La cérémonie des poupées


RÉSUMÉ

Pierre sent qu’un danger nous frôle ici, quelque chose qu’il ne maîtrise pas. Il a peur. Et même cette peur-là, il ne peut la dire. Glissant sa main sur ma nuque, il soulève mes cheveux, les tourne autour de sa main sans s’apercevoir qu’il tire trop fort et me fait mal, et souffle doucement dans mon cou pour me rafraîchir. « Ainsi tu veux rentrer en France ? » J’ai posé la question sans le regarder. Il lâche d’un coup mes cheveux qui se déploient dans mon dos avec une sauvagerie électrique. « Je préférerais rester ici. J’adore ce pays, mon travail, cet appartement… » « Alors pourquoi ? » « Je suis inquiet. » «Inquiet ?» Ton léger malgré ma gorge nouée et la braise prête à jaillir. Pierre devine ma comédie, son visage se durcit, il accepte tout de moi sauf que je lui mente. Il ravale sa colère et d’une voix où ne perce plus que le désarroi : « Ici, je te perds et je ne comprends pas pourquoi. » Je me blottis contre lui, lui caresse le dos, éprouve son désir, le mien. Et je lui réponds : « Je n’ai que toi, tu le sais bien. Que toi et…ici. »

Un jeune couple – il est français et elle est japonaise, mais a toujours vécu à Paris – s’installe à Tokyo pour deux ans. Peu à peu, un malaise s’installe dans leur relation jusque-là fusionnelle. Sous son apparente sérénité, la jeune femme cache une blessure dont la brûlure s’est ravivée au premier contact avec le pays des origines….



À PROPOS DE L'AUTEUR
Chantal Deltenre
Auteur de La cérémonie des poupées
Chantal Deltenre est écrivaine et ethnologue. Elle a publié de nombreux titres aux éditions maelstrÖm. Originaire du Pays des Collines en Belgique, Chantal Deltenre vit à Paris. Elle se partage entre les enquêtes ethnographiques sur les thèmes de l'habitat, de l'immigration ou de l'incarcération (en Roumanie, France métropolitaine, Nouvelle-Calédonie, etc. ), et les ateliers d'écriture dans les écoles et les musées.

AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:xfirstword - "La cérémonie des poupées"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => Array ( [0] => 9548 ) )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Mon coffre d'acajou

«Depuis la révolution verte, les jouisseurs et les hédonistes sont emmenés, sous…

Soren disparu

«  Il a réglé la course, est sorti en sifflotant et, sans se retourner, il a soulevé son chapeau en guise d’adieu  », telle est la dernière image qu’a laissée Soren. Nous sommes à Bordeaux, en novembre 2017, et ce musicien et producteur âgé de cinquante-huit ans a demandé au chauffeur de taxi de le déposer à l’entrée du Pont de pierre. Après, plus rien… plus de Soren. Qu’est-il advenu ? Le roman de Francis Dannemark et Véronique Biefnot s’ouvre sur cette disparition et met en récit plusieurs voix. Elles ont toutes connu Soren, de près ou de loin. Chacune d’elles plonge dans ses souvenirs, exhume des moments passés en sa compagnie, des instants de sa vie et, dans une polyphonie où les sonorités tantôt se répondent tantôt dissonent, elles livrent au lecteur une reconfiguration de ce mystérieux Soren, tentant de lui éclairer le mobile de son départ. Chacune y va de sa modulation. «  On dira Soren ceci, Soren cela.. on dit tant de choses, mais au fond, qu’est-ce qu’on sait ?  » Lire aussi : un extrait de  Soren disparu  La construction du roman joue sur un décalage entre temps de narration et temps de récit. Tandis que cette volatilisation du personnage principal orchestre les interventions des différents narrateurs – celui-là l’a appris par téléphone, l’autre en écoutant la radio, celui-ci l’annonce à son père, un autre encore y songe à partir d’une photo de chanteuse dans un magazine etc. –, les récits font appel à une mémoire narrative qui reconstruit, rend présente une antériorité qui parcourt la vie du disparu, de son enfance à cette nuit sur le pont. «  Un souvenir entraîne l’autre. Quand on commence, on n’en finirait plus…  »Cette temporalité se déploie dans une spatialité qui accroît le côté mémoriel des interventions. Le lecteur arpente un Bruxelles d’autrefois ; de l’auditoires de l’ULB au Monty, le piano-bar-cinéma d’Ixelles, près de Fernand Cocq, de la chaussée de Ninove au Mirano Continental, la capitale se fait le lieu de ce festival narratif. [L]es soirs où je glandais, on traînait ici ou là, au Styx, on attendait une heure du mat’, avant ça, rien de bien ne se passait nulle part. À pied la plupart du temps, on allait jusqu’à la Bourse, au Falstaff, à l’Archiduc…, on se faisait parfois refouler à l’entrée quand on était trop murgés ou trop nombreux, ou qu’un truc nous avait énervés, un film ou un bouquin, et que la discussion déraillait. On buvait du maitrank ou des half en half, ou rien, ça dépendait de qui payait la tournée, ensuite, on montait le nord, sous le viaduc, vers l’Ex, ou alors à la rue du Sel parfois.  Cent-douze récits rythment ce roman choral où la musique est omniprésente . Fitzgerald, Les Stranglers, Wire, Chet Baker, Branduardi, Kevin Ayers, Neil Young, … La compilation forme une constellation où luisent les traits saillants qui permettent d’appréhender, par fragments, le disparu, de retracer son parcours, avec, en fond, ces musiques qui résonnent et accompagnent la lecture.Le duo Biefnot-Dannemark, déjà connu pour La route des coquelicots (2015), Au tour de l’amour (2015), Kyrielle Blues (2016) et Place des ombres, après la brume (2017), offre un nouveau quatre mains avec Soren disparu . Un roman kaléidoscope où se font échos les témoins de la vie de Soren ; lesquels, dans l’exploration du pourquoi et du comment d’une perte, mettent en lumière le temps qui passe, la complexité de l’existence et sa fugacité.Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît. Tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, cet homme multiple n'a eu de cesse d'arpenter le monde de la musique. Pour percer le mystère de sa disparition, une centaine de témoins…

L’homme en amour

Les apprentissages d'un jeune homme qui, hypocritement élevé dans la haine du…