Pierre Mertens

PRÉSENTATION
9 octobre 1939 : naissance à Bruxelles de Pierre Mertens le jour, dit-il, où Hitler a décrété l'invasion de la Belgique (déjà un signe pour son oeuvre?) L'auteur dit aussi que ses parents ont cessé de croire en Dieu le jour où il est né (raccourci caricatural qu'il aime toutefois à rappeler). Son père, journaliste, et sa mère, biologiste aimant beaucoup la grande musique, auront sur lui une influence déterminante... 1940-44 : Départ avorté pour l'Afrique. L'enfant, qui vit à Bordeaux avec ses parents, a de vagues souvenirs de guerre : résistants juifs et soviétiques cachés sous le même toit. 1945-49 : Le garçon visite Anvers (les docks, le port où des tigres l'impressionnent...), s'intéresse aux expériences coloniales de son grand-père, lit Robinson Crusoé, les histoires d'Indiens et surtout Tintin. 1950-52 : Il écrit déjà de petites pièces pour les fêtes de l'école (où d'ailleurs il s'ennuie), reconstitue dans des terrains vagues le supplice de Jeanne d'Arc, la conquête de l'Amérique. Plus tard, il imagine un «remake» des Trois mousquetaires. 1952-56 : S'éveille à la «conscience politique» (problème algérien) et se passionne pour certains sports (cyclisme, tennis, boxe). Tandis qu'il étudie à l'Athénée d'Etterbeek (gréco-latines), il entreprend une autobiographie en plusieurs tomes : il lit aussi Green, Dostoievski, et surtout Kafka, l'auteur qu'il préfère à tous les autres. 1957-59 : Il découvre Freud, visite Londres, Rome et Florence (prix de dissertation ou d'éloquence), reprend son autobiographie: Paysage avec chute d'Icare (scène qui réapparaîtra dans ses livres ultérieurs). Il est entré entre-temps à l'Université Libre de Bruxelles pour y étudier le droit... 1960-63 : Il découvre un livre qui le marque profondément (Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry), voyage en Europe (Venise, Barcelone), se marie : naîtront de cette union un fils et une fille, celle-ci le jour de l'assassinat de Kennedy. Il se spécialise en cinéma (les Italiens et Godard). 1964-69 : Chercheur à l'Institut de Sociologie de l'U.L.B, il est aussi membre du comité central de la ligue belge pour les Droits de l'Homme, suit des audiences au procès de Francfort (comparution des bourreaux d'Auschwitz), rédige des études sur la liberté de presse et le droit d'asile, accomplit diverses missions d'observateur au Proche-Orient : parti sioniste, il revient pro-palestinien...L'adaptation radiophonique d'Une leçon particulière le fait connaître au vaste public et Jean Cayrol encourage l'écrivain. 1969-70 : Il publie son premier roman L'Inde ou l'Amérique préfacé par P. Gascar (prix Rossel 1970) et, l'année d'après, son premier recueil de nouvelles, Le niveau de la mer. Entre-temps, il est devenu membre de l'Association Internationale des Juristes Démocrates et d'Amnesty International. Il est aussi observateur judiciaire aux procès politiques qui se déroulent alors en Grèce. Il préfacera un pamphlet anonyme Vérité sur la Grèce... 1971-73 : Il adapte et met en scène Le verdict, de Kafka, dirige une collection aux Éditions l'Age d'Homme, devient chroniqueur littéraire au journal Le Soir. Il publie son second roman : La fête des anciens, préface le livre posthume de P. Gadenne (Les hauts-quartiers), et publie Le droit de recours effectif devant les instances nationales en cas de violation d'un droit de l'homme. Il divorce... 1974-75 : Il réalise en Belgique son seul film: Histoire d'un oiseau qui n'était pas pour le chat (primé au festival de Monte-Carlo), publie Les bons offices, roman salué par Régis Debray comme un chef-d'œuvre, et un ouvrage sur L'imprescriptibilité des crimes de guerre et contre l'humanité. Il est en mission au Proche-Orient, observateur au Portugal, et rapporteur sur la torture en Irlande... 1976-78 : Il publie un autre recueil de nouvelles (Nécrologies) et reçoit le prix belgo-canadien pour l'ensemble de son œuvre. En 1978, paraît Terre d'asile (Prix du Conseil Culturel) tandis qu'il constitue un dossier intitulé Une autre Belgique pour les Nouvelles Littéraires. Il a entre-temps «visité» les prisons du Chili et les camps de Chypre, s'est lié d'amitié avec des écrivains grecs (Vassilikos, Tsirkas, Theodorakis), et ce, avant de voyager en U.R.S.S. et d'accomplir une mission en Iran... 1979-80 : Pierre Mertens est nommé professeur de littérature comparée à l'Institut National des Arts du Spectacle, collabore à divers ouvrages sur la Belgique littéraire, et voit certaines de ses œuvres adaptées au théâtre, à la radio ou au cinéma, tandis que Monique Dorsel monte Dérives sur des textes de l'auteur. Il est entre-temps aux quatre coins du monde et rédige des études sur le terrorisme et la violence révolutionnaire. 1981-83 : Il préface L'affrontement de M. Graindorge, séjourne en Turquie, aux États-Unis, au Québec, etc, et publie simultanément La passion de Gilles (livret d'opéra) et Ombres au tableau (recueil de nouvelles). L'opéra est créé en 1983 par le Théâtre de la Monnaie. 1984-86 : Pierre Mertens change de style et de sujet en publiant une fable érotique Perdre, mais il revient à la nouvelle avec Terreurs qui fait notamment allusion au changement de régime politique en Grèce (L'ami de mon ami). 1986-89 : Pierre Mertens, docteur en droit et licencié en droit international, déjà maître de recherche à l'Institut de sociologie, devient directeur du Centre de Sociologie de la littérature à l'U.L.B. Boursier pour 1986 du Berliner Künsttlerprogramm, il séjourne un an à Berlin et se documente pour son roman, Les éblouissements , qui relate la séduction passagère du nazisme chez Gottfried Benn, un médecin-poète berlinois. Le livre, paru en 1987, obtient plusieurs prix. 1989-92 : Élu à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique en février 1989, l'écrivain est aussi nommé Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française. Pierre Mertens publie alors coup sur coup Lettres clandestines, court récit décrivant la mort du musicien Alban Berg en 1935, et un recueil de nouvelles où interviennent surtout les écrivains, Les phoques de San Francisco, tout en confiant à Danielle Bajomée le projet d'écrire un «roman américain» concernant la guérison d'un fils sourd et les rapports qu'il entretien avec sa mère... (Pierre Mertens l'arpenteur, p. 105-107).


