De hautes erres


RÉSUMÉ
Dès l’ouverture de ce livre, qui est aussi le premier recueil de poésie d’Élodie Simon, le lecteur est immédiatement ébloui par l’inventivité de sa syntaxe, par l’éclat de son lexique, et par l’acuité de sa perception des choses et des événements. D’autant qu’elle refuse d’attribuer d’avance le sens de ce qu’elle approche et cherche à rendre par la parole poétique. Ainsi prend forme une véritable passion pour l’évocation des sensations relevant de la perception du fait de notre simple présence aux lieux, à ce qui les compose et nous les rend quelque peu familiers, là où brûle le feu jamais apaisé de la perception sensible. Cette parole poétique n’hésite pas à se déplacer sur plusieurs terrains à la fois, et simultanément. Le sens de l’étrange dont elle fait preuve se rend disponible à tout événement. Souvent la saisie de ces événements conduit à l’évocation discrète de ce qui remonte de l’enfance, pour ne prendre que cet exemple. Et c’est toute l’expérience individuelle qui se transcende, pour atteindre dans ses assemblages si singuliers une intensité émotionnelle sans ne jamais céder sur cette attention continue et approfondie de la réalité. C’est comme si rien n’échappait à sa mémoire immédiate, au point que les similitudes, les différences et les répétitions dont est faite l’expérience propre de la vie, parviennent à nous faire entendre les mots dans leur nudité où sous les habits d’une fraîcheur retrouvée. Ainsi cette poésie témoigne d’une mutation du regard que nous portons sur le monde, sur l’accélération des bouleversements qui en définissent les singularités toutes actuelles. C’est le constat qui peut être fait de ce qui transforme le sensible, ici porté à la langue poétique. Il suffit, pour prendre la mesure des changements de perspective que l’auteure propose sans l’air d’y toucher de lire ce passage pour s’en rendre compte : de dédales en rameaux / d’errances en gestations / surgi d’imprévus modelages / il habite un lieu / où les traits ne cessent. Cette poésie porte en elle ce refus incessant de prendre retard sur la vie.

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Le Carnet et les Instants

Passé un premier et tendre toucher du papier, choisi beau, crème, épais, c’est la mise en page qui saute aux yeux. En effeuillant le livre qui évente légèrement, beaucoup d’espace vierge s’impose autour, entre, en marges, en creux, disséminé irrégulièrement tout du long du livre. C’est autant d’oxygène offert à la pupille, donc à l’esprit, voire à l’âme.Ces plages laissées aux vides sont au cœur du recueil d’Elodie Simon. Elles dialoguent et souvent combattent le propos. Ainsi, une page entière demande simplement, gravement : « Où nager sur la terre si tous les poids me pèsent ? »… et puis c’est tout. La question baigne en solitaire, faisant la planche à la surface lisse et immaculée du papier, invitant à…

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