Christian Dotremont   1922 - 1979

PRÉSENTATION
Christian Dotremont naît à Tervuren (Brabant flamand) le 12 décembre 1922, dans une famille d’intellectuels catholiques. Elève brillant mais indiscipliné, préférant la poésie aux manuels scolaires, il est à plusieurs reprises expulsé des établissements où l’ont inscrit ses parents. Les poèmes Souvenirs d’un jeune bagnard, qu’il fait paraître dans une revue étudiante à l’âge de 16 ans, évoquent ses années de pensionnat. En 1941, il intègre les cercles surréalistes bruxellois et fréquente ainsi René MagritteLouis Scutenaire, Paul Nougé et Marcel Mariën. Il voit grand et se rend à Paris, malgré l’Occupation ; il y mène une vie de bohème et côtoie notamment Paul Éluard, Pablo Picasso et Jean Cocteau. Entre les deux capitales, il enchaîne les petits boulots (coordinateur de traduction, journaliste, libraire), entame l’écriture de plusieurs romans et recueils poétiques. Il s’investit dans la création de revues surréalistes (La Main à Plume, Les Deux Sœurs) et fonde sa propre maison d’édition, Le Serpent de mer. L’esprit rassembleur, engagé auprès du Parti communiste, il contribue à lancer le Surréalisme révolutionnaire en mai 1947 ; il jouera ensuite un rôle déterminant dans la création et l’animation du mouvement CoBrA (1948-1951). Atteint de tuberculose, il passe de nombreux mois dans des sanatoriums, au Danemark et en Belgique. Son séjour au sanatorium de Silkeborg et la passion qu’il voue à une jeune Danoise, Bente Wittenburg, sont les thématiques de son seul roman publié, La Pierre et l’oreiller (1955). « Poète errant » par excellence, il entreprend de nombreux voyages et séjours dans le Nord de l’Europe (Danemark, Suède et Finlande). Il tombe amoureux de la Laponie, où il se rendra à douze reprises entre 1956 et 1978, et qui sera une importante source d’inspiration pour sa création poétique. En 1962, après des années d’expérimentations graphiques, il met au point le logogramme, qui a durablement contribué à sa renommée. Il signe un nombre imposant d’œuvres mixtes, créées en collaboration avec des plasticiens du mouvement CoBrA : Asger Jorn, Serge Vandercam, Karel Appel, Pol Bury, Hugo Claus et surtout Pierre Alechinsky, à qui le liait une profonde amitié. Longtemps plongé dans la pauvreté, il connaît le succès à la fin de sa vie, lorsque ses logogrammes commencent à circuler parmi les amateurs d’art et sont exposés dans de prestigieuses galeries. Il décède le 20 août 1979 au sanatorium Rose de la Reine de Buizingen.

BIBLIOGRAPHIE


NOS EXPERTS EN PARLENT
Le Carnet et les Instants

Avec Dotremont, toujours se laisser balancer – comme lui – au hasard du noir et blanc, tourbe des Fagnes et neige de Laponie, d’une page l’autre et d’une plume voleuse :Tordre ton imagedéjouer ton ordrete faire grimacedisloquer ton verbenon pour te grimermais pour te revoircomme tu riais (Ltation exa tumulte, 1970)En 2022, Christian Dotremont aurait eu cent ans. S’il n’avait été trop tôt, en 1979, emporté par la maladie, la tuberculose, l’épuisement, si « la tache », « le trou », « la catastrophe » n’avaient eu raison de lui.S’il n’avait mieux pris garde à cette menace,Attention à la bacille de Coch tôt ou tardon peut sans nul doute penser que célébrer son centenaire  un de plus, c’est un de moinsl’aurait incité à quelque blague potache…


Le Carnet et les Instants

Christian DOTREMONT, La reine des murs suivi de Lettres de Christian Dotremont à Régine Raufast, Illustrations de Pierre Alechinsky, Postface de Stéphane Massonet, Fata Morgana, 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 978-2-37792-117-1Les éditions Fata Morgana nous donnent à lire ou à redécouvrir une pépite poétique et amoureuse sculptée par Christian Dotremont au début des années 1940. Alors qu’âgé de dix-neuf ans, il gagne Paris afin de rejoindre les surréalistes, il fait en 1941 la rencontre fracassante de la poétesse Régine Raufast qui deviendra sa « Nadja ». L’amour incandescent, illimité, explosif a pour nom Régine, à l’époque amante de Raoul Ubac, qu’il fréquentera durant deux ans sous la lumière du paroxysme. Dans le poème La reine des murs, tout n’est qu’élan,…