interrogent l’actualité, des histoires de complicité avec les « autres ».

 

Pas de style graphique privilégié… Pas de référence exclusive à tel ou tel courant artistique… Lyrisme échevelé chez l’un(e), minimalisme chez un(e) autre. Aquarelle de grande douceur chez un(e) troisième. Utilisation de la gouache, de la peinture à l’acrylique. Prédominance du dessin et des crayons de couleur pour tel(le) autre. Préférence pour l’encre de Chine par ici ou pour les feutres par là. Gravure sur gomme ou linogravure parfois. Collages. Utilisation de Photoshop. Combinaison de techniques traditionnelles et de recherches à l’ordinateur. Broderie même !

 

Un passé prestigieux

 

Une parenthèse

Commençons en ouvrant une parenthèse afin de rappeler que la plus ancienne version connue du Petit Chaperon rouge, De puella a lupellis servata, nous a été transmise par Egbert de Liège, dans son recueil Fecunda Ratis (le navire lourdement chargé) que l’on date des environs de 1023. L’écolâtre de la Cathédrale Saint-Lambert de Liège y racontait en latin l’histoire d’une fillette porteuse d’une robe de baptême de couleur rouge emportée dans la forêt par un loup.

 

Albums précurseurs

 

Edgard Tytgat et Léon Spilliaert

 

La Bibliothèque nationale de France et la maison Albin Michel viennent de rééditer le  Petit Chaperon rouge dessiné et gravé par le peintre Edgard Tytgat, dans un style qui impressionne par son « aspect primitif autant qu’enfantin » selon la formule de Carine Picaud, conservatrice à la Réserve des livres rares de la BnF, qui a choisi de reproduire la quatrième édition, celle de 1921, publiée à Bruxelles chez Van Oest et Cie. A vrai dire, l’intérêt de l’artiste pour le conte de Charles Perrault était bien antérieur. En 1910 déjà, il avait composé une série de seize aquarelles pour illustrer le récit. A cette date, il avait fait paraitre La Princesse sur un pois d’après Andersen, et, en 1913, Le Lendemain de la Saint-Nicolas.

 

A cette époque, Edgard Tytgat n’est pas le seul artiste à oeuvrer en direction de l’enfance. Léon Spilliaert et son ami Georges-Marie Baltus publient chacun un album à colorier dans la collection du « Petit Artiste »  que dirige Céline Dangotte, fondatrice à Bruxelles des éditions de « L’Art Décoratif ». Plaisirs d’hiver (1918) du premier et Le Livre des Merveilles (1919) du second   accompagné de quatrains par Raymond Limbosch, proposent chacun cinq planches en couleurs et cinq planches au crayon noir. La même éditrice se montre sensible aux formulettes enfantines et chansons de nourrices. Elle publie en 1918 deux recueils illustrés en ombres chinoises par Marcel Jaspar : Compère, qu’as-tu vu ? et Arlequin marie sa fille, dans une collection intitulée « Rimes et rondes ».

 

 Chez Desclée de Brouwer : Jeanne Hebbelynck et Élisabeth Ivanovsky

 

Les années 30 sont fécondes. L’éditeur brugeois Desclée de Brouwer qui dispose d’une antenne en France publie des albums illustrés par Jeanne Hebbelynck et par Élisabeth Ivanovsky.

 

Jeanne Hebbelynck, d’origine gantoise, illustre principalement des récits de Camille Melloy, un poète du terroir qu’inspirent des légendes de tradition chrétienne. Le rayonnement de Jeanne Hebbelynck sera grand, tant en France qu’en Belgique, à travers une imagerie religieuse d’une grande douceur : enfants à l’allure d’angelots sanctifiés par de larges auréoles, lumière céleste qui baigne des paysages paradisiaques, encadrements dorés en forme de médaillons…

 

