Belgique, terre de poètes



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Belgique, terre de poètes : le cliché est toujours d’actualité ! Mais au-delà des formules, qu’est-ce qu’être poète, aujourd’hui, en Belgique francophone ? Que demeure-t-il d’un riche passé dans l’écriture actuelle ? Et où en est la modernité ?

Belgique, terre de poètes : le cliché est toujours d’actualité ! Mais au-delà des formules, qu’est-ce qu’être poète, aujourd’hui, en Belgique francophone ? Que demeure-t-il d’un riche passé dans l’écriture actuelle ? Et où en est la modernité ?

Bien des choses ont changé depuis l’après-guerre, à commencer par les structures d’un pays devenu fédéral : le poète belge doit plus que jamais assumer sa « belgitude », ou du moins se positionner à cet égard, dans un…



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Assigné à existence - de Roland Devresse - La rage au verbe

Karoo s’intéresse aujourd’hui au jeune poète Roland Devresse. Travaillé par la colère, face à une époque agressant ses sens, l’auteur nous livre une poésie ardente et à contre-courant des productions contemporaines. Karoo s’intéresse aujourd’hui au jeune poète Roland Devresse. Travaillé par la colère, face à une époque agressant ses sens, l’auteur nous livre une poésie ardente et à contre-courant des productions contemporaines. La naissance d’un poète n’est jamais une mince affaire. Qu’elle se produise avec pertes et fracas ou dans le silence feutré des salons éditoriaux, elle annonce une nouvelle voix, une nouvelle manière de dire le monde et donc de le faire. Roland Devresse signe son premier recueil, Assigné à existence , chez l’éditeur et collectif Le Mot : Lame 1 . Je dois vous prévenir : je connais Roland. J’ai frayé avec les mêmes milieux étudiants, vécu les mêmes soirées arrosées aux noirs des nuits citadines, assisté aux mêmes occupations squatteuses et libératrices. J’ai connu l’université-négatif, l’école des gauchistes et des révoltés, des individuels et des insurrectionnels, l’apprentissage par le fait et l’ex cathedra en horreur. Ses mots m’arrivent comme déjà connus ; ou plutôt, ils m’arrivent comme de vieilles connaissances. Je ne prétends pas les juger le cœur sec. Je ne saurais, d’ailleurs, pas comment faire. Sa poésie est bouillante. On ne peut pas rester indifférent face à elle. Elle écœurera, plaira, enragera, sera méprisée, adorée ou haïe – mais elle transpercera toujours l’indifférence du lecteur. La première partie d’ Assigné à existence , suite de poèmes mêlant dénonciation du présent (« Bruxelles ») et référence à l’histoire (« L’historien ivre »), pose les bases : le poète est animé par une nostalgie féroce. Il assume clairement une forme de néo-romantisme, mais son astre est noir comme l’encre et avide comme un égout. Ses images sont éculées, comme de vieilles bouteilles sans fond, ébréchées, qu’on aime et qu’on admire précisément du fait de leur l’usure ; conséquences du désamour qui les a condamné au rebut. Des rois de gouttière érigèrent des cours sur des palais en rue et trainant dans des ruines des pirateries sauvages déchiquetèrent les jours et les vaisseaux de feu tirés par les turbines. (...)   Et chassés aux matraques qui percutent les rêves gueule une sourde trêve dans des haines abattues des torpillages fauves éclatent leurs vertus. Peu importe aux rampants s'ils vivent ou s'ils crèvent. « Squat the world » Cette moitié est inégale et parfois maladroite. Elle a la puissance d’un certain vécu et son étrange classicisme, son ton déclamatoire, ses vers rimés, oscillant parfois autour du mètre, tranchent tellement avec la poésie contemporaine qu’ils en deviennent réjouissants. Elle parvient à n'être jamais surannée malgré son passéisme volontaire ; elle tient trop des souffrances du présent. Mais ses formes diverses (vers strophés, vers libres, proses, expérimentations) et ses répétitions symboliques affaiblissent parfois la force évocatrice des poèmes. C’est dans la seconde partie que le recueil trouve sa cohérence et son rythme. Dans une longue poésie, « Je parle », le poète cesse de compartimenter ; il n’organise plus son verbe autour d’une idée ou d’une bulle mais dénonce, d’un seul trait, son temps et, pire, ceux qui le laissent vivre impunément. Roland Devresse n’invoque ni la justice, ni la conscience. Il déboulonne la statue de la première et ébranle les fondations de la seconde. Il interpelle directement le lecteur, coupable forcément. Il incite à la révolte comme peu osent le faire aujourd’hui – se mettant, comme il l’indique lui-même, en marge de la légalité. La réalité est si oppressante, si toxique qu’elle ne changera jamais grâce à la raison ou au compromis. Pour le poète, seules la poésie – pensée, germe, acte – et la révolte, dressées sur une barricade commune, pourront ébranler le monde et le renverser. Pour ensemencer le monde ; d’une Poésie qui seule fera office de Constitution. Je parle pour les audaces qui bientôt se changeront en légendes dans ce monde refractionné où le romanesque sera lot quotidien « Je parle je parle »   Cette poésie tranchante, ingrate, ne s’inscrit clairement pas dans les standards d’aujourd’hui. Ni aérienne, ni aérée, elle est tellurique, volcanique, charbonneuse. Elle ne joue pas à cache-cache avec le sens, elle le proclame, le symbolise, le contextualise. A fortiori, elle n’est pas nichée entre les plis de la psychologie d'un individu particulier, elle veut parler de l’Histoire qui se fait, du social, du capitalisme, de la révolution. Elle assume entièrement sa dimension politique. Et, jusqu’aux limites offertes par la langue, elle embrase. Je lisais récemment dans une chronique judiciaire, que les policiers jugeaient encore pertinent d'employer de nos jours le qualificatif « interlope » pour désigner leurs « clients ». Roland Devresse est un poète interlope et il en est fier. Non qu'il s'amuse seulement à défier l'autorité en écrivant, mais qu'il ne peut exister dans un monde inégalitaire, insatisfaisant, aliénant. Ceux qui vivent sous notre monde, ou à côté de lui, ou contre lui, ou dans les recoins cachés de la bruyère, ceux-là ont besoin de voix comme celle de Roland. Et nous avons besoin d'elles pour nous rappeler de l'écart absolu qui sépare notre…

