Libertinage des Lumières et guerre des sexes






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Maître de recherches à l’université de Namur, membre de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, spécialiste de la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles, Michel Brix livre dans Libertinage des Lumières et guerre des sexes une étude décisive sur la littérature libertine du XVIIIe siècle. Traversant un vaste corpus de textes où, à côté des plus célèbres (les récits de Crébillon fils, Laclos, Sade…) figurent des perles que la postérité a négligées, il prend à rebrousse-poil la doxa dominante qui pose l’équation entre exercice du libertinage et émancipation du corset des règles religieuses et sociales. La cause semble entendue de nos jours : lié à la philosophie des Lumières, à sa « réhabilitation…


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De fer et de verre. La Maison du Peuple de Victor Horta

Pour les Bruxellois branchés du vingt-et-unième siècle, la Maison du Peuple est un bar ouvert sur le Parvis Saint Gilles ; pour les aînés, un édifice du quartier de La Chapelle qu’ils ont peut-être fréquenté, une Maison rouge ; pour les amateurs et les férus d’architecture, un bâtiment public, chef-d’œuvre de l’Art nouveau, né du talent Victor Horta à la demande du Parti Ouvrier Belge à la fin du dix-neuvième siècle et l’exemple type de la brutalité des spéculations immobilières, de la mémoire défaillante des hommes et de l’inconséquente bruxellisation. Pour beaucoup, elle n’est pas même un souvenir. L’intérêt de Nicole Malinconi pour l’histoire de ce bâtiment inauguré en 1899 en présence de Jean Jaurès et détruit en 1965 s’éveille lors de l’écriture de textes brefs sur les choses démolies ou en cours de démolition à Bruxelles. Elle qui, depuis Hôpital silence , écrit au risque de et contre la perte est touchée par ce destin. Plus elle approfondissait sa connaissance de la Maison, plus son écriture s’ouvrait, accueillait. Advenait. Et elle d’en écrire l’histoire presque comme si c’était celle d’une personne («  on peut dire qu’elle en avait vu des choses et connu des hommes  »). De l’inscrire dans l’histoire de la Belgique, du mouvement socialiste belge, de ses trahisons aux ouvriers, des deux guerres mondiales, des grèves de soixante… À lire aussi : un extrait de  De fer et de verre La vie de la Maison du Peuple commence vingt ans avant sa conception, sur un constat : les plus pauvres sont floués sur la qualité du pain, d’autres s’enrichissent à leurs dépens. Pour y remédier, une coopérative est fondée, très vite devenue prospère. Pour continuer ces activités boulangères et d’autres, une Maison du Peuple est créée dans l’ancienne synagogue de la rue de Bavière. Le succès est vif ; les projets de coopératives se multiplient, le café déborde de monde. Il faut un édifice plus grand encore. Le Parti Ouvrier belge se met à rêver d’un bâtiment à la grandeur des besoins du peuple, qu’il s’agisse des nécessités alimentaires, vestimentaires, intellectuelles – l’instruction et la culture font partie des préoccupations du Parti. Il achète un terrain exigu, irrégulier, en pente dans la rue Stevens et demande à Victor Horta, architecte dont la vision moderne des matériaux est déjà réputée, de dessiner cette maison grandiose. Celui-ci l’imagine tel un « palais ». Un palais pour la classe ouvrière qui respectera l’organisation des coopératives. Un palais de quatre étages avec ateliers, bureaux, café, magasins, salle d’assemblées politiques, culturelles et festives. S’y tiendront les grands débats de société (l’affaire Dreyfus, le suffrage universel…), les grands combats socialistes, politiques, pacifistes… Nicole Malinconi raconte ces événements historiques avec la même sensibilité que les plus petites choses, comme ces femmes qui, lors la première guerre mondiale, transformaient les sacs de farine en taies d’oreiller, serviettes… ou brodaient des remerciements aux villes américaines bienfaitrices. Lorsque son récit aborde les abymes de la seconde guerre mondiale, elle s’éloigne pas à pas de la rue Stevens et nous emmène dans le proche et populaire quartier des Marolles, terre d’accueil et d’exil des Juifs de l’Est…Avec De fer et de verre , Nicole Malinconi ajoute une dimension historique à son écriture (déjà ébauchée dans Un grand amour ). Elle reste, cependant, au plus près du réel, fidèle aux «  mots les plus simples, les mots de tout le monde  » [1] . Si elle s’est nourrie d’entretiens et de lectures, que son récit suit la ligne du temps de l’histoire officielle, elle a écrit ce livre, tout autant que ses prédécesseurs, dans la nuit blanche du savoir. Du manque, du vide, des mots ont surgi. Des mots qui ravivent l’humanité souvent absente des essais historiques. Alors, nous, lecteur, lectrice, assistons à la création de la Maison du Peuple par Victor Horta. Souffrons des blessures qui lui sont infligées chaque fois qu’elle est transformée sans même demander son avis. Nous vivons dans ses murs, regardons par ses fenêtres. Notre présent est historique. Sans dialogue aucun ni reconstitution romanesque, nous entendons parler le peuple, le voyons vivre. Ressentons ce qu’ont vécu ces êtres de chair, de sentiments, d’opinions ; cette Maison de fer et de verre détruite sans l’once d’un état d’âme malgré la résistance d’une partie de l’opinion belge et internationale. Nous sommes blessé.e.s de sa mise au rebut, de ses restes rouillés, volés, revendus. Quelques vestiges ont pu être sauvés et restaurés. Ils garnissent la station de métro Horta à Bruxelles, le Grand Café Horta d’Anvers. Piètre dédommagement… Par bonheur, le livre de Nicole Malinconi pourra désormais servir de mémoire vive à cette histoire là. Magnifique consolation. Michel Zumkir   [1] Pierre PIRET , Introduction à Que dire de l’écriture ? de Nicole Malinconi , Lansman, 2014.…