Elisabeth Ivanovsky, née en 1910 à Kichinef en Bessarabie, a été formée en son pays où elle a été initiée aux pratiques du constructivisme qui préconise le dépouillement, épurant le style pour accentuer l’expression. Venue en  Belgique pour parfaire sa formation à l’École nationale supérieure d’Architecture et des Arts décoratifs fondée par Henri Van de Velde, elle s’y installa définitivement. Au cours de ses études, elle rencontra l’écrivain et poète Franz Hellens qui lui proposa d’illustrer L’Histoire de Bass Bassina Boulou. Le livre paru en 1936 raconte le destin d’un fétiche africain. A cette date, Elisabeth Ivanovsky avait déjà signé plusieurs titres dont Cirkus – réédité par les éditions MeMo – et Un tas d’histoires d’après un texte de Jeanne Cappe. Elisabeth Ivanovsky et son mari, René Meurant, créeront de 1941 à 1946, pour les Éditions des Artistes dirigées par Georges Houyoux, une série de mini livres destinés aux petits. Les vingt-quatre titres de la collection « Pomme d’api » sont d’une beauté à couper le souffle. Les éditions MeMo ont réédité cette bibliothèque enfantine sous l’appellation : « Les Très petits », de même que quatre titres de la charmante collection « Sans Souci ».

 

Chez le Père Castor : Albertine Deletaille

 

Albertine Deletaille est née en Hollande où elle s’est formée aux arts graphiques. A la suite de son mariage, elle s’installe en Belgique, mais ne commence sa carrière d’auteure-illustratrice qu’à l’âge de 52 ans. Elle publie plus de 35 titres à l’enseigne du Père Castor. Pour elle, seul, Paul Faucher éditait de « vrais » livres pour enfants. Les bêtises et les jeux sont au centre de plusieurs albums destinés en priorité aux plus jeunes. Lorsque parurent La Boîte à soleil, La Maison qui chante, Chat lune, en 1954, on put lire dans la presse : « Voilà assurément comment il faut peindre et écrire pour les enfants ». En éducatrice, Albertine Deletaille cherchait moins à amuser l’enfant qu’à le préparer à devenir un être dont l’équilibre se manifesterait dans la générosité. Son album Joselito est sans doute le plus explicite à cet égard.

 

Des livres pour les tout-petits

 

Elisabeth Ivanovsky et Albertine Deletaille ont fait école. A leur suite, d’autres artistes ont orienté leurs créations en direction de la petite enfance.

 

Une grande partie de la production de Marie Wabbes s’adresse aux tout-petits. Sensible aux différentes situations vécues par ceux-ci, elle met en scène avec élégance et tendresse, depuis 1963, des oisillons, des cochonnets, des lapins, des poules, des poussins… et surtout des ours en peluche dont elle est éperdument amoureuse. Ses albums sont parus, entre autres, chez De Boeck, au Sorbier, à L’Ecole des loisirs, chez le Père Castor/Flammarion, chez Gallimard…

 

Douceur et chaleur caractérisent le style de Claude K. Dubois, dont Les mots doux et L’ile aux câlins réalisés avec Carl Norac, chez Pastel, ont rencontré un succès international. Les énormes bajoues de Lola hamster gonflées au point d’éclater sous la pression des “ mots doux ” trop longtemps retenus ont marqué bien des imaginations

 

Jean Maubille, adepte des couleurs vives en aplat, invite à une lecture joyeuse qui sollicite parfois la main, tandis que la phrase rythmée s’envole et rigole comme une comptine.

 

Le quotidien de l’enfant, ses rêves comme ses inquiétudes, passionnent  Catherine Pineur et Emile Jadoul dont les créations sont parfois malicieuses. Eux aussi ont choisi pour héros des animaux sympas dans lesquels les enfants se reconnaissent avec plaisir.

 

Jeanne Ashbé, auteure-illustratrice de plusieurs dizaines d’albums, préfère mettre en scène le bébé lui-même. Et pour ce faire, elle ne cesse de l’observer en famille, en crèche, dans son bain, dans ses jeux, dans son sommeil, dans sa relation avec les autres bébés. Logopède de formation, attentive au développement du langage et à l’émergence de la pensée, elle n’a cessé de réfléchir aux interactions entre l’adulte et l’enfant, entre l’enfant et le livre ; entre une image et un texte chantant. Les albums de Jean Maubille, Emile Jadoul, Catherine Pineur et Jeanne Ashbé paraissent régulièrement chez Pastel qui édite également la série Poka et Mine de Kitty Crowther imaginée pour les petits en train de grandir : des albums qui prennent le contrepied des idées reçues.