Être juré du Prix Goncourt. Une responsabilité devant l’Histoire

François-Xavier Lavenne – Avant de devenir journaliste, homme de Lettres et membre du jury du plus prestigieux des prix littéraires, vous intéressiez-vous aux prix? Jouaient-ils un rôle dans vos choix de lecteur? Pierre Assouline – Oui, ça m’intéressait parce que l’histoire littéraire m’intéresse et, notamment, depuis que j’avais écrit la biographie de Gaston Gallimard – donc, ça fait trente-cinq ans à peu près. Pour cette biographie, j’avais fait beaucoup de recherches d’histoire littéraire et les prix y avaient leur importance. Mon intérêt s’est manifesté à partir de là d’une manière systématique et historique alors que, jusque-là, je m’y intéressais comme n’importe quel lecteur et amateur de littérature. En un peu plus d’un siècle, les prix ont acquis une grande place dans la vie et l’histoire littéraires. Quelle vision avez-vous de leur évolution et de leur rôle? Il n’y a pas réellement d’évolution des prix classiques parce que leur importance, leur statut, leur impact ont tout de suite été énormes sur le plan intellectuel et commercial. Cela n’a pas changé. Ce qui a évolué, c’est qu’il y a eu de plus en plus de prix qui sont venus s’ajouter à ceux de l’automne. En France, il y a deux mille prix littéraires, il ne faut pas l’oublier. Il n’y a pas une ville qui n’ait pas son prix littéraire, pas un salon du livre qui n’en ait pas! En plus, il y a des prix littéraires décernés par des médias, comme France Inter, RTL, France Télévision, le magazine Elle… C’est aussi le cas du Soir à Bruxelles avec le Prix Rossel. Ces prix de médias ont pris beaucoup d’importance parce que le jury est différent et parce que leur récompense est un soutien médiatique qui a un impact sur le public. Ces prix se sont imposés à côté des prix classiques. Il y a donc eu une diversification et une multiplication formidable des prix. Pour parler des quatre grands prix, les choses n’ont pas beaucoup changé. Je ne peux parler que du Goncourt, mais les autres ont très peu évolué. Si l’on parle du Goncourt, on remarque que l’Académie Goncourt s’est féminisée – et encore, ce n’est que trois femmes sur dix. Avant, il n’y en avait pas ou seulement la présidente, Colette. Il y a eu aussi Françoise Mallet-Joris, Edmonde Charles-Roux… Ce n’était pas beaucoup! Outre la féminisation, il y a eu le souci d’assurer l’indépendance du prix. Il faut dire que, jamais dans son histoire, le Goncourt n’a été aussi indépendant. Il y a quelques années, sept ou huit ans, le règlement a été réformé sous l’impulsion de Bernard Pivot, qui n’était pas président à l’époque, d’Edmonde Charles-Roux et de Françoise Chandernagor, notamment. Ce changement implique que, quand un membre du jury atteint quatre-vingts ans, il est automatiquement admis à l’honorariat. Il ne peut donc plus voter, ce qui est une bonne chose. En outre, il est interdit d’avoir un poste salarié dans une maison d’édition et cela, c’est une révolution, parce qu’il y a eu beaucoup d’abus par le passé à cause de cette situation. Le Prix Goncourt est un prix qui a une histoire et un rituel inscrits dans l’imaginaire collectif. Quels sont les souvenirs que vous gardez de votre entrée dans l’Académie et de votre première délibération chez Drouant? C’est particulier parce que les nouveaux jurés sont impressionnés par le lieu, par le prestige… C’est nouveau pour eux. Or, moi, qui suis journaliste littéraire depuis trente ans, je vais chez Drouant pour la remise du prix depuis très longtemps. Évidemment, je n’assistais pas à la délibération, mais j’étais là, chaque année, avec tous les autres journalistes pour avoir des informations, donc j’étais familier de l’endroit et c’était moins impressionnant pour moi sur ce plan-là. Ce qui m’a frappé lorsque j’ai été élu, c’est l’extraordinaire compagnonnage entre les Dix, le sens de l’amitié, la rigolade, le côté bon vivant. C’est