La nuit ne déploie pas toujours sa cape d’obscurité sur la ville à la manière d’une couverture rassurante. Parfois, elle rampe. Elle glisse sous les portes, suinte des murs comme une sueur froide et s’infiltre jusqu’aux os de ceux qui croient pouvoir lui échapper.
À Los Angeles, la nuit n’a pas de visage ; elle porte des baskets Avia tachées de sang et un sourire que l’on ne distingue jamais vraiment. Les stations de radio diffusent en boucle les complaintes de Madonna qui se considère « comme une vierge » et la pop sucrée de A-ha. Pourtant, c’est une chanson vieille de six ans qui fait frissonner les promeneurs nocturnes malgré l’absence de fraîcheur due à l’été :
» Fais attention au rôdeur de la nuit, je t’observe le soir.
Oui, je deviens le rôdeur de la nuit, quand tu éteins la lumière. «
Auteur de Cette année-là : 1985
Monsieur Satie : L'homme qui avait un petit piano dans la tête
Pour découvrir l'oeuvre d'Erik Satie à travers une histoire et des extraits des plus célèbres pièces du compositeur. Mélancolique et triste à souhait, cet album-CD n’en est pas moins magnifique. Parler d’Erik Satie - le solitaire, le marginal, l’excentrique souvent incompris -impliquait un ton décalé, gentiment moqueur et grinçant, que rend très bien la voix du récitant François Morel (qui doit sa célébrité, rappelons-le, à l’émission télévisée des Deschiens sur Canal +). Ce n’est pas une araignée au plafond mais juste un petit piano que Monsieur Satie a dans la tête. Les notes de musique y trottent, y vagabondent sans relâche. Il est audacieux, anticonformiste, se moque du wagnérisme et des vaniteux. De son cœur s’échappent des mélodies simples pour rêveurs et poètes, un public qui lui ressemble. « Monsieur Satie parle parfois à la lune. » Et parfois aussi, « Monsieur Satie met son smoking pour écrire une partition. » Il compose, explore, mélange les genres au risque d’être méprisé. Certains l’admirent cependant, comme Cocteau ou Picasso. L’illustratrice Elodie Nouhen évoque bien l’esprit des surréalistes et la solitude du petit monsieur perdu dans le tourbillon des notes. Touches de piano, métronome, partitions…sont surdimensionnés par rapport au musicien qui ne semble pas plus haut que trois chapeaux. Ce que Raymond Lulle appelait « la tristesse par surabondance de pensée » s’applique…