 

Annette Tamarkin a également conquis le public des tout-petits. Sont particulièrement appréciés les albums qu’elle a publiés aux éditions les Grandes Personnes avec lesquels les plus jeunes peuvent s’adonner aux joies de la manipulation de livres-objets.

 

Tout récemment, seule, ou avec la complicité de John Pan, Anne Crahay a multiplié d’amusants tout cartons à « lire » ou à « bruiter » dès un ou deux ans. Quelques-uns, comme Miam, Chuuut sont parus à L’élan vert, d’autres chez Albin Michel, comme Au dodo, Guili guili

 

Quand la poésie est mise en image

 

Pendant près de trente ans, dès 1990, les aquarelles en finesse et légèreté de Gabriel Lefebvre ont imagé la poésie, celle d’Arthur Rimbaud, de Jacques Prévert, de Paul Eluard, de Jean-Baptiste Baronian, mais surtout celle de Pierre Coran, dans de nombreux recueils parus chez d’abord Hachette, ensuite chez Casterman et à la Renaissance du livre où il a illustré, en outre, un recueil de poèmes de Maurice Carême. Autre titre de gloire pour Gabriel Lefebvre, sa collaboration à un récit surprenant de Raoul Vaneigem, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations. Le Cueilleur de mots a été publié en 2014 aux éditions Atlande, parallèlement au Traité des fées que Fernand Dumont, l’une des grandes figures du surréalisme belge, avait écrit en 1942. Les illustrations aériennes de Gabriel Lefebvre y font merveille.

 

Une artiste d’exception : Gabrielle Vincent

 

Gabrielle Vincent est une figure marquante de l’album en Fédération Wallonie-Bruxelles. Son premier titre, Le Petit Ange à Bruxelles, parait en 1970. C’est en quelque sorte un éloge de l’insoumission, en même temps qu’un regard désabusé sur le paradis où l’on enferme derrière les barreaux les petits anges désobéissants.

Les thèmes qu’aborde Gabrielle Vincent, dans sa série la plus connue, Ernest et Célestine, touchent à l’essentiel. D’où venons-nous ? Comment nous débrouiller au jour le jour ? Sommes-nous aimés comme nous le souhaiterions ? Comment réagir par rapport au « socialement correct » ? Pour répondre à ces interrogations, Gabrielle Vincent part des petits riens du quotidien. Ernest et Célestine appartiennent aux couches sociales peu favorisées. Si ce n’est pas la pauvreté, on n’en est pas loin et la débrouille est de rigueur ! Mais peu importe ! Chez Ernest et Célestine, on a le sens de la fête et du partage.

Si le gros ours est parfois bougon, Célestine se montre espiègle ou capricieuse. Et tous deux manifestent leurs émotions : joie, jalousie, tristesse, inquiétude…

On a mille fois célébré les qualités du dessin et des aquarelles de Gabrielle Vincent. Autant le trait est nerveux, autant l’aquarelle se fait douce et lumineuse. D’abord publiés chez Duculot, les albums de Gabrielle Vincent sont réédités chez Casterman, à l’exception de Nabil (2004) et Le Violoniste (2006) disponibles chez Rue du Monde.

 

Tout oppose Célestine à Martine, la belle enfant sage, héroïne d’une série à succès, à qui tout sourit dans la vie. Conforme aux stéréotypes de la « bonne éducation », avec une stricte répartition des rôles sexuels, Martine se prépare à son futur métier de mère et de ménagère. La série des Martine, dont l’énorme succès perdure, créée en 1954 par Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, vendue à plusieurs millions d’exemplaires de par le monde, a fait la fortune de la maison Casterman, le plus ancien éditeur belge pour la jeunesse qui assurait, au 19ème siècle, la diffusion de la morale catholique.

