Louis


Bréhaigne, je me suis résignée ou résolue à acheter un enfant robot, commerce quasi clandestin. Âge apparent : huit, dix ans. Un de ces visages qu'on appelle taillés à coups de serpe. Ressemble aux mannequins dans les devantures. Toutes mes économies y ont passé, j'ai essayé de marchander dans l'entrepôt souterrain avec un vendeur aux allures de croque-mort : — Modèle unique, madame. Heureusement mes émoluments vont assurer à mon emplette pain, beurre et cinéma. Je fais l'impossible pour le rendre vivant : fessée sur son cul de plastique, il avait jeté dans le feu ma brosse à cheveux mais il ne sent rien. Un bonbon dans sa gueule, un caillou lui ferait le même effet. Selles de mastic, urine glauque pissée à l'horizontale. Je vais l'appeler Louis, c'est convenable, tous ces rois, régicides mis à part. On refuse d'enregistrer Louis à l'état-civil et donc aussi de le baptiser, ce dont je me fiche, au fond. Intelligence artificielle mais peut-être…
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À PROPOS DE L'AUTEUR
Béatrix Beck
Auteur de Louis
Née en Suisse, 1914, belge par son père qu'elle a peu connu, vivant en France depuis sa jeunesse, elle est dotée d'une double sinon d'une triple nationalité culturelle.  Encouragée par Gide, dont elle était la secrétaire, elle débute par un roman largement autobiographique, où elle évoque une enfance en contact étroit avec lanature: Barny.  Mais elle ne connaîtra le grand succès qu'en 1952 avec le roman qui lui vaudra le Goncourt, et sera transposé à l'écrant par Jean Pierre Melville: Léon Morin, prêtre.  Un cadre moral strict, des pulsions personnelles qui ne peuvent s'y épanouir: l'oeuvre de Beck ne cesera d'être hantée par l'interdit durement surmnté.  La générosité de ses thèmes n'est jamais affichée: un style bref, allusif, pointu, et pointilliste préserve Béatrix BECK de tout sentimentalisme. Décédée le 30 novembre 2008.
  • Barny, Gallimard, 1948.
  • Une mort irrégulière, Gallimard, 1950.
  •  Léon Morin, prêtre, prix Goncourt , 1952.
  •  Des accommodements avec le ciel, Gallimard, 1954.
  •  Le Muet, 1963.
  •  Cou coupé court toujours, 1967.
  •  Mots couverts (poèmes- Verviers), 1975 .
  •  L'Épouvante, l'émerveillement, 1977.
  •  Noli, 1978.
  •  La Décharge, prix du Livre Inter, Le Sagittaire, 1979.
  • Devancer la nuit, 1980.
  • Josée dite Nancy, 1981.
  • Don Juan des forêts , 1983
  •  L'Enfant-chat, prix littéraire de Trente millions d'amis, 1984.
  • La Prunelle des yeux, 1986.
  •  Stella Corfou, 1988.
  •  Une, 1989 .
  •  Grâce, 1990.
  •  Recensement, 1991.
  •  Une lilliputienne, 1993.
  •  Vulgaires vies, 1994 .
  •  Moi ou autres (nouvelles), 1994 .
  •  Prénoms (nouvelles), 1996.
  •  Plus loin, mais où, 1997.
  • Confidences de gargouille (recueillies par valérie Marin La Meslée), 1998.
  •  La Petite Italie (nouvelles), 2000.
  •  Guidée par le songe (nouvelles), 2001.
  •  Contes à l'enfant né coiffé.
  •  La Mer intérieure .
  •  La Grenouille d'encrier .


