Cerebrum, le faiseur de réalités est une conférence-spectacle sur la nature même de nos réalités, afin de mieux saisir le fonctionnement troublant de notre cerveau…
Ce livre tente de vous plonger dans le présent d’une représentation, où s’entremêlent avec fluidité, histoires, réflexions et expérimentations ludiques pour le moins surprenantes.
« Au tout début, tous les êtres humains pensaient que la terre était plate parce qu’effectivement c’est ce qu’on voit, et encore aujourd’hui. Puis, ils ont réalisé qu’en fait elle était ronde.
Ensuite, ils se sont rendus compte que c’est la terre qui tourne autour du soleil, et non l’inverse, même si c’est le soleil qu’on voit bouger. Il se lève à l’est et se couche à l’ouest.
Aujourd’hui, il est largement admis par la communauté neuroscientifique, comme le proposait l’ami Kant, que notre réalité est un phénomène que CRÉE notre cerveau… »
Fondateur de la compagnie Les faiseurs de réalités, Yvain Juillard est acteur et biophysicien. Son travail se situe à l’interface de la scène théâtrale vécue comme un laboratoire d’expériences avec le public et de ses recherches dans le domaine de la plasticité cérébrale. Livret d’une conférence-spectacle, Cerebrum, le faiseur de réalités nous immerge dans un plan d’interactions entre auteur et spectateur/lecteur, qui interroge nos représentations de la réalité à partir du savoir des neurosciences cognitives.Le point de départ de l’aventure menée par Yvain Juillard s’origine dans la réponse donnée par un enfant à la question « Comment imagines-tu l’avenir dans 100 ans ? ». D’une écriture…
Vous est-il déjà arrivé de ne pas voir la même chose que la personne à côté de vous ? Cerebrum, le faiseur de réalités questionne la manière dont notre cerveau crée notre réalité. Un spectacle-conférence retranscrit dans un livre ludique réalisé par Yvain Juillard. Expériences à réaliser, schémas explicatifs et anecdotes sont intelligemment partagés.
Vous est-il déjà arrivé de ne pas voir la même chose que la personne à côté de vous ? Cerebrum, le faiseur de réalités questionne la manière dont notre cerveau…
Avec Lettres du Goulag , Jean-Louis Rouhart a fait paraître un ouvrage essentiel sur le monde du Goulag en Union soviétique. Il y a quelques années, ce germaniste professeur émérite à la Haute École de la Ville de Liège avait réalisé une étude consacrée à la correspondance clandestine – déjà – dans les camps nazis, essai qui avait reçu le Prix de la Fondations Auschwitz – Jacques Rozenberg en 2011. Il s’attaque maintenant à la même problématique dans le monde soviétique. Il s’agit d’un ouvrage scientifique, fort d’une rigueur absolue dans l’approche et le traitement systématique du sujet et pourvu d’un important appareil de notes et d’un grand nombre d’annexes (glossaires, schéma, dates-clés,…) de nature à introduire et à guider le lecteur dans la mécanique du complexe concentrationnaire soviétique vu sous l’angle révélateur de la correspondance entre les détenus et leurs familles. Ô combien révélateur en effet, puisque « Dix ans sans droit à la correspondance » était la dénomination officielle de la sentence telle qu’elle était transmise aux familles des déportés, alors qu’en réalité il s’agissait d’une condamnation à mort le plus souvent déjà exécutée au moment de la notification officielle. Il faudra attendre la Perestroïka et un arrêté du KGB, le 30 septembre 1989, pour que l’indication exacte des dates et des raisons de la mort soit officiellement reconnue. À ce seul instant, on réalisa enfin pourquoi aucun des condamnés à ‘Dix ans de camp de redressement par le travail avec privation du droit à la correspondance et aux colis’ n’avait jamais donné signe de vie Les lettres des détenus constituent donc le cœur de l’ouvrage mais l’accent est mis sur le contexte historique, sur les différentes catégories de détenus et de centre de rétention (camps, prisons, …). Cet ouvrage ne mise pas sur l’émotion, même si leur lecture et le décodage historique et contextuel qui en est donné sont poignants quant au sort des prisonniers et terrifiants quant au cynisme et à la cruauté du système concentrationnaire.Il ne manque pas d’exemples où la littérature de fiction fait entrer le lecteur dans une vérité historique. Il n’est que de lire, pour