Van Kroetsh (tome 4) : Les faire taire à jamais


RÉSUMÉ

2021. Quartier Nord, à Bruxelles. Par un malheureux concours de circonstances, Van Kroetsch se retrouve enfermé au « Cimetière des Éléphants » : un immeuble austère aménagé selon les critères de la bien-pensance de l’époque pour abriter 147 pensionnaires reconnus comme le rebut de la société. En sortir relève de l’impossible. Mais un meurtre au sein de cette communauté est l’occasion inespérée de renouer avec le monde extérieur. Entre mensonges, faux-semblants, trafic de viande, souvenirs douloureux et nouvelles rencontres, Van Kroetsch devra mener cette enquête dans la plus grande discrétion.


À PROPOS DE L'AUTEUR
Marc Meganck
Auteur de Van Kroetsh (tome 4) : Les faire taire à jamais

Marc Meganck est né à Bruxelles en 1975. Licencié en Histoire et diplômé en Gestion culturelle de l’Université libre de Bruxelles, une rencontre avec l’éditeur Bernard Gilson au cours de ses études réveille en lui son désir d’écriture. C’est ainsi qu’en 2007, il publie son premier roman : Génération Raider chez Bernard Gilson Éditeur. Il collabore égalemet par la suite avec d’autres éditeurs (Aparté, 180° éditions…). Ses thèmes de prédilection sont déjà en place. Les petits riens de cette vie quotidienne qui nous colle à la peau. Les bistrots de quartier, la déambulation urbaine, la musique, l’amour, la mort de l’amour, l’amitié, la référence au père…

Les romans et les nouvelles se suivent : le voyage et les rock-stars décédées à 27 ans (Deux fois par an, 2009), un road movie sur les bords du Saint-Laurent au Québec (Port-au-Persil, 2010), ou encore un recueil de seize nouvelles liées entre-elles à la manière d’un faux roman (Camionnette rouge, 2010). En 2012, dans Les Dessous de la Cambre, il crée le personnage de Van Kroetsch, un chômeur longue durée jouant au détective privé, menant des enquêtes déjantées à Bruxelles et ailleurs. Avec Une Vie belge (2013), il nous offre un autre road-movie inter-générationnel dans lequel il espère trouver – en vain – un sens à ce pays de dimensions réduites dans lequel il vit. En 2014, Van Kroetsch est de retour dans Le Pendu de l’Îlot Sacré, pour une virée surréaliste à la découverte d’un Bruxelles face B.
 


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Imaginez un immeuble d’une dizaine d’étages dans lequel sont consignées des personnes mises au ban de la société pour des délits variables. Une formule intermédiaire entre la prison telle que nous la connaissons et une forme d’assignation à résidence, avec des contrôles de présence le matin et le soir, des possibilités de sorties nécessitant des démarches compliquées. C’est dans ce monde portant le doux nom de Cimetière des éléphants que nous entraîne ce roman placé sous le regard de Van Kroetsch, un détective lui-même résident, qui mène l’enquête suite au décès du veilleur de nuit et dont ce n’est pas la première apparition sous la plume de l’auteur.Partant du principe que le meurtrier est au nombre de ses congénères,…