PORTRAITS ET ENTRETIENS
Le Carnet et les Instants

Qu’ont en commun les écrivains ? Ils écrivent. Ils publient. Pour le reste, à chacun sa manière, ses rituels, sa façon de ruser avec la page à remplir. Après Nicole Malinconi, Patrick Delperdange et Thomas Gunzig, c’est au tour de Pierre Mertens de nous faire entrer dans son atelier, qui est aussi une chambre noire. Là où se trouve logé le mystère que, de livre en livre, il tente d’élucider. À force de questions… auxquelles il se garde bien de donner des réponses.
Pierre Mertens me reçoit dans son appartement, au dernier étage d’un immeuble à Watermael-Boitsfort. Une vaste pièce envahie de livres, revues et papiers de toutes sortes. Rangés sur des étagères ou entassés sur des tréteaux, comme dans une librairie. Encore n’est-ce là, me confie-t-il,…


BIBLIOGRAPHIE


PRIX


NOS EXPERTS EN PARLENT
Le Carnet et les Instants

On ne soulignera jamais assez combien la littérature francophone de Belgique, lorsqu’elle est mise en valeur dans des éditions de prestige, retrouve la place qui lui revient, dont les effets de mode ou de réputation, et l’absence de vraie promotion l’éloignent trop souvent. Comme d’autres écrivains belges – les « référents » historiques, comme De Coster, Lemonnier , Plisnier, mais aussi les contemporains comme Harpman, De Decker, Jones, Ayguesparse pour n’en citer que quelques-uns parmi les romanciers et nouvellistes –, Pierre Mertens a pris place parmi les « classiques » de la littérature française.  À son œuvre, dont on voit aujourd’hui avec le recul des années, et au terme d’une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, l’importance et la cohérence,…