Martha Argerich : L’art des passages


RÉSUMÉ

Cet essai consacré à la légendaire pianiste Martha Argerich évoque l’univers Argerich au travers d’une série d’entrées : choix d’œuvres musicales qu’elle interprète, approches de son jeu, constellation de ses amis musiciens, galerie de portraits de ses confrères d’élection, de ses compositeurs de prédilection…

En filigrane de l’ouvrage, des réflexions sur l’essence, les puissances, les sortilèges de la musique, sur la sonorité, la vitesse. Qu’est-ce que créer une sonorité ? De quoi la vitesse est-elle le nom ? Comment définir les traits stylistiques du jeu argerichien ? Qu’est-ce qu’interpréter ? Comment la musique agit-elle sur le corps, les sens du musicien et du public ?

Il  s’agit du premier essai consacré à une musicienne unique et phénoménale, venant après la biographie d’Olivier Bellamy.


À PROPOS DE L'AUTEUR
Véronique Bergen
Auteur de Martha Argerich : L’art des passages
Véronique Bergen (pseudonyme de Vankeerberghen) est née le 3 avril 1962. Elle fréquente, en secondaire, la fameuse école Decroly qui favorise l’expression de la personnalité de chacun et la réalisation des vœux les plus intimes. Elle poursuit ses études à l’Université libre de Bruxelles en philologie romane puis en philosophie. Elle obtiendra le titre de docteur en philosophie. Son mémoire de philologie (défendu à l’ULB), Jean Genet, Entre mythe et réalité, sera publié dans la collection «Littérature» de Pierre Mertens aux éditions De Boeck, un essai qui obtiendra le prix Franz De Wever de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Côté philosophie, sa thèse sur Gilles Deleuze (L’Ontologie de Gilles Deleuze) a été présentée à Paris 8 et paraît chez L’Harmattan en 2001. Sa passion pour la musique la conduit à apprendre le piano à l’âge adulte à l’Académie de Bruxelles et ensuite avec Éliane Reyes. Elle enseigna brièvement la littérature théâtrale au Studio Herman Teirlinck d’Anvers. Elle est élue en 2018 à l’Académie royale de langue et de littérature françaises au siège de Philippe Jones. Son œuvre couvre tous les domaines : roman, poésie, essais, monographies, et même scénario de bande dessinée… Elle est aussi membre du comité de rédaction de la revue Lignes, membre du comité d’administration des éditions le Cormier, critique pour diverses revues (La Nouvelle Quinzaine littéraire, Marginales, Artpress, Diacritik, Flux News, L’Art même, Le Carnet et les Instants, Lignes, Septentrion, Espace de Libertés…). Parmi les rencontres qui la marqueront sur le plan de la création, de la pensée, citons Pierre Verstraeten, Pierre Mertens, Jacques De Decker, Marcel Moreau et Hélène Cixous. Après la parution de son mémoire sur Jean Genet, son œuvre commence par la poésie en 1994 avec le recueil Brûler le père quand l’enfant dort (La Lettre volée), dont le titre témoigne déjà de son originalité. Il sera suivi d’une quinzaine d’autres recueils poétiques dont L’Obsidienne rêve l’obscur, préfacé par Pierre-Yves Soucy (1998), Habiter l’enfui, préfacé par Claire Lejeune (2003), Plis du verbe (2006), Alphabet sidéral. Dans les pas d’Anselm Kiefer (2008), Gang Blues Ecchymoses avec les photographies de Sadie von Paris (2017), Alphabets des loups (2018). Une autre partie importante de son œuvre poétique est constituée de dialogues avec des artistes, peintres, photographes… On y rencontrera Anselm Kiefer, Gundi Falk, Charlotte Perriand, Pilar Albarracin, Marie-Jo Lafontaine, Sophie Cauvin, Bernard Gilbert, Sophie Podolski et bien d’autres dont Javier Vallhonrat ou Jacqueline Devreux. Ses romans donnent voix aux oubliés, aux êtres fissurés, aux muselés de l’Histoire et aux grands révoltés : Kaspar Hauser dans Kapsar Hauser ou la phrase préférée du vent, Unica Zürn dans Le Cri de la poupée, Janis Joplin dans Janis. Voix noire sur fond blanc, Marilyn dans Marilyn, naissance année