 

Pastel : Une explosion à partir des années 80

 

En 1987, Christiane Germain est chargée par L’Ecole des loisirs de Paris d’ouvrir un département belge : ce sera « Pastel ». Antérieurement, Christiane Germain avait développé un secteur « jeunesse » chez Duculot, publiant les albums de Gabrielle Vincent et accueillant ceux d’Elzbieta, de Jörg Steiner et Jörg Müller, de Tony Ross, d’Antony Brown, de Barbro Lindgren et Eva Erikson…

Ce fut alors comme une explosion ! Des créateurs qui faisaient leurs premiers pas purent développer et enrichir leur talent au contact d’une éditrice expérimentée, exigeante et soucieuse d’authenticité. Au catalogue de la maison, on put découvrir les noms de Rascal, Mario Ramos, Kitty Crowther, Louis Joos, Claude K Dubois, Carl Norac, Dominique Maes, Jean Maubille, Peter Elliott, Jean-Luc Englebert, Jeanne Ashbé, Stibane, Pili Mandelbaum, Bénédicte Quinet, Nadine Fabry… Ceux-ci furent rejoints dans un second temps par Sabine De Greef, Anne-Catherine De Boel, Emile Jadoul, Michel Van Zeveren, Neil Desmet, Emmanuelle Eeckhout, Emilie Seron, Geneviève Casterman, Ludovic Flamant, Pascal Lemaître, Catherine Pineur, Philippe Brasseur, Marie Wabbes… Béa Deru Renard qui a fait son entrée dans le catalogue de la maison en 1991, avec un premier titre illustré par Louis Joos, Un Clown plus que Rigolo, multiplie les récits dans lesquels elle traite de grandes questions : recherche du bonheur, amour, identité, rencontre de l’autre… Parallèlement, en historienne, elle publie, dans la collection Archimède, des fictions documentaires illustrées par Hans Ulrich Osterwalder, dans lesquelles elle met en scène des enfants confrontés à la Grande Histoire.

 

Apparenté à cette grande famille, Dominique Mwakumi publie directement à L’Ecole des loisirs ses albums qui racontent la vie dans les villes et villages d’Afrique Noire.

 

Pastel vient de fêter son trentième anniversaire avec un bel avenir grâce à Odile Josselin qui a pris le relais de Christiane Germain, en 2008.

 

Rascal et Mario Ramos

 

Parmi les artistes qui ont contribué au succès de Pastel, on citera Kitty Crowther Claude K. Dubois, Louis Joos dont des albums ont été évoqués, de même que Rascal et Mario Ramos.

L’œuvre singulière de Rascal le vagabond provoque, émeut, bouleverse, tant l’humain est au cœur de sa création. Les questions qu’il se pose ou qu’il nous pose restent ouvertes et se prêtent à l’interprétation. Par un curieux retournement, les albums de Rascal, qui a fui l’école, passionnent les didacticiens de la langue. Pour eux, lire ses albums dès la maternelle, c’est « entrer en littérature ». Lorsqu’il crée ses images, Rascal s’essaie à la diversité des techniques, le trait, le collage, la photo, l’encre ou la peinture, la sérigraphie Il aime osciller entre nostalgie et modernité. Rascal aime associer son nom à celui d’autres créateurs qui illustrent ses textes ou dont il illustre les histoires, que ces créateurs soient des familiers de Pastel ou qu’ils viennent d’autres horizons comme Stéphane Girel, Régis Lejonc, Serge Bloch, Hubert Grooteclaes, Cendrine Genin, René Hausman, Nicolas De Crécy, Neil Desmet ou Marie Colot.

 

L’humour de Mario Ramos, tant visuel que verbal, lui permet d’aborder avec légèreté et enjouement des sujets graves : difficultés d’intégration, ravages de la guerre, rapports ambigus de l’enfant et de l’adulte. Il s’interroge et nous interroge sur la vie et sa cruauté, sur nos échecs et nos réussites. Il aime « chatouiller le pouvoir » et porter un regard critique, quelquefois amer, sur la société. Etonnant raconteur d’histoires, Mario Ramos a rendu au loup des contes une place centrale dans l’imaginaire des enfants, mais loin de les effrayer, celui-ci les fait bien rire. Un rire réconfortant !

