De l’indifférence à la politique


RÉSUMÉ

Ce bréviaire de l’indifférence en politique ne vise aucune fin édificatrice ni prosélyte. Il se contente d’être l’exposé fragmentaire d’un soupçon vague : que la politique ne rend pas heureux. Plutôt que d’y dépenser une énergie que nous n’avons pas, ne vaut-il pas mieux nous tourner vers ailleurs ? Il suffit qu’une jeune fille croise notre chemin pour que la politique s’évanouisse…


À PROPOS DE L'AUTEUR
Laurent de Sutter
Auteur de De l’indifférence à la politique
Laurent de Sutter est essayiste, éditeur et critique. Il est l'auteur de plus d'une vingtaine de livres traduits dans une douzaine de langues et couronnés de nombreux prix et bourses. Il dirige les collections "Perspectives Critiques" aux Presses Universitaires de France et "Theory Redux" chez Polity Press, chronique sur La Première et dirige le festival Les Rencontres Inattendues. Il enseigne aussi la théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussel. On a pu dire de lui qu'il était le "Slavoj Zizek belge", un "pirate de la philosophie et du droit" ou encore "l'enfant terrible de la philosophie francophone contemporaine". "Les Inrocks" ou "Technikart" l'ont souvent fait figurer dans leur top 100 des personnalités culturelles de l'année.

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Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs

«  Hé mec, vous tenez là un grand livre, un livre dément. Une bombe  ». Voilà ce que William S. Burroughs s’exclamerait s’il éprouvait l’envie de quitter le monde des morts pour faire un tour dans le marécage du 21e siècle. À coup sûr, la qualité des substances psychotropes le décevrait mais l’essai de Laurent de Sutter Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs qu’un dealer de Bruxelles lui fournirait en bonus l’exalterait. Si  Burroughs est connu et reconnu comme écrivain majeur de la Beat Generation ( Le festin nu, Les garçons sauvages , La machine molle, Junky, Queer, Nova Express… ), la vision du monde qu’il élabora dans ses essais et conférences n’a pas fait l’objet de nombreuses recherches. C’est au cœur des observations burroughsiennes sur le monde, sur la pensée, les techniques de contrôle que Laurent de Sutter nous plonge, nous dotant d’une arme conceptuelle fabuleuse pour penser et agir sur le présent. Burroughs comme de Sutter connaissent le potentiel subversif des typologies. La typologie que le second exhume dans l’œuvre du premier est celle des Johnsons et des Shits qui, s’ils évoquent à première vue des marques de cigarettes ou des noms de code, recouvrent deux types d’êtres humains. Empruntant le terme « Johnsons » aux Mémoires du célèbre truand Jack Black, William Burroughs définit ces derniers comme une tribu d’êtres dont la ligne éthique est celle du «  laisser être et du laisser faire  ». La mythologie des Johnsons ne se construit que grâce à leur repoussoir qu’il nomme les Shits, les Merdeux «  qui pourrissent la vie des autres  » écrit Laurent de Sutter.Descendant dans les textes de Burroughs, les articulant finement au sein du système philosophique desuttérien, l’essai questionne la manière dont, depuis que le monde est monde, les Shits colonisent viralement le cerveau afin de s’assurer le monopole du pouvoir. 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