Savitzkaya ou la nouba originelle


RÉSUMÉ

En 1991, soit il y a trente ans, paraissait La Folie originelle, texte inclassable d’un écrivain belge tout à fait singulier: Eugène Savitzkaya (1952). Il ne s’agit certes pas du livre le plus célèbre de l’auteur de Marin mon cœur (1992), mais le titre de l’ouvrage en question pourrait surplomber toute son œuvre. Celle-ci est composée de romans, de poèmes, de pièces de théâtre, d’écrits inspirés par des images (tableaux ou photographie) qui sont à la fois sauvage et apaisés, sages et fous. L’ensemble peut se lire comme un hymne à la liberté, à l’enfance éternelle, au désir, à la rencontre de l’Autre, au mariage des contraires, à l’abolition des frontières. Savitzkaya, un auteur belge qui fait de la culture une fête!


À PROPOS DE L'AUTEUR
Laurent Demoulin
Auteur de Savitzkaya ou la nouba originelle
Laurent Demoulin enseigne la littérature en Romane à l’Université de Liège où il officie également comme conservateur du Fonds Simenon. Il a signé nombre d’articles portant sur les littératures française ou belge francophone contemporaines et publié un ouvrage intitulé « Une rhétorique par objet » : les mimétismes dans l’œuvre de Francis Ponge (Hermann, 2011). Par ailleurs, en tant qu’écrivain, il a fait paraître les recueils de poèmes Filiation (Le Fram, 2001), Trop tard (Tétras Lyre, 2007, prix Marcel Thiry), Même mort (Le Fram, 2011), Ulysse Lumumba (Le Cormier, 2014), Palimpseste insistant (Tétras Lyre, 2014), Poésie (presque) incomplète (L’Herbe qui tremble, 2018, prix Maurice Carême) et Homo saltans (illustré par Antoine Demoulin, Tétras Lyre, 2018). Il a en outre co-écrit avec Jean-Marie Klinkenberg Les Petites Mythologies Liégeoises (Tétras Lyre, 2016) et avec Jacques Dubois Tout le reste est littérature (Les Impressions nouvelles, 2018). Enfin, son roman, Robinson (Gallimard, 2016) lui a valu le prix Rossel en 2017.


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

C’est sous l’angle d’une robinsonnade esthétique et conceptuelle que Laurent Demoulin aborde l’œuvre multiforme d’Eugène Savitzkaya. Et c’est à partir du texte théâtral La folie originelle paru en 1991 que l’essai questionne l’ébriété et la charge jouissive des poèmes, romans, pièces de théâtre, contes, essais, scénarios de film d’un des auteurs belges les plus inventifs. Pour approcher l’univers libre et sauvage de l’auteur de Mongolie, plaine sale, Mentir, La disparition de maman, Marin mon cœur, Les couleurs de boucherie, Laurent Demoulin met en place une méthodologie qui allie deux figures complémentaires : l’intuition sensible et la boussole de l’analyse, le filon thématique-onirique et la ressaisie tabulaire.


AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:enfance - "Savitzkaya ou la nouba originelle"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => Array ( [0] => 9174 ) )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Comès. D’Ombre et de Silence