 

D’autres créatrices, d’autres créateurs

 

Mystérieuse Anne Brouillard, artiste à l’âme voyageuse dont les albums sont dispersés chez Dessain, Syros, Grandir, Casterman, Milan, Albin Michel, Sarbacane, Esperluète, Pastel, au Seuil, au Sorbier… Avec elle, on prend le train ; ainsi en est-il dans l’étonnant leporello Voyage d’hiver. Le paysage défile par la fenêtre, les images se succèdent, de même que les émotions, on s’arrête dans une gare, tandis que la terre tourne. Réalisme et imaginaire se côtoient avec parfois une touche de farfelu, comme dans La Grande Forêt, le pays des Chintiens. Anne Brouillard joue avec la lumière, brillante au petit matin, grise lorsque la pluie tombe, bleutée sous la neige à la tombée du jour…

 

Les albums d’Anne Herbauts paraissent principalement chez Casterman et Esperluète. Le temps, le vide et le plein, l’endroit et l’envers, le point de vue, la gauche et la droite, l’aller et le retour, le bruit et le silence, la présence et l’effacement, les couleurs, le blanc et le noir, le « débobinage » du fil et son rembobinage, le ressassement, l’entre-deux… sont au cœur des créations d’Anne Herbauts. Les mailles de son tissu, plus ou moins ajourées, plus au moins serrées, invitent à lire et à regarder par-delà.

Artiste du texte et de l’image, Anne Herbauts l’est tout autant du livre. Ses albums s’apparentent à des livres d’artiste. Cet aspect de sa recherche est particulièrement perceptible dans Lundi où elle utilise toutes les ressources du support, format, embossage du papier, grammage, découpe… Dans cet album consacré au temps qui passe, la neige recouvre le héros et l’efface peu à peu. Aux distinctions mentionnées ci-dessus, on ajoutera le « Prix Pitchou » décerné à Saint-Paul-Trois-Châteaux, en 2007, pour Petites météorologies et le « Grand Prix de l’Illustration » décerné par le Musée de l’Illustration de Moulins, en 2009, pour Les moindres petites choses.

 

Pascal Lemaître, déjà cité, ne cesse de nous étonner tant les facettes de son talent sont multiples. Capable d’éclairer un phénomène scientifique, il s’engage aux côtés de Stéphane Hessel : pour lui, « créer c’est résister ». Il peut passer de l’évocation du génocide perpétré par les Khmers rouges dans La Fleur des Marais à la truculence d’une farce bruegélienne dans Vlek. Sans en avoir l’air, ses dessins extraient « la substantifique moelle » des fables de Toni et Slade Morrison. Ses albums personnels ou ses illustrations pour d’autres sont parus chez Casterman, chez Nathan, chez Bayard, chez Milan, chez Pastel, à L’Ecole des Loisirs, aux éditions de l’Aube.

 

Si Claude K. Dubois a largement contribué au rayonnement de Pastel, elle a publié plusieurs titres sur des sujets difficiles chez Mijade, qu’il s’agisse de Ma grand-mère Alza… quoi, avec Véronique Van den Abeele, Chez moi, c’est la guerre, avec Fatima Farafeddine ou encore L’Etoile de Léa, un récit poignant de Patrick Gilson, qui confronte le lecteur à la mort d’un enfant malade.

 

C’est principalement aux éditions du Rouergue et à l’Association que l’on découvrira l’humour décalé et le non sense de José Parrondo, à l’écriture et aux dessins minimalistes faussement naïfs. Parmi les nombreux titres qui privilégient gags, jeux d’images et de mots plus loufoques les uns que les autres, retenons Monsieur Kit. Tel un enfant qui assemble les pièces disparates contenues dans la capsule d’un œuf Kinder Surprise, Monsieur Kit construit, sous nos yeux émerveillés,  une voiture, une fusée, une locomotive… Et même, dans un gag final, une soucoupe volante et son bonhomme vert… Retenons un second titre emblématique, Parfois les ennuis mettent un chapeau. Dans ce petit volume aux allures de missel, José Parrondo a rassemblé une somme édifiante de réflexions dans lesquelles évidences et absurdités se confondent, pour le plus grand plaisir des lecteurs de tous âges. On y apprend que le chauffeur de bus qui paie son billet a un sens professionnel inégalable  et on y lit cette confidence : « Je vais chez moi à l’improviste, je sonne, il n’y a personne, je ne suis jamais là quand j’ai besoin de moi. »

