Stella Maris


RÉSUMÉ

Adèle «  l’hirondelle » meurt victime de la pandémie et Damien, son époux, est dévasté. Son univers s’effondre, Ixelles et le boulevard Général Jacques, son métier de journaliste, ses amis… Même les souvenirs heureux souffrent d’une perte de sens. Damien décide alors de rompre avec cet environnement délétère et prend le train pour Ostende, où il retrouvera Stella Maris, la demeure vieillotte où sa famille a vécu. Il renouera avec le frère Marc, son ancien professeur au collège Jean-Baptiste de la Salle, mais aussi le confesseur bienveillant d’autrefois ; il cherchera à savoir si son père Louis, proche de Marc et accusé d’avoir tué Lucie, son dernier amour, est toujours en fuite ou a quitté ce monde. Mais le mystère reste opaque et Ostende, ravagée par le virus, couve la nouvelle vie du journaliste, empêtré dans une obscure affaire de malédiction, moqué par un cortège de masques, sensible aux boursouflures de James Ensor et requis par les rigueurs marines. Entre pluie et vent, écriture illisible du sable sur les fenêtres, Damien reprend possession d’une Flandre mythique où le passé présent lui façonne une neuve et providentielle identité.


À PROPOS DE L'AUTEUR
Michel Joiret
Auteur de Stella Maris
Né à Bruxelles, le 31 janvier 1942. Professeur de français dans l'enseignement secondaire. Depuis 1980, détaché pédagogique, chargé de mission du C.P.O.N.S. (Conseil de Pouvoirs Organisateurs de l'Enseignement Officiel Neutre Subventionné) pour la Réforme de l'Enseignement Professionnel, actuellement conseiller pédagogique à la Province de Hainaut. Organisateur de débats, foires du livre; conférencier. Animateur de la revue Le Non-Dit. Michel Joiret est aussi critique littéraire, et a collaboré à de nombreuses revues, dont Jalons, Le Thyrse, Marginales, Le Taureau. Il anime la revue Le Non-dit. Animateur littéraire et pédagogue, il donne encore des conférences en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Au sein de sa génération, Michel Joiret occupe, c'est incontestable, une place à part, particulièrement dans le domaine poétique. Né en 1942, ce poète qui écrit et publie au reste très tôt manifeste, dès ses débuts certes, mais en son âge mûr surtout, un curieux esprit de réaction, voire d'opposition plus ou moins consciente aux dilections de presque tous ses compagnons de route. On se souvient que, de Jacques Izoard à Christian Hubin en passant par Gaspard Hons ou Werner Lambersy, tous les poètes belges du temps avaient pour ambition de tordre le cou à l'éloquence, d'économiser au maximum les moyens, de fuir l'incandescence et le drapé lyrique. Seules exceptions : Jacques Crickillon et Michel Joiret. Encore ce qui les rapproche ) la défiance sinon la fuite devant ce que j'appellerais, après tant d'autres, le minimalisme poétique d'une part, et l'utilisation volontaire de tous les registres du langage d'autre part ) est-il moins significatif que ce qui les sépare. Pour Crickillon, l'écriture, comme la vie, est un grand théâtre désert et crépusculaire. Un enchanteur désenchanté y arpente, avec un évident néo romantisme et le malaise existentiel du malaimé, des ruines où le marbre se mêle à l'ordure. La démarche de Joiret est plus directe et, Marcel Moreau ne s'y est pas trompé, plus directement humaine. Car l'œuvre entière de Michel Joiret nous raconte l'éternelle et poignante histoire d'un homme jeté par hasard dans la vie, sauvé de l'absurde par le recours au corps de l'être aimé, puis, l'âge venant, condamné, Sisyphe de l'érotisme, à combler par la chair et la frénésie vitale, le trou béant d'une mort qui, malgré la peur et les refus, lui va comme un gant. Tentons donc de voir comment et pourquoi ce jeune et sage poète presque académique s'est soudain, au cours des années septante, métamorphosé en un ironiste décapant, blessé vif aux tessons de la vie.