Thierry BELLEFROID , Comès. D’Ombre et de Silence , Casterman, 2020, 145 p., 29 € / ePub : 19.99 € , ISBN : 978-2-203-18379-7Corbeaux, chouettes, chats, homme-cerf, paysages enneigés, personnages marginaux anguleux, rites d’initiation, génie du silence graphique mettant en scène la Bataille des Ardennes, les sombres conflits entre villageois, la mise à mort des êtres différents… Quarante ans après la parution de l’album Silence , le chef-d’œuvre de Comès , à l’occasion de la souveraine exposition Comès au musée BELvue à Bruxelles dont il est le co-commissaire avec Éric Dubois, Thierry Bellefroid consacre un essai magistral à ce créateur hors norme décédé en 2013. Que l’œuvre de Dieter Comès né en 1942 à Sourbrodt dans les cantons de l’Est se doive d’être lue à partir de l’existence de ce maître absolu de la bande dessinée belge, Thierry Bellefroid le déploie avec passion et finesse. Au fil des pages rythmées par les dessins de Comès, l’ouvrage nous immerge dans un univers hanté par le non-dit, les forces invisibles, le surnaturel, la magie des forêts, le climat fantastique. Du Dieu vivant (1974) au Dix de der (2006) , Comès créera onze albums évoluant d’un style virtuose, en phase avec les couleurs psychédéliques des seventies, proche de Philippe Druillet, à la décantation de formes menant de l’archipel de la couleur à l’alchimie du noir et blanc dont Comès est l’un des sorciers incontestés. Après les femmes-fleurs, les hommes-papillons, les voyages galactiques d’un space opera initiatique truffé de références cabalistiques, Comès qui fut aussi musicien de jazz, percussionniste, emprunte un premier tournant esthétique avec L’ombre du corbeau qui évoque, comme il le fera dans son dernier album Dix de der , la guerre 14-18 qui fit rage dans les Ardennes. Sous l’influence d’Hugo Pratt avec qui il nouera une fidèle amitié, son style s’épure. Après Tardi, il raconte les tranchées, la boucherie du front. Dans un climat fantastique, confronté à des incarnations de la mort, un soldat allemand erre dans les limbes. Comès y tente une nouvelle grammaire, s’accommodant une fois de plus de la contrainte de la couleur mais décidant d’innover ailleurs, dans la mise en scène, dans l’architecture de la page, dans la rythmique .Thierry Bellefroid analyse la nature du virage, expose l’importation de la grammaire du cinéma dans la bande dessinée (panoramique, zoom avant, zoom arrière…), la synthèse des arts que produit l’artiste. Comès allie les instruments du cinéma à la narration graphique, mais, par-dessus tout, il explore les vertus du silence, ce silence des planches avec cases muettes qui l’a fasciné chez Hugo Pratt, ce passage à l’Œuvre au noir et au blanc qui renvoie au silence de son enfance marquée par la guerre, au père germanophone enrôlé dans l’armée allemande, à son mutisme lors de son retour du front russe. Coup de maître en 1980 avec Silence , une fable poétique sur fond de paysages ardennais, autour de Silence, un jeune homme à part, muet, déclaré attardé, au regard reptilien, proche des animaux qu’il magnétise, en butte à la méchanceté d’Abel Mauvy qui l’exploite. Amour interdit avec la sorcière, violence des villageois à l’égard de ceux qui sont différents ­­— Silence, les gitans, les nains… —, arcanes révélant les voies de passage entre la vie et la mort… Silence, l’exclu du langage, soulève une œuvre qui explore des formes d’échange non verbales, mystiques, animistes.L’empreinte du mystère, des dissociations de la personnalité, de notre part sauvage muselée par la société, des fantasmes, de l’onirisme domine La belette , le thriller psychologique Eva sur lequel planent les ombres de Hitchcock, de Klaus Nomi, L’arbre-cœur soulevé par des audaces graphiques qui réinventent le style… Comès ne nous parle pas de sorcellerie, d’envoûtements, de magie noire dans des campagnes reculées : magicien, il accomplit graphiquement des rites incantatoires, des sortilèges, s’attachant à des êtres en marge du système, plus proches du monde animal, végétal, minéral que de la société des humains qui les rejette.Magnifique voyage dans l’univers de Comès, Comès. D’Ombre et de Silence convoque aussi les témoignages de personnes qui l’ont connu, Hugues Hausman, François Schuiten, Benoît Peeters, Didier Platteau, Micheline Garsou, Christophe Chabouté… Le livre refermé, on rêve que, sept ans après la mort de Comès, le scénario de La maison où rêvent les arbres se concrétise : «  Un jour, les arbres se révoltent contre l’homme et leurs rêves engendrent des ptérodactyles, des crocodiles, qui agressent l’homme parce qu’il a rejeté la communion qui le liait à la nature, l’homme a rejeté la mémoire du bois. Les livres commencent à rejeter l’encre  ».À l’occasion de l’exposition Comès. D’Ombre et de Silence au musée BELvue (jusqu’au 3 janvier 2021, Fonds Comès de la Fondation Roi Baudouin), Casterman publie Ergün l’errant (réunissant ses deux premiers albums Le dieu vivant et Le maître des ténèbres ), Comès, les romans noir et blanc, 1976-1984,…

Hubert Juin

Poète, romancier, critique, Hubert Juin n'appartient à aucune école.Son chant est ample, de haute lignée son langage. Poèmes à…