 

C’est encore au Rouergue que la poésie et l’humour s’entrelacent dans les albums de David Merveille qui met en scène Monsieur Hulot prolongeant graphiquement les films de Jacques Tati ; David Merveille dont plusieurs albums sont parus chez Mijade. C’est encore au Rouergue que Thisou Dartois, après un bref passage chez Mijade, exerce son savoir-faire. Son dernier livre, tout en broderie, propose à l’endroit et à l’envers une réécriture du fameux conte des enfants perdus dans la forêt qui échappent à l’ogre. Si le Petit Poucet y interprète le rôle principal, on y croise le Petit Chaperon rouge et les Trois Ours.

 

Après des années d’impertinence aux éditions du Seuil où ils s’éclatent avec des titres tels que Crotte!, Prout!, Pipi!, C’est dégoûtant!,  Francesco Pittau et Bernadette Gervais réalisent pour Gallimard-Giboulées, puis pour Panama et enfin pour les Grandes Personnes, des livres hors-normes au format gigantesque : un vrai festival de volets à soulever et d’activités ludiques. Emerveillement garanti devant la double page des plumages d’Oxiseau, ou devant la diversité des fourrures dans Axinamu ! Les dessins réalistes apparentent ces albums à la tradition des imagiers.

 

Christian Lagrange a peu publié. Ses albums parus chez Labor dans la collection « A l’abordage », à La Martinière, et au Seuil, « mettent en scène – selon ses propres mots – des personnages fragiles qui, par leur extraordinaire force de vie, arrivent à surmonter les obstacles qui les tourmentent ». Particulièrement étonnant et éprouvant, De la terre à la pluie qui traite de l’exil forcé et dont les images associent des photos de sculptures en terre glaise à un environnement de dessins.

 

On découvrira les images simples de Vincent Mathy, mélange de  techniques traditionnelles avec l’ordinateur, chez Lito, Nathan, Père Castor/Flammarion, Albin Michel, Tourbillon, Sarbacane.

 

Grand Format : Carl Norac

 

Un nom d’auteur est maintes fois revenu au cours de cette présentation, celui de Carl Norac. Poète pour adultes et auteur d’albums pour enfants, Carl Norac a parcouru le monde dans tous les sens, se laissant « traverser » par la beauté des paysages et la chaleur des rencontres. De là naquit son désir d’écriture. « Ses albums, écrit Jean Perrot, sont un lieu poétique d’initiation à la culture mondiale ». Sa sensibilité lui a permis d’imaginer de touchants récits pour les petits tandis son insatiable curiosité l’a amené à explorer différents univers musicaux, qu’il s’inspire de la biographie d’Erik Satie, de la correspondance de Frédéric Chopin, ou qu’il s’appuie sur les conceptions musicales de Claudio Monteverdi.

Ses textes ont inspiré les plus grands illustrateurs et illustratrices, de Louis Joos à Claude K. Dubois et Kitty Crowther, de Dominique Mwankumi à Carl Cneut et Stéphane Poulin, de Marie-José Sacré à Isabelle Chatellard et Catherine De Boel, Elodie Nouhen et Ingrid Godon, de Nathalie Novi à Delphine Jacquot et Rebecca Dautremer… Et dans les albums CD qu’il a publiés chez Didier et chez Little Village, sa prose poétique, teintée d’humour quelquefois, est lue par Jeanne Balibar, François Morel, Jacques Bonnaffé, Michel Fau… Les albums pour enfants de Carl Norac sont parus principalement chez Pastel et chez Didier Jeunesse, mais également chez Dessain, Casterman, Sarbacane, Bayard, Bilboquet, Rue du monde, A pas de loups, et à La Renaissance du livre…

