Marcel Lecomte et Franz Kafka, une traduction discutée


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Marcel Lecomte a traduit des textes littéraires de l’allemand et du néerlandais. Son premier contact attesté avec des interlocuteurs germanophones remonte à mai 1918, au moment où, à La Hulpe, il est accueilli dans un milieu de lettrés allemands, un petit cercle gravitant autour de Carl Sternheim (1878-1942) qui s’est établi en Belgique dès 1912. C’est à ce milieu qu’Hubert Roland a consacré sa monographie sur La « Colonie » littéraire allemande en Belgique. 1914-1918 XX . Gottfried Benn et Carl Einstein en font également partie. La visite de Lecomte à la villa de Claire-Colline à La Hulpe où séjournent les Sternheim est indissociable de sa rencontre avec Clément Pansaers, alors précepteur des enfants des Sternheim. Pansaers publie des textes de Sternheim et de Carl Einstein dans sa revue Résurrection. Il fait découvrir le Tao à Lecomte par le biais des seules traductions des grands auteurs taoïstes disponibles à l’époque, à savoir en allemand.…

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Le documentaire « Marquis de Wavrin, du manoir à la jungle »

Rencontre avec Grace Winter et Luc Plantier Cinergie : Le Marquis Robert de Wavrin (1888-1971), ethnologue et cinéaste, est un personnage méconnu. Comment l’avez-vous connu et comment êtes-vous tombés sur toutes ces images d’archives ? Grace Winter : Je travaille à la cinémathèque et mon boulot consiste à visionner les documentaires d’avant 1960 qui font partie de notre collection et de les décrire de manière à les rendre accessibles à des chercheurs et à des réalisateurs qui ont besoin d’extraits. Un jour, j’ai eu le coup de foudre pour « Au Pays du Scalp » (1932) et pour ce cinéaste que je ne connaissais pas. C’était pour moi le début d’une longue recherche de dix ans sur le Marquis de Wavrin. J’ai regardé ses autres films, participé à la reconstruction d’un film perdu et pris contact avec son fils qui m’a permis de consulter les archives familiales. Il n’existait sur lui qu’un travail de fin d’études d’une étudiante de Louvain, un document très précieux de 1989, à caractère essentiellement biographique. C’était donc une base utile pour moi, mais c’est pratiquement la seule chose qui existait sur lui. On mentionne parfois qu’il a écrit pas mal de bouquins. Mais en fait, il est complètement inconnu. Enfin, pas inconnu, plutôt complètement oublié ! C. : Pour quelles raisons avez-vous été séduite par ses films ? G.W. : Le cas du Marquis de Wavrin constitue un point de rencontre entre mes deux intérêts majeurs : j’ai un passé d’ethnographe et je suis très cinéphile. J’ai distribué des films d’art et essai pendant 20 ans (Progrès Films) et je travaille à la cinémathèque. « Au Pays du Scalp », c’est la rencontre de ces deux choses. C’est un document ethnographique extraordinaire et même pour quelqu’un qui n’a pas étudié le cinéma, c’est cadré de manière magnifique. Ça crève les yeux, ce film ! C. : En tant que cinéaste, il a apporté des images et des témoignages. En tant qu’ethnographe aussi. Est-ce que ces images ont été utilisées par les anthropologues ? G.W. : À l’époque, oui. La raison pour laquelle il a été oublié, c’est qu’après son 4e film, en 1938, il avait le grand projet d’aller découvrir les sources du fleuve Orénoque, mais ce projet a avorté. Après ça, la guerre a éclaté. Pendant la guerre, il n’y a eu aucune activité mais après, il y a eu un véritable essor du cinéma d’exploration. D’abord en noir et blanc et très vite après, en couleur. Le concept de ses films a été complètement perdu par rapport à cette nouveauté. Il a arrêté de filmer parce que son épouse ne voulait plus quitter la Belgique. C’est comme ça qu’il a sombré petit à petit dans l’oubli. Jusqu’à sa mort en 1971, il n’a plus été très actif, il ne faisait plus que des conférences. Ici, en Belgique, même dans les milieux « spécialisés », plus personne ne le connaît. J’espère qu’il sera enfin reconnu à sa juste valeur grâce au coffret dvd (prévu pour décembre 2017) qui regroupera notre documentaire et quatre de ses films. Les extraits descriptifs des habitudes, des manières de se vêtir, de la vie quotidienne sont extrêmement précieux et rares parce qu’il existe très peu de documents aussi anciens sur les jivaros, par exemple. Des photos, oui, mais pas de films ! C. : Quelles ont été les différentes étapes du travail de votre travail, Luc, en tant que monteur dans