Yves Namur

PRÉSENTATION
Né à Namur, le 13 juillet 1952, Yves Namur achève ses études secondaires au petit séminaire de Floreffe à dix-sept ans, conquiert son diplôme de médecin à vingt-quatre. Il a déjà, à ce moment, lu depuis longtemps les présocratiques, au point que ses condisciples l'ont surnommé Empédocle. Et dans les auditoires de l'UCL, il s'est fait d'emblée un ami, futur confrère et académicien : François Emmanuel. C'est le temps d'autres rencontres initiales et décisives : Jacques Izoard, Cécile et André Miguel, Marie Gevers qui l'invite maintes fois au domaine de Missembourg. L'Académie l'a repéré très tôt, puisqu'elle lui décerne dès 1974 son premier prix Lockem, réservé aux poètes de moins d'un quart de siècle. Quelques années avant que le docteur Namur commence sa pratique, le poète Yves Namur avait entamé son itinéraire, où Liliane Wouters a vu un parcours initiatique. L'œuvre de Namur, pour qui veut la prendre en considération globalement, est souvent mise en rapport avec les philosophes d'Elée, ou les sages orientaux, et si l'on cite fréquemment Jabès ou Juarroz à son propos, c'est qu'ils s'inscrivent dans un même courant. La quête de ce travail poétique, Jean-Claude Renard en voyait le but en un «lieu où s'allient le sacré et le profane, le yin et le yang, la Question, la Réponse et la Non-Réponse et où les antinomies sont dépassées tout en préservant le pourquoi fondamental du commencement sans commencement et de la fin sans fin». Dès ses débuts, qui pourtant se situent peu après 1968, où le spiritualisme en poésie suscite la méfiance, où le lyrisme est mal perçu, où l'expérimentalisme sévit d'abondance, Namur se pose en franc-tireur. Sa visée? Concilier économie verbale et densité. Bernard Noël apprécie sa façon de découdre «la langue des faussetés qu'on lui fait d'ordinaire envelopper sous prétexte de poésie». Ce qui pourrait buter sur le laconisme prend de plus en plus d'ampleur, la rigueur n'exclut pas la musicalité, la métaphysique de fait pas obstacle au poétique. Poétique qui recourt à des métaphores volontiers végétales, à une langue d'une simplicité de parabole. La répétition progresse en spirale, qui ose creuser jusqu'à l'abîme. Le livre des sept portes lui vaut, en 1992, le prix Jean Malrieu : c'est l'occasion de rencontrer à Marseille Roberto Juarroz qui est le lauréat étranger de la même distinction : ce sera le point de départ d'une amitié littéraire jalonnée de nombreuses rencontres à Buenos Aires. Le même texte va inspirer au musicien Lucien Gurinel un oratorio pour double chœur. L'œuvre de Namur est de plus en plus reconnue. Ses Figures du très obscur lui valent en l'an 2000 les Prix Robert Goffin et Louise Labé ainsi que d'être primé par les lecteurs aux Journées Antonin Artaud à Rodez. L'auteur d'un tel recueil ou du Livre des apparences pourrait paraître voué à l'abstraction, au maniement exclusif d'une plume sacrée. C'est négliger le grand vivant qu'il est, le fin gastronome qu'il n'oublie pas d'être, et qui transparaît dans La petite cuisine bleue. Le poète exigeant, le célébrant de la vie est aussi un homme d'action, doublé d'un inlassable découvreur, ce qui se perçoit dans son travail d'anthologiste, mené parfois en tandem avec Liliane Wouters, comme dans Un siècle de femmes qui rassemble la poésie féminine du vingtième siècle en Belgique et au Luxembourg. Ce travail de défricheur et de conservateur, il le fait avant tout à la tête des éditions du Taillis Pré qu'il anime depuis 1984. Le plus remarquable, dans cette maison qui s'impose comme l'une des cellules d'animation poétique les plus actives en Belgique, est qu'elle veut à la fois relayer des écrivains de sa communauté, et s'ouvrir largement au monde : on y publie de la poésie d'Amérique du Nord et du Sud, de partout en Europe.

BIBLIOGRAPHIE


PRIX


NOS EXPERTS EN PARLENT
Le Carnet et les Instants

À Ittre, le Musée Marthe Donas consacre une exposition, du 23 novembre 2019 au 19 janvier 2020, à une figure de la peinture et de la poésie francophones belges, Cécile Miguel (Gilly, 1921 – Auvelais, 2001), épouse de l’écrivain André Miguel (Ransart, 1920 – Gembloux, 2008). À cette occasion, le Musée propose sur son site web un dossier pédagogique réalisé par Béatrice Libert à l’intention des enseignants et les éditions du Taillis pré publient, sous la plume d’Yves Namur et avec un avant-dire de Marcel Daloze, un catalogue très substantiel, richement illustré de reproductions, photos, manuscrits et lettres qui rend justice à cette créatrice aujourd’hui occultée : Cécile Miguel, une vie oubliée brosse le parcours existentiel de l’artiste, quittant…


Le Carnet et les Instants

Dirigée par Pierre Emmanuel, la jeune collection « Duo » repose sur le principe du « dialogue » cher aux livres d’artiste, mais en associant deux poètes. Sollicité dans ce cadre, Jacques Ancet a aussitôt proposé à son vieil ami Yves Namur de collaborer, avec pour base commune ce vers de Roberto Juarroz – dont il avait traduit des entretiens et des poèmes en 2001-2002 – : La pluie tombe sur la pensée, extrait de Poésie verticale, vol. 4.  Ayant reçu le feu vert – l’intérêt de Namur pour Juarroz n’est pas un secret depuis Fragments de l’inachevée –, Ancet écrit alors treize textes de sept vers chacun et les envoie à son correspondant. Celui-ci prend le relai, en adoptant un mimétisme quasi parfait quant au style et à la versification :…


Le Carnet et les Instants

 Dis-moi quelque choseQue je puisse interroger le nuageL’ouvrirLe défaire de fond en combleLe creuserL’aimer tout simplement Dis-moi quelque chose épouse le calendrier des saisons, leurs cycles, leurs éléments et leurs couleurs. Au sein de chacune d’elles, « quelque chose » est donné à entendre, à espérer. Le poème vient, dans ce recueil d’Yves Namur publié aux éditions Arfuyen, déposer une voix, vibrant au diapason du ténu, de l’incertain, de l’inespéré. Ainsi, dans le « dis-moi », dans cette adresse – à l’autre, au lecteur, à soi-même – qui ouvre chacun des sizains, s’entend l’espoir d’une parole, d’une formulation. Ce dernier constitue autant le noyau que le fil rouge…


Le Carnet et les Instants

« J’avais soudainement l’intime et profonde conviction de naître ». Ainsi débute le nouveau livre d’Yves Namur, inscrit d’emblée dans le scénario de l’illumination, cette expérience bouleversante que plusieurs traditions – hindouiste, bouddhiste, chrétienne – présentent comme une seconde naissance, le moi s’y effaçant au profit d’une sensation souveraine. Chez Namur, toutefois, l’évènement ne présente pas un caractère religieux, si l’on excepte un passage de quelques pages ; en second lieu, il n’est pas le résultat d’un long apprentissage mais surprise pure ; enfin, il relève moins de l’aboutissement que d’une aventure nouvelle… Vers la fin du livre, il est question d’une…