La conjecture : Mémoires apocryphes


RÉSUMÉ

Le 16 décembre 1944, une violente attaque allemande fait voler en éclats le front américain dans les Ardennes. Trois jours après, Rundstedt passe la Meuse. Il atteindra Anvers et Terneuze, prenant au piège l’armée anglaise de Hollande. En même temps, sur le front de l’Est, les Russes imprudemment avancés subissent la même grave défaite, dans la région des lacs Mazures, que leurs prédécesseurs de 1914. En quelques semaines la situation militaire en Europe s’est complètement modifiée. Ce qui, dans la population civile, n’est pas sans embarrasser les personnes les plus (ou les moins) «engagées» dont un certain nombre ont pris des responsabilités politiques, actives ou passives, au cours des cinq mois précédents. Et des quatre années antérieures… Que va-t-il se passer ? Que faut-il faire ? Spécialement dans nos parages. Quels vont être les états d’esprit des occupés-désoccupés-réoccupés, leur contenance, leurs relations ? Non, cela n’est pas arrivé, Dieu merci ! Cela aurait pu arriver !… Dès lors il est intéressant de savoir comment se serait développée – humainement, socialement, historiquement – une telle conjecture. L’hypothèse se construit à partir de Bruxelles, centre géographique de l’événement. Elle portrera à l’avant-plan sur un couple ; au plan moyen sur une petite société, avec quelques nuances et variantes ; l’arrière-plan sur le sort et le sentiment du monde. Tableau dont le caractère essentiellement fantaisiste – puisqu’il prend la forme de «mémoires apocryphes» – ne va pas aujourd’hui sans ironie. Ni même parfois sans un peu de cocasserie. Cela vous choque ? Un bon tiers de siècles ne s’est-il pas écoulé depuis ? Catastrophes et tragédies, vilenies et sottises ne sont-elles pas, à pareil terme, «tombées dans le domaine public» ?


À PROPOS DE L'AUTEUR
Robert Poulet
Auteur de La conjecture : Mémoires apocryphes
Robert Poulet est né à Liège en 1893 et mort en exil en 1989. Combattant lors de la Première Guerre mondiale, il collabore avec l’occupant durant la seconde. Publié principalement chez Denoël, ami de Louis-Ferdinand Céline et d’Hergé, il échappe de peu à la condamnation à mort à la Libération, mais se voit contraint à l’exil. Il s’installe près de Paris et exerce un métier d’éditeur et de critique littéraire.

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Le Tas de pierre

Après un premier roman qui avait révélé une écriture audacieuse et bourrée de fantaisie, Christophe Levaux revient avec sa sœur, Aurélie Wiliam Levaux, raconter un pan de leur adolescence dans un village perdu. Ça s'appelle Le Tas de pierre (Cambourakis) et ça décape ! Après un premier roman qui avait révélé une écriture audacieuse et bourrée de fantaisie, Christophe Levaux revient avec sa sœur, Aurélie Wiliam Levaux, raconter un pan de leur adolescence dans un village perdu. Ça s'appelle Le Tas de pierre (Cambourakis) et ça décape ! Tout commence par un accident de train. Ou plutôt par un bruit inhabituel, un soufflement du tortillard qui balade les visiteurs depuis l’ancienne mine transformée en attraction touristique jusqu’au village où vivent Christophe, Aurélie et leurs parents. Ensemble, alternant leurs voix, ils déroulent presque heure par heure cette journée-là, en prenant des détours, tortillant eux aussi pour brosser le portrait de leur adolescence en province. Christophe Levaux Les années 80-90 qui ont vu grandir la génération des trentenaires boulotteurs de séries ont le vent en poupe : que l’on pense à « Super 8 » ou à « Stranger things », l’heure est à la nostalgie des talkie-walkies/walkman/VHS, à celle d’un temps pré-Dutroux où les gosses partaient à l’aventure sur leurs vélos, nez et KWay au vent, sans inquiéter leurs parents. Rien de tout ça dans « Le tas de pierre ». L’époque est bien celle-là, pourtant, l’âge des protagonistes celui qui n’est plus l’enfance et pas tout à fait l’adolescence. Mais la technologie, le fluo ou la couleur des baskets ne changent rien à l’errance qui irrigue ce moment de la vie. Quelle que soit la décennie, des esprits se cherchent dans des corps en mouvement. Bruno Dumont, cinéaste, réalisateur de « P’tit Quinquin » ou encore de « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc », dit à propos des débuts : « la vraie vie est gauche ». « Dans l’existence on n’est pas à l’aise, dit-il encore. Les gens sont en équilibre sur la terre ». C’est de cette maladresse d’être au monde qu’il est question dans « Le tas de pierre ». Aurélie écrit : «  Un jour, je lui avais demandé, à ma mère, si elle me trouvait jolie. Elle m’avait répondu qu’on était tous beaux aux yeux du Seigneur, tous beaux dans nos vertus et nos imperfections, comme des milliers de fleurs dans un champ de fleurs et j’en avais bizarrement déduit que j’étais moche.  » C’est que leurs parents sont catholiques, les seuls pratiquants du coin à part une famille de nobles sur les hauteurs. Ils passent même leurs vacances dans un monastère de Bénédictins. «  Ç’avait été les pires vacances de ma vie  », écrit Christophe. «  D’abord parce qu’on devait côtoyer les moines et que je ne pouvais pas supporter leur ton à la fois contemplatif et un peu intransigeant de vieux célibataires reclus, ensuite parce que les journées de travail se terminaient systématiquement pas des moments de partage en groupe et que je ne savais jamais quoi dire sur ce qu’il y avait au fond de mon cœur vu que je n’en savais rien, moi, de ce qu’il y avait au fond de mon cœur.  »         © Aurélie William Levaux Nous avions découvert Christophe Levaux avec « La disparition de la chasse » (Quidam éditeur, 2017) où déjà il révélait un attrait pour les histoires ferroviaires puisque ce premier roman s’ouvrait sur une description spectaculaire de la gare des Guillemins à Liège. Aurélie William Levaux, quant à elle, est une dessinatrice et plasticienne touche-à-tout (elle signe l’illustration de couverture) qui « publie des romans graphiques, expose des espèces de broderies, travaille en collaboration avec ses divers maris. » Leurs voix assemblées se ressemblent, drôles et mordantes, on les imagine s’être pas mal chamaillés quand ils étaient gosses. « Le tas de pierre » leur aura probablement permis d’enfin éclairer cette histoire de pièces disparues dans la petite boite où Aurélie cachait ses économies. Il aura…