zéro, Edie Sedgwick dans Edie. La danse d’Icare, Ulrike Meinhof dans Ulrike Meinhof, Louis II de Bavière dans Requiem pour le roi… Ce qui caractérise Kaspar Hauser ou la phrase préférée du vent (Denoël, 2006, prix Félix Denayer de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, prix triennal de la Ville de Tournai, finaliste du prix Wepler et du prix Rossel, réédité chez Espace Nord en 2019, postface de Charline Lambert), c’est son style, l’inventivité de l’écriture et de la pensée : l’incroyable capacité de Véronique Bergen de pénétrer la sensibilité de n’importe quel personnage, réel ou fictif. Ici, elle fait parler Kaspar Hauser, un enfant qui a été emprisonné toute sa jeunesse, en qui on vit un descendant de la famille royale de Bade tandis que d’autres le diagnostiquèrent autiste et qui fut libéré, jeté dans la société des hommes à l’adolescence. Kaspar Hauser se frotte tout à coup au monde qui le heurte. Le ton s’adapte et change quand il s’agit de la voix de la mère ou de celle de la comtesse H. ou du geôlier ou de l’assassin de Kaspar. Étonnante capacité à se fondre dans tous les registres et qui contraste terriblement avec les livres à une seule voix et un seul ton. Il serait impossible d’établir la liste de tous les écrits de Véronique Bergen depuis son premier recueil poétique de 1994, soit sur près de trente années, tellement ses intérêts sont divers, ses préoccupations nombreuses, ses talents innombrables. Signalons qu’avec Tous doivent être sauvés ou aucun (encore un titre qui laisse pressentir un univers singulier), édité chez Onlit fin 2018, on voit nettement poindre une autre préoccupation de Véronique Bergen : la dénonciation des agissements de l’humain, son agressivité à l’égard de la nature et des espèces animales. Et elle conclut en faisant disparaître l’homme et en donnant tout pouvoir aux animaux et, ici, particulièrement aux chiens auxquels elle donne voix tout au long du roman. «Flamboyante d’énergie, de colère et d’humour, cette fable donne de l’humanité et de l’univers en général une vision d’autant plus convaincante dans sa violence que Véronique Bergen y déploie une énergie féroce et tous ses talents de conteuse, de visionnaire et de poète» analyse Jeannine Paque dans Le Carnet et les Instants. Son œuvre philosophique interroge essentiellement la philosophie contemporaine (Deleuze, Sartre, Badiou), questionne les champs de l’esthétique, de la métaphysique (Résistances philosophiques, Comprendre Sartre, Le Corps glorieux de la top-modèle…). Elle a consacré des essais à Visconti (Visconti. Les Promesses du crépuscule), Hélène Cixous (Hélène Cixous. La Langue plus-que-vive), aux Roms, à Patti Smith, faisant éclater les frontières entre la fiction, la philosophie et la poésie, entre culture savante et culture populaire. Gageons, face à cette écrivain(e) aux mille visages, que le souci écologique n’échappera plus aux livres à venir et que l’animal, quel qu’il soit, excepté l’homme, y aura sa part. Lauréate d’une bourse de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Bourse semi-sabbatique 2020


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Véronique BERGEN, Martha Argerich. L’art des passages, Samsa, 2021, 18 €, ISBN : 978-2-87593-366-9Toute main qui frôle un piano, toute main qui écrit est veinée de bruissements, d’énigmes séculaires, de pulsations de nuit, de créatures insolites, de forêts de sensations. Seules les mains de Véronique Bergen pouvaient écrire un essai aussi merveilleux à propos de la pianiste Martha Argerich. Après la biographie d’Olivier Bellamy, Martha Argerich. L’art des passages est le premier essai consacré à la musicienne. N’étant pourtant pas musicologue, comme l’écrivaine le signale humblement elle-même au début de l’essai, Véronique Bergen approche l’univers de la pianiste d’une manière qui nous fait en douter. À la…