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Comment saisir la singularité de la Mer du Nord sans s’immerger dans le premier couplet du Plat Pays de Brel ? Comment toucher sa poésie en se gardant de prolonger les lignes de fuite humides aux nuances grises de Spilliaert ? Comment appréhender la mentalité balnéaire d’Ostende en ignorant les masques, colorés et malicieux, d’Ensor ? Comment percevoir l’air léger des plages (ensoleillées et bondées l’espace de quelques semaines) sans dodeliner sur la voix d’Arno charriant l’ode d’Adamo aux filles du bord de mer ? Comment avoir le cœur qui chavire sans fouler le sable couleur et densité Permeke, sans croiser les monumentaux Marins, sans se rire des mouettes en se parfumant les doigts de crevettes grises ? En lisant le dernier livre de Michel Joiret,…


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Ariane LE FORT , Quand les gens dorment , ONLIT, 2022, 186 p., 18 € , ISBN : 9782875601513On prend l’histoire en cours – l’histoire d’un amour. Janet retrouve Pierre chez lui, dans un immeuble bruxellois promis à la démolition – avec vue sur la cathédrale. Janet : 57 ans, «  quelque chose de Barbara  », travaille dans une clinique de la douleur, «  avec pour mission de la réorganiser de A à Z  ». Pierre : «  Max von Sydow en plus chevelu  », réalisateur en vue, jusqu’à ce que. Sa fille, renversée par un tram. Décédée. Lui, plus mort que vif, depuis. «  Plus personne ne le reconnaissait, on ne le regardait plus, il n’avait pas fallu cinq ans  ». Ils sont chacun d’un autre côté de la vie, de la mort, Janet et Pierre ; et ça, davantage que la différence d’âge (il est plus âgé de quinze ans), va entraver l’histoire. Le désir. Va faire qu’«  ils ne vivraient sans doute jamais ensemble et mourraient chacun chez soi le soir venu  ». On le sait depuis L’eau froide efface les rêves (1989), Ariane Le Fort écrit de là où cela se soustrait à notre volonté, à notre maîtrise, à notre mainmise – et, avec son écriture filet à papillons, elle saisit : ce qui naît, vit & survit, meurt aussi. Ce qui jouit & peine à plaisir. Va, vient & se retire. Revient ? L’amour. Toujours.Cette remontée depuis le derme de l’amour jusqu’à l’épiderme de la page engendre une douceur si douce, une douceur qui nous fait du bien, cette douceur que l’on aime retrouver dans tous ses romans, alors que. Jamais elle n’efface les aspérités. Elle ose tout affronter, tout ramasser dans ses phrases : les fantasmagories, les moments d’abandon et les retours sur terre. Même les pensées les plus égoïstes («  Elle l’aimait fort aussi même si parfois elle souhaitait qu’il meure vite, qu’il n’attende pas dix ou quinze ans. Inutile de se taper la débâcle  »). Quand les gens dorment , le premier livre d’Ariane Lefort à être publié aux éditions ONLiT, est le roman d’un amour qui n’est pas le premier et peut-être pas le dernier. On lit le point de vue de Janet. Sa manière de perce-voir (par l’œil, les sens, l’esprit et les mots), sa façon de vivre l’histoire sont indéfectiblement liées à son passé (un viol à la sortie de l’adolescence enfoui dans le silence), à son présent (son fils s’est enfui par amour en Amérique du Sud et donne si peu de ses nouvelles), à la vie matérielle (la chaudière de l’appartement de Pierre tombe en panne et tout va se mettre à refroidir, les jours sont comptés ; le feu dans la cheminée de son appartement déborde de l’âtre et l’odeur de brûlé se répand sur tout, sur leur amour aussi). Ajoutons à cela l’épidémie de Covid-19 qui s’en mêle. Et Pierre qui ne veut, qui ne peut, qui ne fait que dormir. Si tout cela empêche l’amour de filer droit, il y a aussi ce qui le renforce : les bonheurs et les plaisirs sensuels, de la peau, du vin partagé, de la présence de l’autre. Le sourire. La beauté du monde. La nature qui renaît. Ariane Le Fort nous les donne en pleins, en déliés, en partage ; et nous transmet l’envie de vivre. D’aimer. Comme dans une chanson de variété. Mais sans nous en cacher les bassesses et les détresses. Comme dans un vrai et bon roman au plus proche du réel. Michel Zumkir En savoir plus Souvent elle le retrouvait endormi dans son lit. Quelle que soit l’heure. Un lit pour une personne et demie, installé dans le coin de la pièce qui servait à tout. Couché nu ou à peine vêtu. Et quand elle est entrée elle l’a de nouveau trouvé comme ça, habillé de son seul caleçon, étendu sur le côté, bras croisés sur la poitrine, tranquille comme s’il était mort, dans un état d’apaisement qui donnait envie d’être à sa place. Ariane Le Fort explore, avec précision et ironie, les ressorts du désir amoureux, dont la force et la pérennité ne dépendent parfois que d’une brûlure sur un tapis.…