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Qu’allait écrire Nicole Malinconi, après avoir donné voix à Theresa Stangl, la veuve de Franz Stangl, ex-commandant du camp d’extermination de Treblinka ( Un grand amour , 2015 ) et entrepris sa première fresque historique ( De fer et de verre . La Maison du Peuple de Victor Horta , 2017 ) ? Où son écriture allait-elle la mener ? Elle qui n’œuvre jamais dans la compétition, le calcul, le bruit et la fureur du temps présent n’a pas surenchéri ; elle est revenue à nu, sans documentation, au départ ; elle a retrouvé son fidèle regard, l’a ouvert sur l’alentour, le pas très loin ; elle est retournée vers ces vies minuscules à qui elle a toujours accordé une place de choix dans ses livres, vers les plus minuscules des minuscules, ces/ses oiseaux qu’elle aime tant. Ces oiseaux qui s’avèrent, aussi, une épreuve pour son écriture. Lire aussi : Nicole Malinconi, brève histoire d’une écriture (C.I. n° 197) ***Je ne devrais peut-être pas, cela pourrait sembler simpliste, et pourtant je me l’autorise. À rapprocher Nicole Malinconi des oiseaux qu’elle écrit, et dire : Elle n’est pas telle le ramier posé sur le faîte du toit avec sa posture de grand placide, sa «  manière de regarder passer la vie comme qui regarderait le dehors, de sa fenêtre, tranquille  » ; elle est plutôt comme les oiseaux de petit format qui ne prennent pas «  des airs de philosophe  » et sont faits «  pour l’intranquillité  ».*** Intranquille est aussi son écriture. De ne pouvoir dire l’oiseau dans tout son être, son paraitre, son attitude, sa gestuelle, ses déplacements, ses agissements – dans tout son réel (pour employer un mot que l’autrice lie à sa démarche littéraire depuis son premier livre, Hôpital silence ). De devoir rester dans l’à-peu-près ou les balbutiements (les termes sont d’elle). Souvent sa phrase doit se corriger. Doit s’y reprendre à deux fois («  Une pie plonge du haut de l’immeuble. Disons plutôt qu’elle tombe comme une pierre. » [je souligne]) Et encore tout ne sera pas dit pour autant. L’écriture ne dit jamais tout. De cela elle a déjà parlé souvent.***Si intranquille est son écriture que dans un autre de ses livres paru aux Editions de l’Esperluète, Les oiseaux de Messiaen (2005), à peine commençait-elle à écrire les oiseaux qu’elle se laissait entraîner dans une réflexion sur l’écriture et ses contraintes, ses impossibilités. Son essence.***Intranquille et pourtant un calme, une quiétude, une sérénité nous gagnent à la lecture de ce livre sur les oiseaux.***Tout au long de Poids plumes , elle qui regarde les oiseaux plus qu’elle ne les écoute (elle n’est pas Messiaen et son écriture n’est pas musicale), pour se pro nommer – et afin de donner tout l’être aux oiseaux – elle se neutralise, s’efface tant que faire se peut et dit « on ». Comme le rappelle Laurent Demoulin dans son article paru dans le numéro 55 de la revue Textyles , « Nicole Malinconi, le style ou l’écriture ? À propos de De fer et de verre  », le « on » est «  comme une marque stylistique qui colle à la plume de Nicole Malinconi  » et «  s’adapte aux besoins de la cause  ». Dans De fer et de verre , le « on » pouvait être, entre autre, la voix du peuple. Ici, il n’est plus qu’une personne, à peine quelqu’un, qui regarde le peuple des tout petits dans l’immensité du monde brutal.***Nicole Malinconi est particulièrement attentive à la transformation du monde et à ses conséquences. À ce qui disparaît. À ce que cela induit. Pour l’être humain, ailleurs dans son œuvre. Pour les oiseaux, dans ce livre-ci. Comme, par exemple, l’enfouissement des fils électriques qui ne permet plus les rassemblements préparatoires aux grandes migrations.***Dans le cadre de son regard ou de ses souvenirs, les oiseaux sont en colonie ou en solitaire.***Pour illustrer le texte, Kikie Crêvecoeur pose aussi un cadre (au trait noir) à ses dessins (gommes). Des vignettes, on dirait. Parfois les oiseaux y sont en bande, dessinés, parfois ils y sont esseulés. Jacques Dubois parle également de vignette à propos de certaines formes brèves de Nicole Malinconi. «  Même littéraire, une vignette sera du côté de la modestie et de l’impromptu, dût-elle pourtant avoir exigé du travail et mis en œuvre tout un art.  » ***Les oiseaux de Nicole Malinconi ne sont pas sans relation avec l’être humain, même si le plus souvent ils l’ignorent. Ils lui renvoient ce qu’il est : un être de mots (un parlêtre), un être à qui est réservé « l’impuissance, le désespoir ou l’angoisse  » qu’il ait, ou non, «  vu mourir un canard  ».***Dans leurs interactions avec les êtres humains, souvent les oiseaux se tiennent à carreau pendant que ceux-ci sont debout derrière leurs carreaux, à les observer. Peut-être même à espérer les attirer.***Les êtres humains restent là, démunis, face aux oiseaux. Avec toutes leurs questions, sur le pourquoi et le comment de leur comportement, de leur déplacement, de leurs criaillements, ils sont là, et les oiseaux ne leur répondent pas. Déjà qu’ils savent si peu de choses sur eux-mêmes.***Il y a les oiseaux qu’elle a vus, ceux qui lui en rappellent d’autres, dont elle se souvient, il y a les oiseaux qu’elle imagine, ceux qui ont été soignés, il y a aussi ce chardonneret sur la toile de Carel Fabritius, il y a les oiseaux en liberté, d’autres avec le fil à la patte, il y a aussi l’oiseau qui se tient au bord de, celui qui est dans le cadre de la fenêtre. Il y a ceux dessinés par Kikie Crêvecœur, de gommes et de trait, ils s’accordent si bien à ceux d’encre et de mots de Nicole Malinconi.***Pour le vol, il n’y a pas mieux que les oiseaux…***Pour finir, on voudrait en revenir au début, à la dédicace qu’elle fait à une nuée d’oiseaux, en les citant un à un, par leur nom d’espèce. «  À la Perdrix grise, à la Perdrix rouge, à la Grive musicienne, au Bruant jaune, au Guillemot, etc.  » ; elle en cite ainsi plus de septante. Elle les ramasse sur deux pages avant de leur donner la liberté dans la suite du livre. 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Elle cherche les oiseaux, lesquels lui fourniront la matière première de son prochain livre. Son regard balaye l’horizon, à l’instar de jumelles magiques qui translittéreraient le langage naturel en langage humain. Car c’est bien là son projet, ni plus ni moins : rendre compte de ses observations de la façon la plus juste possible, c’est-à-dire tel que ni le rouge-gorge, ni la mouette ne les renieraient.  Dans Poids plumes , se succèdent des instantanés. Ceux-ci peuvent aussi bien concerner un individu particulier, un groupe d’oiseaux ou une pratique répandue parmi cette espèce. Le vol, le nid, la toilette, le chapardage des restes du marché, autant de scènes familières décrites sous l’œil attentif et amusé de la romancière. Et quand celle-ci replie bagage après de longues heures de guet, c’est pour mieux s’immerger dans ses souvenirs et…