FéminiSpunk : Le monde est notre terrain de jeu


RÉSUMÉ

FéminiSpunk est une fabulation à la Fifi Brindacier. Elle raconte l’histoire, souterraine et infectieuse, des petites filles qui ont choisi d’être pirates plutôt que de devenir des dames bien élevées. Désirantes indésirables, nous sommes des passeuses de contrebande. Telle est notre fiction politique, le récit qui permet à l’émeute intérieure de transformer le monde en terrain de jeu. Aux logiques de pouvoir, nous opposons le rapport de forces. À la cooptation, nous préférons la contagion. Aux identités, nous répondons par des affinités. Entre une désexualisation militante et une pansexualité des azimuts, ici, on appelle « fille » toute personne qui dynamite les catégories de l’étalon universel : meuf, queer, butch, trans, queen, drag, fem, witch, sista, freak… Ici, rien n’est vrai, mais tout est possible. Contre la mascarade féministe blanche néolibérale, FéminiSpunk mise sur la porosité des imaginaires, la complicité des intersections, et fabule une théorie du pied de nez. Irrécupérables !


À PROPOS DE L'AUTEUR
Christine Aventin
Auteur de FéminiSpunk : Le monde est notre terrain de jeu
Christine Aventin naît, d'après une légende familiale incertaine, en août 1971, pendant un orage. La foudre tombe sur la clinique et provoque une coupure de courant qui plonge la scène dans la perplexité et le noir. Elle passe une enfance piteuse dont il lui reste la phobie des papa-maman. Elle connaît à quinze ans son quart d'heure de gloire. Elle y laisse quelques plumes avant de recouvrer le confort de l'anonymat. Un long silence, qu'elle meuble de peinture, de photo et d'errance, finit par ramener la question de l'écriture. Puis celle du roman. Elle commence, interrompt, reprend puis achève «Le Désir demeuré». Elle s'installe à la campagne. Elle écrit «Portrait nu». Elle fait un enfant qui le lui rend bien, y passe les nuits, les jours, fabrique une famille de carnaval, tient beaucoup à l'idée de la fête, et de la dissidence, marche dans les bois, se pose la question du retour à l'écriture. Elle se laisse surprendre par l'idée du théâtre, en même temps que se fomente le grand feu des mensonges passés : un essai-fiction sur Catherine Breillat l'amène à dévoiler la supercherie de ces deux romans de jeunesse. Elle écrit "Red Shoes". Remplit des pages. Vit avec le sourire. Parvient même à en rire. Elle projette de se laisser pousser la barbe et de devenir la plus vieille dame du monde.

NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

« Christine Aventin est une fille un peu gauche ; un écrivain contrarié. De genre littéraire fluide, elle publie au même momentScalp(poèmes) – (à l’arbre à paroles, collection « if ») ». Ainsi se présente l’autrice dans les deux livres, signés de sa main, qui ont paru cette année.

Tout commence avec : t’écrirais pas un truc sur le féminisme punk ? ou comment les copines anarcaféministes, à qui manquait une définition, ont un jour interpellé Aventin. FéminiSpunk est sa « réponse ». Un essai – à prendre au sens de « tentative de bricoler [une] histoire » – pour lequel l’autrice est rentrée tout entière à l’intérieur du mot féminiSpunk.


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Œuvres

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