Jean-Claude Pirotte


PRÉSENTATION
Dans ses oeuvres, Jean-Claude Pirotte déploie l'irrépressible nostalgie de ceux qui savent que les heures ne résistent pas au temps. Mieux que personne, cet authentique poète en tire d'opportunes conclusions : vivre est impossible; il faut s'élever par la chute, au coin du zinc, avec les perdants comme auditeurs désabusés, car eux seuls entendent les appels feutrés des cépages mystérieux. Pirotte parle la langue des revenants qui vendraient leurs os pour un Chantournais ou un Graves. Mieux, ce plumitif un rien pédant et très ivrogne concilie la tradition du lieu avec celle du gosier. Sa passion est de nous les faire partager, sous un ciel immense, animé par les plus fins bruissements.Jean-Claude Pirotte est né le 20 octobre 1939 à Namur. Il devient avocat en 1964, à défaut d'autre chose. En 1975, ennuis judiciaires. En 1984, retour au droit, par le plus ignoble des paradoxes, et à Namur, par goût de la fatalité.Ce qui a compté, c'est l'adolescence, les séjours hollandais, les grandes tournées dans les provinces, de Groeninge à Florence ou Malaga, la Bourgogne, les Ardennes, le pinard, les bistrots, l'anonymat des petites villes perdues, les amitiés, aussi.Interrogé sur les événements de sa vie, Pirotte répond qu'il a vécu quelquefois, est mort souvent, et ne se reconnaît guère aujourd'hui dans les existences successives qui encombrent sa mémoire douteuse. Sans doute, il y eut le gamin vagabond qui parcourait la hollande à bicyclette, l'espèce de gigolo démonomane qui fréquentait les zincs de Strasbourg - Saint-Denis, l'adolescent attardé roulant sa bosse dans des provinces perdues de France et d'Espagne, mais après tout, dit-il, ces voyages médiocres ne révèlent qu'une pratique incertaine, celle d'un mauvais art de la fugue, marqué du plus médiocre romanesque. Si j'ai vécu, ajoute-t-il, ce ne peut être que dans les livres, et plus encore dans ceux des autres que dans les miens. A chaque voyage, il faut se reconstruire, tout est à refaire. Une vie, ce n'est pas la somme de vies improbables. Jan Idsega, le personnage de Fond de cale, suggère qu'il n'est pas né d'une femme, mais d'une phrase, d'une métaphore dans un livre ou d'une ombre de brume sur la mer.Sur ses origines, ses disparitions, ses réapparitions, Pirotte répond n'en pas savoir davantage.Outre l'écriture, Jean-Claude Pirotte se commet aussi dans la peinture.

BIBLIOGRAPHIE


PRIX


NOS EXPERTS EN PARLENT
Le Carnet et les Instants

Paraissent conjointement Traverses et Jours obscurs, deux œuvres posthumes de Jean-Claude Pirotte, conçues en majeure partie en 2010 et 2011 entre Jura suisse et mer du Nord. Le « peintre-écrivain » connaît alors une période de dépression (au sens géologique, précise sa compagne, la romancière et essayiste Sylvie Doizelet à qui l’on doit la publication de ces deux textes étroitement solidaires).Jours Obscurs est une suite de poèmes en trois parties où s’enchaînent  de courtes strophes en vers libres – formes chères à l’auteur – et frôlant parfois, comme par jeu désinvolte, la structure du sonnet. Pirotte, on le sait, n’est pas un technocrate de la métrique, mais un homme libre de toute règle…


Le Carnet et les Instants

Avant de s’éclipser définitivement au printemps 2014, traçant sa dernière route vers les rivages lointains de l’enfance perdue, Jean-Claude Pirotte nous avait aimablement prévenus :après ma mort je publieraides poèmes inattendusmais pas avant je reste au rez-de chaussée des rimeurs perdus Et voici donc, en ces temps noirs de confinement où vagabondages, errances, déplacements, voyages, nous deviennent contraignants voire interdits, que le rimeur (pas si perdu) de Passage des ombres (2008) et de La vallée de Misère (1987) nous détourne, selon sa méthode coutumière – à la flibuste et sans barguigner –, de la droite ligne qui nous mènerait de vie à trépas. Pour viatique, bien à plat sur la table, il…


Karoo

Un peu de pluie pour attendre la nuit. Un peu d’amour pour oublier le jour. Un peu de temps pour être indifférent. Un peu de voyage pour tourner les pages.


« On voit partout de très vieux hommes détruire en construisant. » Une feuille morte me caresse la joue. Je lève les yeux et je vois la vie. Le chêne semble dédier toute son énergie à croître et à défier la gravité pour toucher le ciel. « Ne cherchons-nous pas tous un accroissement de notre être, Véra ? » L’homme tend aussi vers le ciel. Dans sa cavale, il laisse les traces de ses pas sur le papier. Course contre le soleil qui fait perdre la lumière, que reste-t-il pour les abeilles en hiver ? Peut-être que les nuages…


Karoo

« On voit partout de très vieux hommes détruire en construisant. » Une feuille morte me caresse la joue. Je lève les yeux et je vois la vie. Le chêne semble dédier toute son énergie à croître et à défier la gravité pour toucher le ciel. « Ne cherchons-nous pas tous un accroissement de notre être, Véra ? » L’homme tend aussi vers le ciel. Dans sa cavale, il laisse les traces de ses pas sur le papier. Course contre le soleil qui fait perdre la lumière, que reste-t-il pour les abeilles en hiver ? Peut-être que les nuages peuvent devenir des fleurs, et la pluie masquer le froid de nos pleurs. Peut-être que la réponse est dans le ciel. Le ciel est un rêve. Il n’a pas besoin de s’envoler pour être libre.

« Je ne réussirai jamais à imposer la liberté…