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Derniers figurants d’une ville fantôme À propos de Zvizdal

(Tchernobyl – si loin si proche), collectif Berlin Le point de départ des spectacles de Berlin se situe généralement dans une ville ou une région de la planète. Fondé en 2003 par Bart Baele, Yves Degryse et Caroline Rochlitz, le collectif anversois se caractérise par l’aspect documentaire et interdisciplinaire de son approche. Ensemble, ils ont entamé un cycle intitulé Holocène XX  , avec les spectacles Jerusalem, Iqaluit, Moscow, puis le cycle Horror Vacui avec Tagjish, Land’s End et Perhap’s All The Dragons. C’est avec la journaliste Cathy Blisson qu’ils ont choisi de poser leur regard et leur caméra sur Zvizdal et ses deux habitants. Portait filmique, performance théâtrale sur multi-écrans... Zvizdal s’attache à l’existence de Nadia et Pétro, dans une banlieue de Tchernobyl. Inspirés par leur vie hors norme en terre contaminée, le groupe Berlin et Cathy Blisson ont réalisé un projet entre théâtre, installation et documentaire – d’une profondeur abyssale. Cette création, qu’on a pu voir à Bruxelles dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts aussi bien qu’au Centquatre-Paris, pendant le Festival d’automne 2016, a laissé sans voix bon nombre de spectateurs. Touchés, émus, respectueux, affolés..., difficile pour le public de sortir indemne de ce récit tragique et réel. Impossible de ne pas être en empathie avec ce couple de vieillards du bout du monde, qui continue à vivre comme si de rien n’était, dans une nature étonnamment luxuriante. Robinson Crusoé d’un cataclysme invisible (la radioactivité ne se décèle pas à l’œil nu), Nadia et Pétro vivent reclus dans un territoire abandonné des humains. C’est après plusieurs voyages en Ukraine que Cathy Blisson a rencontré (par hasard) ce couple incroyable qui vit dans la zone interdite de Tchernobyl. Critique dans les champs de la création contemporaine hybride, à la croisée des disciplines scéniques et autres arts visuels XX  , Cathy Blisson connaissait la quasi-totalité des spectacles du collectif Berlin. Elle poursuit aujourd’hui un travail d’écriture en tant que dramaturge auprès de plusieurs compagnies et s’attelle à des projets personnels d’écriture textuelle et sonore, notamment avec Anne Quentin (Collectif &.). Quand elle a rencontré pour la première fois Yves Degryse et Bart Baele, après un de leur spectacle programmé au théâtre de la Cité Internationale, c’était sans arrière-pensée : « Nous avons commencé à discuter et j’ai évoqué ma rencontre avec Nadia et Pétro, qui vivaient comme seuls au monde dans un village déserté car soumis aux radiations. J’avais envie d’en faire un projet et il (Yves) m’a demandé si j’avais une équipe... et c’est parti comme cela. Bart et Yves ont cette capacité à rentrer par la petite porte dans les grandes histoires ou à voir les grandes choses dans de petites histoires, sans être intrusifs. Le premier tournage a commencé en 2011.» XX   Pour mémoire, cela fait déjà une trentaine d’années (le 26 avril 1986, accident classé 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires) que le plus grave accident nucléaire (avec Fukushima) a eu lieu, dans cette ville du nord de Kiev, en Ukraine. Dans les mois qui ont suivi la catastrophe, 350.000 personnes ont été déplacées, des dizaines de villages rasés et des zones d’exclusion délimitées (voir Pierre Le Hir, « Retour à Tchernobyl », Le Monde du 25-04-16). Après plusieurs voyages dans cette région, Cathy Blisson a pu pénétrer dans la zone interdite grâce à un ami photographe et a découvert les nonagénaires : deux vieux magnifiques aux gueules burinées. Solaires, malgré leurs bouches édentées et leurs silhouettes amaigries et bancales. Nadia, dite Baba ou La Vieille – par celui qu’elle nomme le Vieux –, avance en boitant, miraculeusement. Ce projet s’est donc naturellement construit autour d’eux et de leur rythme lent. Par