Hervé Guibert, les ombres blanches de l'ange (L'Article n°24) | Objectif plumes

Hervé Guibert, les ombres blanches de l'ange (L'Article n°24)

RÉSUMÉ

De toutes les lettres de l’alphabet, la lettre G contient les auteurs qui m’impressionnent le plus. Si la lettre D déborde de ses rayons avec ses gros écrivains (Dickens, Dostoïevski, Dumas), G rassemble des êtres uniques. Ils ont écrit des œuvres singulières, marquées d’une grande pureté d’âme et de style, tout en étant originales, novatrices. Genet, Gide, Gogol, Guibert. Les deux extrémités de ce quatuor me demeurent inconnues. Je connais leurs titres, je les remets quotidiennement en rayon. Je vois des connaissances, des amis qui viennent les acheter dans la librairie. Et pourtant, je n’ai pas lu une ligne de Genet, ni de Guibert. Est-ce que je veux me protéger, est-ce que je préfère laisser à ces œuvres la possibilité d’être tout ce qu’il est imaginable d’être, ne pas être fixé sur leur nature, au risque de mourir sans avoir jamais su ce qu’il en était ?
Concernant Hervé Guibert, l’article de Stéphane Maton-Vann a confirmé toutes mes appréhensions. « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre », disait Platon, c’est-à-dire qu’il faut accepter de pénétrer dans le monde régi par la beauté, qu’elle soit photographiée ou écrite. Une beauté qui se trouve souvent dans le lien, dans les affinités électives que Guibert a tissées toute sa vie, sachant reconnaître les âmes sœurs qui l’entourent et celles qui viennent à lui. Une beauté qui sait affronter la bassesse humaine, mais une beauté qui lie également, qui envoûte et frappe « tel un coup fatal et béni de l’histoire spiralant autour de l’harmonie faite mot ? » Le cri de Diogène face à Alexandre le Grand est un peu le mien.
« Ôte-toi de mon soleil », ce n’est pas le ressentiment à l’égard d’une personne qui nous fait de l’ombre, c’est le pressentiment de l’approche d’un être qui pourrait à jamais nous dévier de notre axe…

À PROPOS DES AUTEURS
Hugues Hausman

Illustrateur de Hervé Guibert, les ombres blanches de l'ange (L'Article n°24)


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Dire et (contre)faire : Jean de Boschère, imagier rebelle des années vingt

Figure quelque peu oubliée de nos lettres, Jean de Boschère (1878-1953) fut poète, romancier, essayiste, critique d’art, mais aussi dessinateur, graveur, peintre, sculpteur.Personnage singulier, solitaire, révolté, s’inscrivant en marge des courants littéraires de son temps qu’il traversa sans y adhérer vraiment, il mena longtemps une existence itinérante.Né à Uccle, vivant dès l’enfance en Flandre, il quittait la Belgique occupée en 1915 pour Londres où il se liait aux imagistes anglo-américains groupés autour d’Ezra Pound et de T.S. Eliot ; habiterait quelques années en Italie, «  le Pays du Merle bleu  » ; s’établirait en 1926 à Paris, où il côtoierait les surréalistes ; et achèverait sa route vagabonde à La Châtre, petite ville de l’Indre où il s’éteindrait en 1953. Laissant une œuvre aux accents très personnels, aux registres variés, admirée par Valéry et par Antonin Artaud, portée par la recherche d’un absolu spirituel. Dans son essai Dire et (contre)faire. Jean de Boschère, imagier rebelle des années vingt , Véronique Jago-Antoine a entrepris de «  ré-arpenter les chemins méandreux de cet univers de mots et d’images  ». Son étude très dense et approfondie, abusant parfois de termes savants, qui paraît aujourd’hui aux AML dans la collection Archives du Futur, rend toute sa place à un écrivain-plasticien complexe, difficile, tourmenté, dont l’œuvre  dès les débuts n’a cessé d’exercer une «  incommode fascination  ». Des débuts d’inspiration symboliste : les poèmes en prose Béâle-Gryne (1909), et, deux ans plus tard, Dolorine et les Ombres où il prend déjà ses distances avec la tentation de fuir dans le rêve.Suivait la trilogie des métiers, qui ravive, rajeunit une tradition ancienne. 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