prendre un exemple récent, Mahmoud ou la montée des eaux , d’Antoine Wauters. Par contre, il est des contextes – politiques, généralement – qui exigent une recherche précise qui identifie les rouages d’une situation de manière à prouver la réalité de l’entreprise décrite. Ce contexte – de négationnisme, de reconstruction de l’histoire, de reformatage politique, nous y sommes. Dans son introduction, l’auteur déclare, à propos de son essai, que « le mérite revient à l’ONG russe de défense des droits de l’homme, la société du Mémorial de Moscou, d’avoir contacté les anciennes victimes du Goulag et leurs descendants afin qu’ils déposent aux archives de la société leurs témoignages oraux et écrits sur les internements et remettent la correspondance qui avait été échangée à ce moment entre les membres de la famille. » L’un des glossaires nous apprend que cette société du Mémorial a été fondée en 1988 par Andreï Sakharov à Moscou dans le but de rassembler les témoignages oraux et écrits des anciens prisonniers et dissidents. Mais depuis 2008, l’association est victime de persécutions policières – confiscation de l’ensemble des archives numériques sur le Goulag –, de procès politiques qui donnent lieu à d’importantes amendes, …La parution de cette étude à un moment où l’histoire soviétique est revisitée par le pouvoir russe [1] nous ramène à une époque où un roman comme Vie et Destin de Vassili Grossman, achevé en 1962 et aussitôt confisqué par le KGB, ne fut finalement édité qu’en 1980 par les éditions L’Âge d’Homme en Suisse. Il est urgent de s’informer et de connaître la vérité historique. Au livre, citoyen-ne !! Marguerite Roman [1] Voir notamment « En Russie, l’historien du goulag Iouri Dmitriev condamné à treize ans de camp à régime sévère » , Le monde , 30 septembre 2020 ; « En Russie, l’État s’octroie un monopole sur l’histoire » , La libre Belgique , 10 juin 2021 ; « La persécution de Iouri Dmitriev, ‘un symbole de la politique de l’État russe à l’encontre des historiens indépendants' »…
Le poète André Doms nous livre, en trois denses volumes – Italiques , Ibériques…
La fiction postraciale belge : Antiracisme afrodescendant, féminisme et aspirations décoloniales
Si on oublie souvent que le racisme est une idéologie fluctuante, variable selon les cultures, les pays, les groupes sociaux…, on réalise encore moins que son pendant, l’antiracisme, n’est pas une valeur universelle (ce fameux universel, qui lui aussi pose bien des questions), intemporelle et détachée de tout contexte. Il suffirait pourtant, par exemple, de réunir des militant·es de la mouvance « Touche pas à mon pote » des années 1980 et des activistes décoloniaux d’aujourd’hui pour provoquer de vives discussions, mesurer l’ampleur du décalage idéologique alors que tou.tes aspirent à une société égalitaire. Mais quarante ans de recherche, de luttes, d’évolution de la société les séparent. Parmi ses nombreuses utilités, l’ouvrage de recherche de Sarah Demart , La fiction postraciale belge. Antiracisme afrodescendant, féminisme et aspirations décoloniales , a notamment celle de mettre à jour la façon belge de concevoir le racisme et l’antiracisme – d’autant qu’en Wallonie et à Bruxelles, la tendance reste forte de se référer à la tradition et à la réalité françaises pour interpréter les phénomènes culturels et sociaux. La singularité de notre racisme et de notre antiracisme s’explique autant par la complexité identitaire belge et le mode de nous (re)représenter, comme « petit pays convivial et sans ambition impérialiste » que par la réalité politique : Dans le contexte fédéral belge, l’antiracisme est une réalité difficile à définir. D’une part, il s’inscrit dans une politique plus large de lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité des chances. D’autre part, la politique de l’égalité des chances est répartie entre différents niveaux d’intervention et domaines de compétences qui sont plus ou moins articulés entre eux. Avec la complexité de la répartition des compétences entre le fédéral, les Régions et les Communautés, on imagine assez facilement le travail que doivent déployer et les freins que doivent affronter les militant·es antiracistes qui souhaitent se démarquer de l’antiracisme mainstream (c’est-à-dire celui qui