Autrice de Ludisme, précédé de Gainsbourg et Bambou
Véronique BERGEN, Ludisme précédé de Gainsbourg et Bambou, Cormier, 2021, 114 p., 16 €, ISBN : 978-2-87598-027-4« Je déclare que pour qu’un livre soit, il y faut les levants, les nuits, le choc des fers, les plaines et les vents, les siècles – et la mer qui joint et sépare. »Explorant d’autres registres d’écriture que dans ses derniers opus (Ulrike Meinhof, Icône H., Portier de nuit), chantant le tandem Gainsbourg et Bambou et libérant, dans Ludisme, des sensations à partir de contraintes formelles qui paradoxalement désentravent la langue, Véronique Bergen ouvre dans ce recueil le matériau de l’écriture et de la pensée à partir d’autres énergies.…
Sur La Rupture des falaises de Pierre Bartholomée
Autour de La Rupture des falaises , une œuvre musicale du compositeur et chef d’orchestre Pierre Bartholomée, créée en 2008, récemment enregistrée, une autre partition, de dessins et de poèmes, retentit, tissant des harmoniques visuels et scripturaux. Les dessins de Pierre Tréfois , les textes poétiques d’ Alain Dantinne , d’ André Doms et de Jean-Louis Rambour forment comme un quatuor qui traduit le champ sonore dans un espace autre. Des vagues de poèmes et de dessins montent à l’assaut de la création de Pierre Bartholomée, laquelle évoque la figure de la mystique et poétesse Hadewijch d’Anvers. Nés de l’écoute de l’œuvre musicale, d’une source sonore, les dessins intitulés « Érosion-Rébellion » et les poèmes inscrivent leurs interrogations esthétiques dans un geste activiste en phase avec le mouvement Extinction-Rebellion. Rapproche la falaisede tes pensées.Face aux étoilestu as eu ta chance.Que n’as-tu abandonné ? (Alain Dantinne)Les falaises sur lesquelles les poèmes viennent se jeter sont celles d’Étretat, des côtes de Bretagne, d’Angleterre, victimes d’écroulement, de l’érosion des sols. Une érosion liée au réchauffement climatique, à la multiplication des tempêtes, des intempéries, à la violence des marées que ce dernier entraîne. André Doms évoque la circulation, la « filière » du thème de la falaise d’Achille Chavée à Philippe Jones, de Pierre Bartholomée à ce recueil qui se construit dans le sillage du ressac des « falaises mortes » (Jean-Louis Rambour), au creux des noces devenues furieuses (en raison des actions humaines) entre la mer et le minéral. Le verbe se met au diapason des sentinelles de granit, des herbes agitées par le vent, en vient à douter de lui-même, de ses aptitudes orphiques, voire de sa simple pertinence. Pardon de vouloir penser encore,pardon de ne plus rien savoir d’une touffed’herbes, de n’avoir plus les motspour la chaleur, pour l’eau salée, pourla lenteur des paupières qui se ferment,pour l’orbite idéale des corps célestes. Pardon de penser en simples fétus de mots (Jean-Louis Rambour)L’effondrement des roches millénaires entraîne le reflux de l’écriture plongée dans le non-savoir. Dans une translation de la géologie à la métaphysique, l’érosion touche tant le règne minéral que l’espace psychique d’une humanité confrontée au chaos, avalée par le brouillard des mers déchaînées. La blancheur d’écume des falaises normandes, anglaises, irlandaises emportées par des éboulements ne laisse à la poésie que le territoire de la désorientation.L’écoute s’affirme comme la basse fondamentale de ce recueil à quatre mains, de ce quatuor branché sur la composition de Pierre Bartholomée, l’oreille collée aux cathédrales de pierre des littoraux, aux altérations de la nature d’origine anthropique, aux hautes marées qui percutent la matière et l’esprit. Merqui percutes flancs escarpésd’éclats…
Dans Billets d’où , Laurence Vielle s’adonne, selon ce qui lui est coutumier, à une poésie…
Réinventer le vers : Philippe Beck en conversation avec Jan Baetens
La collection d’essais des Midis de la poésie propose un dialogue intense et serré entre deux poètes, deux philosophes, deux chercheurs. Jan Baetens interroge Philippe Beck et, à travers leurs échanges, se déploie une réflexion sur la poésie d’aujourd’hui, sur sa place dans la vie de la langue et sa position dans la société. Lire aussi : « Portes et livres ouverts : Midis de la poésie » ( C.I. n° 198)Philippe Beck propose un portrait du poète en ostéopathe. Le travail du poète fait en effet craquer les articulations de la langue ; il les déplace pour en faire entendre les possibles. Il réfute ainsi l’idée que le poème invente une autre langue. Cette notion d’articulation, centrale dans sa pensée, le conduit à sonder le rapport de la poésie au discours logique. Tout un pan de la poésie contemporaine refuse en effet les articulations logiques et privilégie la parataxe. Philippe Beck ne s’inscrit pas dans ce refus et tente de faire sonner les différences entre la poésie et la philosophie, sans nier leurs zones de convergences et d’interférences possibles.La question du vers, que pratique Philippe Beck, occupe une place importante dans le dialogue. Philippe Beck rappelle l’antériorité du vers sur la prose et son rôle dans la transmission. La question centrale de la poésie est ainsi celles des conditions qui rendent un énoncé vivant et lui permettent de réveiller les conditions d’une communauté. Une forme de musicalisation de la langue permet, pour Philippe Beck, de réveiller le rapport de chacun à la langue commune dans laquelle il baigne. Une langue « éveillée » serait une langue en expérimentation perpétuelle. Son but n’est pas de détruire le langage ordinaire, mais de combler ses manques, de les souligner, de les renforcer, de jouer avec ses ombres.Jan Baetens souligne, à ce sujet, l’une des particularités de la poésie de Philippe Beck : la façon dont elle ne se contente pas de la cadence, c’est-à-dire du nombre de syllabes, mais joue aussi sur les accents et la longueur relative des voyelles à la manière du système anglo-saxon.La question de l’articulation de la poésie et du discours théorique est ensuite abordée. Philippe Beck est en effet l’auteur d’un art poétique : Contre un Boileau. La théorisation est cependant venue chez lui après la pratique, au fil de l’écriture comme un désir de lutte contre la naïveté.Cet art poétique permet d’interroger l’articulation de la poésie et de la prose. Philippe Beck réfute leur séparation totale. Il s’intéresse, au contraire, aux proses qui circulent dans la poésie et au devenir-prose qui guette le poème. Il s’agit alors de jouer avec le risque du poème dans la prose et de la prose dans le poème pour empêcher que chaque discours ne se fige. François-Xavier Lavenne Philippe Beck est poète et philosophe et sa pratique de la poésie est inséparable d’une réflexion sur la place de l’écriture dans la vie de la langue et dans la société en général. Son travail poétique donne une place essentielle au vers, qu’il est un des rares à considérer comme élément clé de la poésie d’aujourd’hui. Nourrie d’une grande érudition et d’un sens très aigu de la responsabilité sociale du poète, l’écriture de Philippe Beck s’interroge sur la possibilité de refaire poétiquement la langue et, partant, la vie. Ce volume retranscrit un entretien entre Philippe Beck et Jan Baetens qui s’est tenu à Bruxelles dans le cadre des conférences des Midis de la…