 

La relève

 

La relève est assurée. Nombreux sont les jeunes qui commencent à se faire connaître dans le métier, qu’ils soient d’ici ou que, venus d’ailleurs, ils s’installent à Bruxelles ou en Wallonie, qu’ils publient ici ou qu’ils publient de retour chez eux. Et l’on s’emballe pour Anne Brugni et McCloud Zicmuse, Valentine Laffite, Noémie Favart, Teresa Arroyo Corcobado, Lisbeth Renardy, Camille Van Hoof, Fanny Dreyer, Marion Dionnet, Caribaï, André Borbé, Etienne Beck, Virginie Pfeiffer, Françoise Rogier, Chloé Perarnau, Sophie Daxhelet, Paola De Narvaez…

 

 

Maisons d’éditions en Wallonie et à Bruxelles

 

A côté des maisons liées à la France comme Casterman qui fait désormais partie du groupe Madrigall, lui-même issu du groupe Gallimard, comme Pastel qui dépend financièrement de L’Ecole des loisirs, la Belgique francophone se défend avec ardeur sur le plan éditorial.

 

Mijade

 

Mijade, apparu en 1993, se porte bien sous la direction dynamique de Michel Demeulenaere. Son catalogue très diversifié où sont présentes d’indispensables rééditions de grands maîtres internationaux tels Eric Carle, Tony Ross, Jill Barton, Don Wood… ménage une place importante à des créateurs bruxellois et wallons. Plusieurs d’entre eux ont déjà été mentionnés : Josse Goffin, David Merveille, Valérie D’Heur… Sont également présents en tant qu’auteurs de textes ou illustrateurs, ou cumulant les deux : Laurence Bourguignon, Philippe Goosens, Annick Masson, Nathalie Quintard, Agnès De Ryckel, Marie-Aline Bawin, Dominique Maes et surtout Quentin Gréban qui maîtrise à la perfection la technique de l’aquarelle sur croquis au crayon. A la fois poétiques et délicates, elles revisitent de grandes oeuvres comme Pinocchio, Peter Pan ou Le Livre de la jungle ; des contes classiques comme ceux des frères Grimm : Blanche neige ; comme ceux d’Andersen : La Petite Sirène, Poucette, Le Rossignol de l’Empereur de Chine ; ou encore des récits pour les petits.

 

Esperluète

 

La petite structure, créée en 1994, par Anne Leloup, graphiste, peintre et lithographe, est placée sous le signe du logogramme « & » qui marque la liaison. Au départ, chaque titre était lieu de rencontre entre un écrivain et un plasticien. Ainsi en fut-il, par exemple, des gravures sur gomme de Kikie Crèvecoeur côtoyant des textes de Thierry Devolder. Au fil du temps, la maison a intégré des titres signés par un seul auteur-illustrateur, tels les livres « en accordéon » de Geneviève Casterman, Ania Lemin, Anne Brouillard, Stéphane Ebner ou les albums de la collection  « Hors formats » qui explorent le rapport texte-image, avec Dans mon jardin de Dominique Descamps, De temps en temps d’Anne Herbauts, Les Démons caca de Fabienne Loodts. De son côté, Anne Leloup a conçu plusieurs fresques à colorier, tandis que Geneviève Casterman, dans 100(0) moments de dessin, propose une infinité de pistes à explorer pour devenir créatif : improvisations, croisements, bifurcations et inventions. Les ouvrages d’Esperluète sont souvent plus proches des livres d’artistes que des albums traditionnels.

 

Alice Jeunesse

 

Michel de Grand Ry fonde sa maison d’édition en 1995 ; il y adjoint un département jeunesse en 2001. Les éditions Alice entendent « privilégier émotion, plaisir et épanouissement personnel de l’enfant, avec toute la force de l’imaginaire qui le fait grandir, intellectuellement et affectivement ». Parmi les titres qui ont contribué à son renom : Alice au pays du cancer, On va où quand on est mort ? de Martine Hennuy et Sophie Buysse, avec des illustrations de Lisbeth Renardy ; A qui sont ces culottes? d’Anne Crahay qui a également illustré Dans le bidon de maman de Florian Rudzinski, et De quelle couleur sera le bébé ? d’Adeline Ysac ; la série philosophique de Dominique Maes dont le héros « Tof » ressemble à s’y méprendre à son auteur.