l’élaboration du documentaire ? Luc Plantier : Nous disposions de deux matériaux : les films originaux et des bobines de rushes, de prises alternatives qui n’avaient jamais été utilisées auparavant. L’idée était que si nous utilisions un extrait de film, nous devions le montrer exactement comme il aurait été utilisé par le Marquis dans ses propres films. Nous utilisions cette matière pour monter des séquences en fonction des besoins de la narration du film. Ça a été une collaboration très étroite avec la Cinémathèque Royale de Belgique qui nous a fourni ce matériau. Ils ont réalisé des scans de ces pellicules, que j’ai utilisés dans le montage, qui a ensuite été finalisé chez Cobalt, le studio de masterisation/étalonnage. Tout ce qui concerne la remasterisation de la matière a été réalisé par la cinémathèque elle-même. Grace Winter avait écrit un scénario avec différentes intentions, différents chapitres, que nous avons mis en place dans un premier temps pour voir si ça fonctionnait d’un point de vue narratif. Ensuite, nous avons affiné tout ça. Certains chapitres ont disparu ou ont été combinés. En termes de montage, le travail a consisté à utiliser les images de la façon la plus magnifique possible – toutes ces images le sont vraiment ! – afin de les transmettre aux spectateurs par le biais de l’histoire du Marquis de Wavrin. G.W. : Nous avons convenu de ne pas altérer les extraits en tant que tels. La seule liberté que nous nous sommes permis de prendre, c’est d’enlever les commentaires qui accompagnaient ces images dans les films originaux. Parce qu’il y avait souvent une contradiction entre l’image et le texte dans les films du Marquis, c’est là la grosse difficulté du genre. Autant l’image était pure, témoignait d’une grande authenticité et montrait l’approche très complice du Marquis par rapport à ce qu’il filmait, autant le commentaire, écrit en Belgique avec la mentalité des années 1930, s’avérait souvent superficiel, avec des plaisanteries idiotes et des termes inacceptables de nos jours, que le Marquis avait sans doute dû accepter, j’imagine, par impératif commercial. Par exemple, il y a une très jolie scène avec des petits garçons assis par terre, en train de fumer, accompagnée de ces mots : « Ah, petits gamins, vous avez l’air bien sérieux ! On dirait une assemblée de magistrats ! » En enlevant ce genre de commentaires, une grande poésie et une grande tendresse ressortent des images. Nous nous sommes donc permis de le faire, pour lui être fidèles, pas infidèles. C. : Dans ses films, on découvre des peuples mais également la nature, les animaux... C’est très impressionnant de voir le plaisir qu’il a eu à les filmer, sa fascination sincère !... G.W. :  Dans certains de ses textes, il explique qu’il est complètement conscient que c’est une nature et des peuples amenés à disparaître. Il veut en être le témoin, il le répète à longueur de livres. « Il faut aller chez eux maintenant, étudier leurs mœurs, leurs coutumes, etc. avant qu’ils ne soient atteints par la civilisation. » Peut-être que le contact avec des gens aussi près de la nature, qui s’y adaptent et la respectent, a provoqué chez lui une prise de conscience qu’il n’aurait jamais eue s'il était resté en Europe. On ressent cette admiration dans ses textes. Je regrette qu’on ait dû couper certaines scènes pour arriver à une durée d’1 h 25. Par exemple, le Marquis était fasciné par la manière dont les Indiens fabriquent des ponts en lianes, extrêmement solides, résistants aux tempêtes, aux orages, à toutes les intempéries de la forêt vierge. Nous avons vu de longues séquences à ce sujet. J’aurais voulu les conserver mais les exigences du récit et du montage ont fait que nous ne pouvions pas tout montrer. L.P. : De ce point de vue-là, notre film s’attache vraiment au Marquis en tant que cinéaste. Beaucoup d’autres aspects de sa vie et de son œuvre sont à peine évoqués, voire pas du tout : l’écriture de ses livres, de ses articles, ses conférences, les expositions des objets qu’il a ramenés… tout ça n’apparaît pas dans le film ! Ce n’est pas un film exhaustif sur sa vie, nous cherchons plutôt à préciser et à mettre en avant le rapport filmique et photographique qu’il a pu avoir avec les populations rencontrées en Amérique du Sud, qui l’ont fasciné et avec lesquelles il a passé 15 ou 20 ans de sa vie. C. : Les passages sur la censure de l’époque sont passionnants. Vous avez apparemment retrouvé des rushes qui avaient été coupées…