nécessité et respect pour ces deux personnes, qui sont aussi les personnages principaux du récit, avec leurs animaux : « Partir à la rencontre de Pétro et Nadia, âgés respectivement de quatre-vingt-six et quatre-vingt-cinq ans à l’époque, nécessitait un travail sur le long terme. C’était clair que nous devions rentrer dans le rythme de leur vie et suivre les saisons » XX  , explique Yves Degryse. Filmés au fil du temps, 4 ans durant, le couple se révèle progressivement aux interviewers. Baba et son Vieux se confessent très simplement à la caméra. Philosophes en détresse, survivants de guerre lasse, ils n’ont jamais voulu quitter cet endroit malgré la radioactivité... Pour aller où ? C’est le plus bel endroit du monde. C’est là qu’ils sont nés et qu’ils ont grandi. Ils se connaissent et s’aiment depuis la tendre enfance. Ils ne connaissent pas d’Ailleurs. Cathy Blisson rappelle ces paroles sidérantes de Pétro : « Regardez-nous, on marche, on est debout ; ce sont les gens qui sont partis qui sont morts. Mon corps s’est adapté et si je partais, je mourrais. » XX   La caméra du collectif Berlin les a accompagnés pendant tout ce temps au rythme de deux visites par an. D’une année (et d’une saison) sur l’autre, faute de moyens de communication, les créateurs ne savaient pas s’ils les retrouveraient. Lors des premiers temps du film documentaire, monté de manière chronologique, nous les voyons en compagnie de quelques animaux dont la présence est essentielle. Vache, cheval et chien faméliques ont des fonctions vitales dans cette existence précaire : l’un aide au champ, l’autre donne du lait, ils se tiennent chaud... Tournées en extérieur (le couple ayant interdit l’accès à sa maison), les images traduisent le drame d’un coin de planète anéanti. Autrefois, le village était habité, des gens y travaillaient, il y avait de l’eau et de l’électricité... Basiques, rares et sommaires, les mots de Baba et Pétro s’attachent à décrire le quotidien. Tels des personnages beckettiens, ils semblent frappés d’immobilité et d’essentialité. Devenus étrangers au danger qui les environnent, ils parlent de la vie, l’amour et la mort – qu’ils côtoient constamment et emporte progressivement les bêtes, puis le Vieux. Inexorable dépeuplement. Images de Baba dans sa cahute isolée qui croule sous la neige. Quintessence de l’immense solitude, inexorable dépeuplement... Autant de signes arrachés au monde insensé de Tchernobyl qui font à nouveau songer à l’univers de Beckett et plus précisément au Dépeupleur. Cette œuvre frappante de la littérature contemporaine propose en effet le modèle réduit d’un monde possible (ou pas), un curieux microcosme caractérisé par l’épuisement de son peuple... Au plateau, au milieu d’un dispositif bi-frontal, les images défilent sur un grand écran surélevé qui sépare l’aire de jeu centrale. Trois maquettes alignées en-dessous représentent l’environnement du couple : cour, jardin et champ environnant leur maison, l’une aux beaux jours, l’autre en automne et la dernière en hiver... Avec humanité et sans pathos, Berlin a su recueillir les témoignages troublants et presque irréels de Baba et Pétro, et les restituer sur les différents supports de cette scénographie. Leur spectacle (le mot ne convient guère) sans acteurs vivants, se déroule donc dans ce dispositif proche des arts plastiques : l’entièreté du documentaire est projetée sur le grand écran la plupart du temps ; et des extraits choisis sont présentés à l’intérieur des maquettes - qui sont elles-mêmes filmées en direct. Ces inserts du monde réel dans des décors de carton-pâte, tendent à déréaliser la vraie vie des survivants de Zvizdal : vie filmée dans monde truqué : illusion sur illusion... Les images de Baba et Pétro, enchâssées dans ces maquettes de territoires, donnent l’impression qu’ils sont les derniers figurants d’une ville fantôme. Bien que le recours à cette scénographique soit fait de manière parcimonieuse, l’effet produit…