Fin 2014, Mélanie Roland succède à Michel de Grand Ry. Tout en restant fidèle à la ligne éditoriale de la maison qui cherche « à donner des clefs à des enfants qui vivent des moments tristes ou compliqués » et à ses auteurs-illustrateurs, elle s’ouvre à de nouvelles formes graphiques prospectant sur le plan international et cherchant à valoriser de nouveaux talents. Parmi les habitués et fidèles de la maison, citons Charlotte Bellière et Jan de Haes, Philippe de Kemmeter, Maud Roegiers, Yaël Vent des Hove, Benoît Coppée, Isabelle Jossa, Montse Gisbert, et Virginie Pfeiffer dont Et l’Homme rit, La Bestiole, Le Bonheur d’Isidore ont été particulièrement remarqués.

 

A pas de loups

 

Le nom de la maison née en 2014 n’est pas innocent. Si Laurence Nobécourt, française installée à Bruxelles, a choisi le loup comme animal emblématique, c’est parce que « le loup rôde silencieusement, capable, par ailleurs de bondir, gronder, hurler », explique Aylin Manço, son assistante. Une quarantaine de titres appréciés par la critique ( « Coup de cœur L’as-tu lu mon p’tit loup-France Inter », Sélection « Prix Pitchou », « Coup de cœur de la Librairie francophone- France Inter », Sélection Le Monde des livres) sont parus jusqu’à présent dans un catalogue qui se construit lentement et sans faire de bruit. S’y retrouvent quelques stars de notre littérature de jeunesse comme Rascal, Carl Norac, Dominique Descamps, aux côtés de jeunes créatrices.

Deux noms s’imposent : Françoise Rogier et Sophie Daxhelet. Françoise Rogier, amoureuse des contes qu’elle fréquente depuis son plus jeune âge, les transforme avec drôlerie. Inspiré par la comptine Une poule sur un mur, son dernier titre, Picoti… tous partis ? a été offert à tous les enfants entrés en maternelle depuis octobre 2017, dans le cadre d’une collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. La distribution se poursuivra jusqu’en 2019.

Sophie Daxhelet, dont deux titres avaient été publiés chez MeMo, crée, entre autres, des livres passerelles qui mènent les enfants vers l’art moderne, du Douanier Rousseau à Jean Dubuffet.

 

Versant Sud

 

On doit à la rencontre d’Elisabeth Jongen et de Fanny Deschamps la création de collections jeunesse aux éditions Versant Sud. Les auteurs-illustrateurs sont pour la plupart aussi jeunes que le département jeunesse né en 2016. Plusieurs d’entre eux ont été formés à Bruxelles, soit sous la direction d’Anne Quévy, à l’Académie royale des Beaux-Arts, soit sous la direction de Pascal Lemaître, à La Cambre. Si certains, si certaines sont belges comme Noémie Favart dont L’épouvantable histoire de Valentine et ses 118 poux fut le premier titre publié par la maison, d’autres viennent de France ou d’ailleurs comme Yannik Nory, Valentine Laffite, Loïc Gaume… Jusqu’à présent, Versant Sud propose deux orientations, des albums qui font « tressaillir, frissonner, sursauter » dans la collection « les Pétoches » et des albums qui éclairent des pans de l’histoire de l’art, parmi lesquels un petit chef-d’œuvre de Kitty Crowther consacré au peintre hollandais né en Indonésie, Jan Toorop.

 

Kate’Art éditions

 

Il ne faudrait pas oublier en matière d’initiation artistique l’excellent travail mené depuis 2000 par Catherine de Duve qui propose dans sa collection « Happy Museum » des livres interactifs qui éveillent la sensibilité face à de grands peintres, des mouvements artistiques ou des thèmes transversaux.

 

 

Michel Defourny