Liliane Wouters, la voix la plus vraie

Grand poète , traductrice fervente, anthologiste…

Eloge de la perméabilité: regards francophones sur les Plats-Pays. (Adrienne Nizet)

Il est tout à fait possible , dans l’étonnant petit pays qu’est la Belgique, de passer 30 ans sans entrer en contact, ou presque, avec « la néerlandophonie ». C’est mon cas. Un parcours scolaire sur les hauteurs de Liège, avec pour langues d’études, dans l’ordre, l’anglais, l’allemand et l’espagnol, des études supérieures en journalisme à Bruxelles sur une même lancée, avec l’anglais et l’allemand pour bagages, et un début de carrière dans un environnement majoritairement francophone m’ont amenée à fêter mes 30 ans avec pour seules connaissances de la langue de mes plus proches voisins quelques comptines (Een twee drie vier, hoedje van, hoedje van, een twee drie vier, hoedje van papier), un mot d’excuse passe-partout (Sorry, ik spreek geen Nederlands, mag ik in het Frans praten) auquel l’interlocuteur, habitué, répondait en français dès le troisième mot et pas mal d’idées caricaturales (cf. Les Flamandes de Jacques Brel). Même si, comprenons-nous bien, il n’y a jamais eu, ni de ma part ni de celle de mes parents, de mes professeurs ou de mes employeurs, la volonté de ne pas (m’) apprendre le néerlandais. Simplement, le besoin ne s’en est jamais fait sentir. Pendant 30 ans. C’est, sans grande surprise quand on y pense, la littérature qui a mis fin à cette apparente imperméabilité. Mon arrivée en janvier 2015 à Passa Porta, maison internationale des littératures à Bruxelles, lieu par excellence d’échanges entre les langues et les cultures, requérait par définition une plongée immédiate dans cette «néerlandophonie» méconnue. Une période d’immersion intensive (facilitée quoi qu’en disent certains par mes acquis en langue allemande) m’a permis d’obtenir rapidement une compréhension passive de la langue de mes nouveaux collègues et de leur environnement et, petit à petit, grâce à leur bienveillance et à ma volonté d’incarner le projet sous toutes ses facettes, d’en percevoir les nuances et de me mettre à la pratiquer assidûment. «Fais des phrases courtes» D’autres que moi se sont attelés, avec plus d’expertise, à mettre en parallèle les structures différentes du français et du néerlandais, et à étudier l’impact que peut avoir l’usage d’une langue sur la structure du cerveau, de la pensée, du raisonnement. Je n’en ferai donc pas ici l’exposé, ce n’est d’ailleurs pas le sujet. Mais ce qui marque directement, lorsque, en tant que francophone, l’on s’immerge dans le néerlandais, c’est l’extrême rationalité de la construction des phrases, voire des mots. Enormément de mots sont composés de deux autres, simplement juxtaposés: de boekenkast pour la bibliothèque (mot qui en français désigne tant le meuble que le lieu), de lampenkap pour l’abat-jour (on gagne en efficacité, on perd en poésie), de zonsondergang pour le crépuscule, de overlast pour l’inconvénient, eigenzinnig pour têtu, etc. Pour faire court, la langue néerlandaise est bien plus directe que ne l’est le français. Un des meilleurs conseils qui m’a été donné pour me l’approprier est d’ailleurs celui-ci: «Fais des phrases courtes». Avec la langue vient toujours la culture, et c’est sans doute cela qui rend le travail de et à Passa Porta si intense, et crucial simultanément. La littérature est, par essence, liée à la langue. Pour appréhender celle de l’autre il faut ou pouvoir la comprendre dans ses moindres recoins, avec toutes ses subtilités et ses nuances, ou de brillants traducteurs capables de le faire pour nous. Mais il faut, avant tout, de la curiosité (nieuwsgierigheid, encore un joli mot). Et celle-ci a parfois besoin d’être suscitée. Voire exigée. La mettre en partage demande d’ôter son imperméable. Hommage aux traducteurs Je me rappelle avec précision ma première émotion littéraire en néerlandais. Elle a cela de particulier qu’elle est née d’une traduction (mais est-ce un hasard?). Celle du Canto General de l’immense Pablo Neruda par Bart Vonck, dont des extraits avaient été lus, lors de la soirée de lancement de l’ouvrage, par Annemie Tweepenninckx (une bekende Vlaming inconnue de moi jusque-là...). Il ne fallait pas connaître, alors, la langue néerlandaise dans ses moindres recoins (pas plus que l’espagnol d’ailleurs) pour percevoir l’immense émotion délivrée par les mots du Chilien. Mais entendre la poésie dans une autre sonorité lui offrait une nouvelle saveur. La littérature, donc, comme porte d’entrée dans la «néerlandophonie». Il me faut ici revenir, en partie, sur ce que j’ai écrit plus haut. Car si ma connaissance du néerlandais était réduite à son minimum pendant les trois premières décennies de ma vie, je n’étais pour autant - et heureusement - pas passée à côté de tous les auteurs néerlandophones contemporains. Qu’il soit ici rendu hommage aux traducteurs. Les livres de Dimitri Verhulst (l’inoubliable Merditude des choses, tellement plus drôle que le film, pourtant également réussi - traduction de Danielle Losman) XX et de Tom Lanoye (La Langue de ma mère - traduction d’Alain van Crugten) XX faisaient déjà partie de mes lectures. David Van Reybrouck aussi, bien sûr, était loin d’être un inconnu, puisqu’il est régulièrement traduit et joué (Congo, traduit par Isabelle Rosselin) XX , et Stefan Hertmans est souvent mis en avant depuis la sortie de Guerre et térébenthine chez Gallimard (traduction par la même Isabelle Rosselin) XX . Mais au-delà de ces figures de proue, il faut bien admettre que peu de noms passent la frontière linguistique. L’inverse est vrai aussi, et la rengaine est connue. Combien de Flamands, au-delà des cercles d’initiés, peuvent citer d’autres auteurs belges francophones vivants que, disons, Jean-Philippe Toussaint, Amélie Nothomb et Caroline Lamarche? Or des Patrick Declerck, Thomas Gunzig, Nathalie Skowronek, Geneviève Damas, Barbara Abel, Corinne Hoex, Kenan Gorgun, Laurent Demoulin, Emmanuelle Pirotte, Hubert Antoine, Jean-Luc Outers, etc. gagneraient sans aucun doute à être connus. Tout autant que Jeroen Olyslaegers XX , Lize Spit XX ou Maud Vanhauwaert XX dans le sens inverse, d’ailleurs. Leurs récentes traductions vers le français (éditées en France, pour deux d’entre eux) y aideront peut-être. Ce constat de non-connaissance de l’autre s’applique également aux médias, suivis en fonction de la langue par l’une ou l’autre partie de la population. Ainsi, ce sont rarement les mêmes titres qui font l’actualité des deux côtés de la frontière linguistique. Et ce même à Bruxelles... C’est cela, sans doute, qui m’a le plus surprise. De réaliser que cette forme d’imperméabilité qui avait été la mienne ne s’affaissait qu’en quelques points précis, et restreints, même chez ceux qui maîtrisaient les deux langues. Et que, dans une large mesure, alors que nous partagions un quotidien similaire, pour la plupart dans la même ville, les auteurs qui nous faisaient réagir simultanément, mes collègues néerlandophones et moi-même, étaient... américains. Le cas Paul Auster Mais revenons à la «néerlandophonie», puisque Paul Auster n’est pas le sujet de cet article. À moins que... Lorsqu’un livre sort en anglais, sa traduction est «quasi immédiate» en néerlandais. Y aurait-il plus d’intérêt pour ses ouvrages du côté néerlandophone qu’en Belgique et en France? Les traducteurs vers le français seraient-ils plus lents? Ni l’un ni l’autre, selon moi. Mais les éditeurs néerlandophones savent que, s’ils attendent trop, leurs potentiels lecteurs se rueront sur la version anglaise du texte, langue que ceux-ci maîtrisent en règle générale parfaitement. Donc, pour s’éviter de piteuses ventes, mais aussi pour offrir à leurs lecteurs toutes les nuances du texte (insistons à nouveau sur le rôle des traducteurs), ils mettent le turbo pour pouvoir sortir leur version dans les meilleurs délais. Prenons Paul Auster, précisément. Le très attendu…