Un homme si simple


RÉSUMÉ

« Un pauvre homme, dans ce livre, s’arrache, non sans douleur, de rouges morceaux de vérité. » Au fil de cinq « confessions » adressées à un médecin de l’hôpital psychiatrique de la Salpêtrière, l’écrivain Jean Martin raconte ce qui l’a amené à l’internement : les mille distractions de la vie quotidienne, l’écartèlement entre deux femmes et, enfin, ses sentiments pour la fille de sa compagne. Au bout du chemin : l’anorexie et la dissociation de la personnalité.…



À PROPOS DE L'AUTEUR
André Baillon
Auteur de Un homme si simple

Né à Anvers en 1875, de père français et de mère flamande, André Baillon a une enfance bousculée. Journaliste à La Dernière Heure, il émigre en France en 1920, après avoir obtenu le Prix français de la Renaissance. Sa vie instable et mouvementée ébranle sa résistance nerveuse et le conduit plusieurs fois à l’asile de La Salpêtrière où il se suicide en 1932. Auteur de Délires, Un homme si simple, Le Perce-oreille du Luxembourg, Par fil spécial, il est considéré comme un des maîtres du roman réaliste moderne.



NOS EXPERTS EN PARLENT...
Karoo

« L’esprit est prompt, la chaire faible et le cerveau fragile ». Tels sont les mots d’André Baillon qui tente dans ce roman de dresser une autopsie des souffrances de l’humanité, de ses péchés et des vérités qu’elle ne cesse de chercher.
Roman à la dimension autobiographique sous-jacente, Un homme si simple d’André Baillon est le récit d’un homme a priori simple, dont la vie s’inspire de celle de l’auteur. Jean Martin est un écrivain interné à l’hôpital psychiatrique de la Salpêtrière qui, au moyen de cinq « Confessions », justifie la raison de sa présence entre ces murs abritant la folie même. Son interlocuteur est un psychiatre de l’hôpital dont le discours n’est…


Le Carnet et les Instants

Qu’est-ce qu’une confession ? Comment, sacré par Rousseau, le genre littéraire de la confession se noue-t-il aux registres du religieux et de la psychanalyse ? Paru en 1925, Un homme si simple délivre une confession en cinq actes prononcée par un homme, Jean Martin, interné à la Salpêtrière. Dans sa remarquable postface, Maria Chiara Gnocchi analyse les rapprochements entre le roman d’André Baillon et les grands modèles des œuvres « confessantes » — Saint Augustin le précurseur, Rousseau le fondateur du genre, Dostoïevski, Tolstoï, Duhamel… Comme nombre de personnages d’André Baillon, le narrateur traverse une crise qui lézarde son existence. Écrivain montant à Paris afin de se consacrer à la littérature, affligé depuis l’enfance d’une hypersensibilité,…


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Contre tous chacaux*: A Tribute to Bob Morane**

Le ton est donné… que dis-je ?… uppercutté … dès la couverture ! Le titre Contre tous chacaux (écho au texte de la chanson L’aventurier , du groupe Indochine) est un programme en soi, en sus accompagné d’un « * » qui renvoie à une note de bas de page : «  Que les puristes ne montent pas sur leurs grands chevals !  ». Rebelotte avec le sous-titre et les auteurs : « ** » et « *** » pour «  Interdit aux moins de 60 ans sauf autorisation parentale  » et «  Et/ou inversement  ».Un hommage à Bob Morane, donc, mais irrévérencieux. Bref, une parodie de l’œuvre-phare d’Henri Vernes. Et comment s’en étonner au vu des pedigrees des auteurs ? Experts du court et du facétieux, le Français Roger Lahu et le Belge Éric Dejaeger ont œuvré avec humilité dans la microédition, la revue, l’humour au fil des décennies, zigzaguant entre leurs deux pays et divers éditeurs (Cactus inébranlable, Carnets du dessert de lune, etc.). Dans la préface d’un ouvrage de Dejaeger ( Élagage max… , Memor, 2001), Jacques Sternberg le définit comme «  un virtuose de l’ellipse, un rechercheur (…) de la chute finale, du choc imprévu (…) du gag brutal  ». De fait… Dès le départ, le second degré se déploie : Dites, commandant, on transporte quoi dans ce camion ? questionna Bill Ballantine sortant de la torpeur épaisse où le bruit rauque du moteur l’avait plongé depuis des heures.  Le lecteur retrouve l’apostrophe militaire adressée depuis toujours par le géant écossais à son ami français, le style surjoué des deux baroudeurs, mais aussi – et à ne jamais négliger, dans une hystérie du bon goût – une mise en appétit pour le mot, l’évasion, le mystère. Et, in fine, la subversion du tout. Comme dans la réponse de Morane : Une caisse d’ananas en sirop, trois caisses de couche-culotte premier âge à petites fronces antifuites, le reste ce sont des cartons vides.  Une subversion qui n’épargne pas nos héros, qui en prennent pour leur grade, avec ou sans galon. Bill :   Et merde ! J’avais un mot de plus de quatre lettres pour une fois [NDLR : ils jouent au scrabble] (…) Suis pas anthropophage, moi. Quoique… Suçoter le bout des seins de miss Ylang-Ylang…  Bob, sérieux mais maniaque, psychorigide, hypocrite : STOP, BILL ! OVER ! Dans nos aventures, il n’est jamais fait allusion à la chose !  La norme et sa distorsion. L’homme naturel et l’homme policé ? Les deux, surtout, nous sont révélés pour ce qu’ils sont : des pantins manipulés par leur géniteur, un auteur qu’ils jugent à la limite de la névrose, du sadisme. C’est qu’Henri Vernes n’a eu de cesse d’envoyer ses créatures aux quatre coins de la planète (déserts, banquise, jungles, mers, etc.) et même bien au-delà, perforant les limites de l’espace ou du temps. Ce dont rendent très bien compte les dizaines de textes inventés, des esquisses (de 2 à 4 pages) de versions alternatives à une série de romans mis en écho.Sans doute faut-il éprouver de la tendresse pour son sujet quand on se lance dans un tel détournement. Et Dejaeger/Lahu de nous rappeler, au détour d’une page, que nos héros ont pourchassé des dinosaures «  bien avant Spielberg et son Jurassic Park ». Ou de nous livrer un casting cinq étoiles, avec les méchants mythiques (Ming alias l’Ombre jaune, le docteur Xhatan, les dacoïts ou les homme-crapauds, etc.), les comparses de prédilection (le docte professeur Clairembart, que Bill estime obscur, etc.), les femmes fatales (Tania Orloff, miss Ylang-Ylang, Sophia Paramount).   Contre tous chacaux ne se limite pas à une pochade de potaches mais relève de l’expérimentation littéraire. Comme en peinture, avant de déformer une réalité, de l’interpréter, il faut en maîtriser les codes. Roger Lahu et Éric Dejaeger entrechoquent donc un arc-en-ciel de degrés et d’ingrédients : mise en situation de menaces et de péripéties, création accélérée de décors, mise en évidence de contenus occultés, jusqu’à des interventions hors champ de l’éditeur, du deux ex machina Henri Vernes ou des auteurs farceurs, des placements de produits rémunérateurs, etc., la parodie des uns s’accompagnant d’une (ô salutaire en ces temps maussades !) autodérision généralisée. Philippe Remy-Wilkin P.S. : Pour rester dans la tonalité des textes lus, j’ai failli élire comme titre de cet article un grivois Les semeurs de foutre , voire oser un irrespectueux Deux petits singes , si pas un pathétique Les contrebandiers de la tomme (suggéré par la situation alpine de la maison d’édition),…

L'ours

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