important, cette vie de l’Académie. Dès que je suis arrivé, Bernard Pivot m’a dit: «La règle ici, c’est que tout le monde se tutoie!» J’avais voussoyé avec Bernard Pivot durant trente ans quand nous travaillions ensemble. Cet esprit de franche camaraderie est très agréable. L’autre chose qui m’a surpris est que j’avais toujours entendu dire que les prix étaient attribués des mois à l’avance à travers des combinaisons d’éditeurs… Ça a pu être vrai par le passé, bien sûr, mais depuis que j’y suis – et ça va faire ma sixième année – je peux certifier que ce n’est absolument pas le cas. Déjà, il n’y a pas d’accord entre nous. Nous avons des sensibilités, des opinions, des goûts très, très différents. Cette année encore, et même l’année précédente, on s’est engueulés! On s’engueule très amicalement, mais aussi très fermement, avec passion, sur des livres, sur des auteurs. Chaque fois que j’ai participé à une délibération, donc depuis six ans, le nom du lauréat s’est décidé cinq minutes avant qu’il ne soit proclamé publiquement! C’est toujours sur le fil, à une voix souvent! Ces histoires de Goncourts attribués à l’avance, même avant l’été, toutes ces légendes, c’est du bla-bla. Je peux témoigner que la lutte se fait jusqu’à la dernière seconde et qu’elle est sanglante! La troisième chose qui m’a frappé, c’est le travail. Être membre du jury du Goncourt est une activité bénévole, mais ça prend beaucoup de temps. On ne s’y consacre pas seulement tout l’été, mais toute l’année parce qu’on remet cinq prix, qu’on parraine les Goncourt étrangers, qu’on se réunit tous les mois, qu’on est invités en groupe dans beaucoup de salons, de festivals pour défendre des causes… Je ne dirais pas que c’est un full time job, mais c’est un vrai travail qui prend beaucoup de temps et qui est passionnant. Comment s’organise le travail pour faire la présélection? Tout le monde lit-il les mêmes livres? C’est très simple: on reçoit tous les livres, chacun lit ce qu’il veut et on s’écrit pendant l’été, parce que l’été est le seul moment de l’année où on ne déjeune pas ensemble à cause des vacances. Donc on s’écrit régulièrement, tout au long de l’été, pour se dire ce que l’on pense de tel ou tel livre. Au moment où je vous parle (ndlr: août 2018), je viens à nouveau de lire le plus grand nombre possible de livres de la rentrée littéraire et les neuf autres membres de l’Académie ont fait de même. Il y a des livres qu’on lit tous et d’autres que personne ne lit. Quand nous nous retrouverons en septembre, tout le terrain sera bien déblayé grâce à ces échanges. Le Prix Goncourt est un prix qui a une histoire. Cela implique-t-il une responsabilité particulière? Est-ce que vous ressentez le poids de ce devoir de laisser un palmarès qui va résister au temps et qui doit, en quelque sorte, écrire l’histoire de la littérature d’aujourd’hui? Oui, tout à fait. Il y a pour les jurés la conscience d’une responsabilité particulière. Avant de parler de l’histoire, il faut avoir à l’esprit, quand on est dans le jury du Goncourt, que beaucoup de gens qui achètent un livre par an achètent le Goncourt, et que beaucoup de gens qui offrent un livre par an pour Noël choisissent le Goncourt. On ne peut donc pas leur recommander n’importe quoi. Donc, il y a une vraie responsabilité vis-à-vis du public et des libraires. Ensuite, il y a un autre niveau de responsabilité qui est la responsabilité devant l’Histoire. En tant que membre de l’Académie Goncourt, on s’inscrit dans une continuité, on est les héritiers d’une histoire qu’on le veuille ou non. Dans cette histoire, il y a bien sûr des choses dont on est fiers et d’autres dont on est moins fiers, mais il faut assumer l’ensemble. Chacun a la conscience de s’inscrire dans cette lignée, d’être responsable par rapport à ce passé et par rapport…

Patrimoine : Norge le proférateur

Dans les années 1970-1980, une opinion est fort répandue…