relève de la société civile et du secteur associatif subsidié) ou visent à combattre le racisme d’État.Sur le plan méthodologique, l’autrice concentre son étude sur la Belgique francophone et montre les effets négatifs de la fiction postraciale (dans le sens de création imaginaire , non dans son acception littéraire) sur les courants antiracistes. Dans cette fiction postraciale , la race n’a plus d’importance ou de réalité, le racisme relève d’attitudes individuelles sans lien avec le projet colonial historique des États européens ni avec les structures sociales. À partir d’une enquête de terrain de longue durée (2011-2019) dans les milieux militants et d’une réflexion théorique nourrie des textes fondateurs et des recherches internationales les plus récentes, Sarah Demart montre qu’une large part de l’antiracisme belge – qu’il soit « mainstream », d’État ou juridique – tend à minimaliser, voire à ignorer le racisme anti-Noir·es. Il invisibilise les revendications des milieux afrodescendants, délégitimise leurs associations, refuse aux populations racisées (c’est-à-dire soumises à une assignation raciale) une place pleine et entière « en dépit de leur inscription de longue date dans l’espace national belge, en tant que sujets (post)coloniaux » même s’il tend, ces dernières années, à s’ouvrir aux diasporas.S’il ne s’agit pas ici de discuter les arguments de cet essai, parfois aride et écrit selon les normes de l’édition universitaire, on peut toutefois affirmer qu’il constitue un outil précieux pour aider à repenser, voire à transformer les pratiques et les conscience politiques au sein des luttes militantes antiracistes belges. On ne peut que souhaiter qu’un jour, il soit adapté pour un public plus large. Michel Zumkir La fiction postraciale est l'idée selon laquelle le racisme est une affaire individuelle et/ou une idéologie relevant au mieux de l'aberration, au pire de l’extrémisme. Elle est ce qui fonde les pensées antiracistes dominantes et empêche de penser le racisme à partir du projet colonial des États européens et de la longue histoire impérialiste occidentale. Depuis maintenant plusieurs années, la fiction d'une ère postraciale fait l'objet de virulentes contestations, eu égard à l’ignorance et au déni dont elle procède. Cela se traduit par une fracture profonde dans l’antiracisme : quelle place accorder au racisme anti-Noir·es et au colonialisme dans les politiques européennes de lutte contre le racisme ? À partir du cas particulier de la Belgique francophone et d’une ethnographie de longue durée au sein des milieux militants (2011-2019), cet ouvrage examine de manière fine les conditions de possibilité d’un antiracisme afrodescendant. Les différentes conversations antiracistes qu’engage la reconnaissance du racisme anti-Noir·es sont ainsi examinées à plusieurs niveaux : microsocial (rapports interpersonnels), mésocial (organisations) et macrosocial (cadre institutionnel et politique). Elles sont restituées à l’appui d’une sociologie critique nourrie par les épistémologies féministes, noires et postcoloniales/décoloniales et par l’étude de l’ignorance et de la race. Elle est ce qui fonde les pensées antiracistes dominantes et empêche de penser le racisme à partir du projet colonial des États européens et de la longue histoire impérialiste occidentale. Depuis maintenant plusieurs années, la fiction d'une ère postraciale fait l'objet de virulentes contestations, eu égard à l’ignorance et au déni dont elle procède. Cela se traduit par une fracture profonde dans l’antiracisme : quelle place accorder au racisme anti-Noir·es et au colonialisme dans les politiques européennes de lutte contre le racisme ? À partir du cas particulier de la Belgique francophone et d’une ethnographie de longue durée au sein des milieux militants (2011-2019), cet ouvrage examine de manière fine les conditions de possibilité d’un antiracisme afrodescendant. Les différentes conversations antiracistes qu’engage la reconnaissance du racisme anti-Noir·es sont ainsi examinées à plusieurs niveaux : microsocial (rapports interpersonnels), mésocial (organisations) et macrosocial (cadre institutionnel et politique). Elles sont restituées à l’appui d’une sociologie critique nourrie par les épistémologies féministes, noires…