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Benoît MOUCHART et François RIVIÈRE , Edgar P. Jacobs, un pacte avec Blake et Mortimer , Impressions nouvelles, 2021, 380 p., 24 €, ISBN : 978-2-87449-890-9Les duettistes Mouchart et Rivière ont-ils offert aux icônes BD Jacobs, Blake et Mortimer, une biographie définitive ? Elle enchante, des allures d’Atlantide émergée, de chronoscaphe en location, d’Espadon fendant les airs et les ères, de Grande Pyramide aux chambres secrètes. Qu’il s’agira de décrypter et de marquer, sans doute, d’un coup de craie rageur. Sous la pierre de l’édifice… Au-delà d’une vie étudiée sous toutes ses coutures (mariages, absence d’enfants, relations avec les collègues, etc.), d’une exploration des méandres de la création (influences, emprunts, collaborations, évolutions, ambitions et impasses) ou de son devenir (suites posthumes, etc.), Rivière et Mouchart questionnent sur la nature faustienne du pacte créatif, ses affres. Le bonheur, une adéquation à la vie, apparaît en filigrane. 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Loin d’être un gentleman british ou un professeur d’université, Edgard Pierre Jacobs était un ketje de Bruxelles extraverti, gai luron, entre Haddock, pour la distraction et les éclats, et la Castafiore, pour l’obsession du chant lyrique, la vanité, etc. Qui plus est, incapable de parler anglais ! À croire que le sérieux de l’œuvre s’était réalisé à son insu…D’élargir la focale confère a contrario à notre héraut un statut de héros romantique. Dès son enfance, Edgard est solitaire, dévalorisé par rapport à un frère plus âgé, tel un Balzac, un Simenon. Ses débuts dans la vie sont aléatoires (scolarité médiocre, échecs de son premier mariage ou de sa carrière de chanteur lyrique) et la fin de son existence ramène au gris foncé des origines : il «  erre comme un zombie dans une maison vide et en désordre  » et meurt «  d’épuisement, de solitude et de désespoir  ».Entre ces deux extrêmes (prologue et épilogue), il y a les actes ou les chapitres d’une vie (riche en amours et en amitiés), d’une carrière (qui renverse la perception d’un nouvel art, lui donne ses lettres de noblesse) orgueilleuses, exaltantes. Le « bon génie » du génie Avant de croiser Jeanne, la femme de sa vie, Jacobs, très tôt, dès les bancs, croise l’homme de sa vie . Et de sa carrière ! L’«  ami Jacques  ». Encore un trait très romantique : la sororité d’âme. Grâce au frère-ami, la marginalité d’Edgard se fait dandyesque , classieuse : ils lisent, courent les musées, les cinémas ; ils se passionnent pour la science-fiction, l’histoire, l’art, l’ésotérisme, etc.Jacques ! Ce livre rend hommage à une figure trop longtemps occultée (parce que poursuivie pour incivisme à la Libération) : Jacques Van Melkebeke. Celui-ci a écrit, co-écrit, co-inspiré tant de merveilles de l’Âge d’or de la BD belge : les premiers Corentin (de Cuvelier), les Hassan et Kaddour (de Laudy), les… Tintin et les Blake et Mortimer , entre autres. Son rôle dans la formation puis les créations d’Edgard est copernicien. Et si l’on ajoute qu’il l’a présenté à Hergé, qui l’embauchera pour la refonte de ses Tintin (mise en couleur, décors plus réalistes, etc.) et le précipitera ainsi dans une nouvelle carrière… Au commencement était le Verbe Emporté par la lecture de la biographie, on replonge illico dans les albums, leurs mystères d’aval et d’amont. 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