Le peuple d’ici-bas : Christine Brisset, une femme ordinaire

Christine VAN ACKER , Le peuple d’ici-bas. Christine Brisset, une femme ordinaire , Esperluète, 2022, 208 p., 22 € , ISBN : 9782359841602Si l’on vous demande de citer le nom d’une personne qui s’est illustrée dans la lutte contre la misère et pour l’accès au logement dans l’immédiat après-guerre, il est fort probable que le nom de l’Abbé Pierre vous viendra en premier à l’esprit, du moins s’il vous en vous vient un. Certainement pas celui de Christine Brisset. Sans doute de quoi illustrer l’adage qui veut qu’une femme se cache souvent derrière l’homme célèbre… Et pourtant, pendant plus de quarante ans, cette pionnière de l’action sociale a multiplié les initiatives novatrices dont celle du squat et de la construction collective de logements. Établie à Angers, mariée à un riche industriel, elle n’a eu de cesse de rompre avec les codes sociaux liés à son rang et de se poser en première ligne des combats pour le logement alors que la France, au sortir de la guerre, se démenait pour la reprise économique. Séjournant à Angers, Christine Van Acker a découvert fortuitement le nom de cette héroïne dont un square porte le nom. Elle a entamé des recherches, accédant aux archives précieusement conservées qui rassemblent 2.000 documents dont elle a pris connaissance et auxquels elle ne cesse de faire référence pour fonder son approche et nous permettre, comme elle, de nous immerger concrètement dans la vie de cette femme tout à la fois ordinaire et hors du commun. Ce faisant, elle offre un éclairage rare sur l’archivisme, ce métier de l’ombre dont bien des écrivains nourrissent leur travail, qui leur permet une immersion sans filtre ni intermédiaire aucun, par-delà les décennies qui les séparent des faits.Avec Le peuple d’ici-bas , nous nous laissons glisser dans l’action quotidienne de Christine Brisset, sa dénonciation de la misère dont on ne parle pas, des enfants qui meurent faute de toit et de soins, de la promiscuité des familles nombreuses qui vivent dans une pièce ou deux, sans eau, ni électricité ni chauffage. Femme de verbe (elle a produit une multitude d’appels écrits), elle passe avant tout à l’action, s’exposant toujours en première ligne, et ne lâche prise que lorsque qu’une solution est trouvée, légale ou non. Et de s’impliquer corps et âme dans les chantiers de construction de logements nouveaux aux côtés de ceux et celles auxquels le projet des maisons Castors offre la possibilité d’accéder à la propriété dans une démarche collective. Ces initiatives  malmènent d’évidence les habitudes et les représentations sociales et se heurtent aussi à la rigidité administrative. Et les occupations d’immeubles ajoutent aux tensions. Ce qui lui vaut tout au long de son parcours de se retrouver devant les tribunaux, de payer des amendes, de faire de la prison pour occupation illégale ou non-respect des procédures urbanistiques. Sa détermination sans faille, inconditionnelle et inlassable ne laisse personne indifférent, suscitant l’adhésion ou le rejet.Nous en rendant compte avec minutie, Christine Van Acker ne cache pas à quel point sa recherche, qui a duré plusieurs années, l’a bouleversée comme autrice : elle partage avec nous cette rencontre et ce qu’elle a suscité en elle de plus intime. Cette résonance l’amène à évoquer d’autres actions, actuelles celles-ci, qui concernent l’accueil citoyen des réfugiés ou l’occupation des ZAD (qui conduisent aussi leurs acteurs devant la justice) dont elle est également proche. Aussi ce livre, s’il dresse le portrait d’une pionnière de l’action sociale qui n’a eu de cesse d’interpeller ses semblables, porte-t-il des interrogations fondamentales qui franchissent allègrement les décennies, offrant un hommage dont la sincérité et la justesse forcent le respect.     Thierry…