Le jour du tiramisù : une enquête de Tiziana Dallavera




À PROPOS DE L'AUTEUR
Sarah Berti
Auteur de Le jour du tiramisù : une enquête de Tiziana Dallavera
Sarah Berti, 31 ans en 2006, est originaire de Rebecq, dans le Brabant wallon. Animatrice au Centre culturel de Quenast (Rebecq), elle réalise une foule de projets à l'attention des enfants et des adolescents. Danse, théâtre, dessin, écriture Toutes les disciplines artistiques l'intéressent. Mais l'écriture occupe une place tout à fait particulière. "Je ne me souviens pas n'avoir jamais écrit" explique-t-elle, "j'avais six ans lorsque je reliais moi-même mon premier roman qui faisait vingt pages! J'aime observer les gens, me demander à quoi ils pensent et parler des sentiments". La passion des mots et de la littérature ne l'ont pas quittée. Romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais.Portée par un imaginaire fécond, son style est fait de simplicité et d'efficacité. Elle va toujours à l'essentiel. Librement.Voici son credo d'écriture : "Écrire c'est mettre des mots sur des silences. C'est bâtir par-dessus les abîmes et s'y pencher, pour ressentir le monde. Je suis née avec des cascades de mots à l'intérieur, alors je les laisse couler, tout simplement".

AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:xfirstword - "Le jour du tiramisù : une enquête de Tiziana Dallavera"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => Array ( [0] => 9548 ) )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Bruges-la-Morte

Le 28 juin 1892, Stéphane Mallarmé s’empare de sa plume la plus leste pour ciseler un compliment à Georges Rodenbach  : Votre histoire humaine si savante par instants s’évapore ; et la cité en tant que le fantôme élargi continue, ou reprend conscience aux personnages, cela avec une certitude subtile qui instaure un très pur effet. Si délicieusement absconses que demeurent ces lignes, l’on y aura sans peine identifié les allusions à Bruges-la-Morte . C’est que le poète aura su ramasser les traits les plus saillants de cet incontournable de nos Lettres : l’évanescence de l’atmosphère qui règne à chaque chapitre, la contagieuse spectralité de son décor médiéval immuable, enfin les résonances qu’il ne manque pas d’éveiller dans la sensibilité des lecteurs qui le redécouvrent ou, ô extase, de ceux qui l’ouvrent pour la première fois. Proposer comme le fait aujourd’hui la collection patrimoniale Espace Nord une édition définitive de ce livre culte, « méconnu parce que trop connu » selon l’expression de Paul Gorceix, est une entreprise d’utilité publique. Car, si son auteur était presque devenu parisien d’adoption à force de fréquenter les Mirbeau, Goncourt et autres Villiers de l’Isle-Adam, Bruges-la-Morte n’est pas seulement le plus français de romans belges fin de siècle ; c’est surtout un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, où style et fantasme se fécondent mutuellement. En fait, investir l’univers brumeux et appesanti de ce roman constitue moins une expérience littéraire que matérielle. La langue déployée par Rodenbach n’est ni baroquisante ni sauvagement charnelle, mais par la richesse poétique et l’art consommé des correspondances qui y sont en jeu, elle s’éprouve davantage comme une étoffe rare, un parfum capiteux, un cru millésimé, une musique empreinte de mystère – que comme un texte se maintenant à ras de page.Un critique qui « spoilerait » Bruges-la-Morte est juste bon à faire rafraîchir dans le premier canal flamand venu. Il importe de laisser intacts aux profanes l’abord de la destinée tourmentée d’Hugues Viane, ténébreux, veuf, inconsolé ; ses errances dans les rues d’une Venise du Nord où le temps s’est comme figé ; le délire qui le possède et les superpositions troubles qu’opère son esprit entre le visage de la Morte et celui de la Vivante ; le crescendo de sa tragédie qui ne débouche sur aucun dénouement, que du contraire…Mais les connaisseurs, qui en possèdent sans doute quelque exemplaire écorné datant de leurs Romanes, ne manqueront pas d’acquérir aussi cette édition augmentée d’une anthologie de textes évoquant Bruges et, surtout, d’une postface tirée au cordeau. Le spécialiste à solliciter était tout trouvé en la personne de Christian Berg. En trente-cinq pages, voici Bruges-la-Morte et son auteur situés dans leur contexte, les thèmes binaires (la vivante/la morte, l’homme/la ville, la copie/le modèle, etc.) éclairés en leurs réciprocités comme en leurs divergences, et le style enfin, ce style d’orfèvre, soupesé avec délicatesse et posé sous la loupe d’un critique qui préfère regarder les gemmes en joaillier, pas en minéralogiste.L’étude de Berg constitue un maître-étalon en matière d’approche d’un texte aussi singulier, qui reste néanmoins symptomatique de son époque. Plutôt que de s’attarder sur l’épineuse question du genre auquel appartient l’œuvre (et qu’il résout avec justesse en la situant « entre le roman psychologique, la nouvelle fantastique et le poème en prose »), l’exégète préfère se concentrer sur le pivot rhétorique qui en assure la cohésion, à savoir l’analogie. La brillante analyse qu’il livre de l’omniprésente dialectique entre ressemblance et nouveauté s’articule à celle de la chronologie itérative à laquelle obéit l’histoire ainsi qu’à la topographie littéraire où s’ancre le récit. Tout en affiliant Rodenbach aux crépusculaires que furent Barrès, D’Annunzio, Rilke, Zweig ou Mauclair, Berg rappelle en effet à quel point « les villes mortes ou mourantes menacées par l’eau noire, les palais abandonnés environnés de plans d’eau stagnante, les petites cités de province prostrées dans le silence ou l’oubli, les villes tombeau et les “Thulés des Brumes” constituent la géographie privilégiée de l’imaginaire fin de siècle ».Au final, Bruges-la-Morte se révèle un prisme visuel, sonore, olfactif, tactile, sensible – bref la réalisation romanesque des principes synesthésiques chers à Baudelaire – nous permettant de mener une expérience littéraire unique que l’on se plaît à recommencer sans fin… parce qu’on sait qu’elle est irreproductible.Parmi les canaux blêmes de l’ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d’une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d’une morte dont il croit retrouver l’image chez une vivante. Récit fétichiste, où toute la sémiologie de la ville participe aux cérémonies du deuil. Livre culte pour les spleens d’aujourd’hui.Hugues Viane a choisi d'habiter Bruges, qui s'accordait à la mélancolie de son deuil. Dès lors cette ville au charme délétère s'impose comme la véritable héroïne de ce roman, l'un des chefs-d'oeuvre du symbolisme.Parmi les canaux blêmes de l’ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d’une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d’une morte dont il croit…

La Nouvelle Carthage

La Nouvelle Carthage, c’est Anvers à la fin du xixe siècle. Dans ce milieu d’opulence et de haine du pauvre, le jeune Laurent Paridael grandit au sein d’une bourgeoisie qui ne répond ni à ses goûts ni à son sens de la justice. Il se tourne alors vers le peuple et se rapproche des ouvriers, des marginaux et des parias. Seule sa cousine Gina, à la beauté et à la grâce séduisantes, pourrait adoucir son tempérament rebelle, mais elle lui préfère la fortune d’un gros industriel, le sinistre Béjart, auquel l’auteur prête tous les vices d’un capitalisme féroce et sans scrupules.La Nouvelle Carthage, c’est Anvers à la fin du xixe siècle. Dans ce milieu d’opulence et de haine du pauvre, le jeune Laurent Paridael grandit au sein d’une bourgeoisie qui ne répond ni à ses goûts ni à son sens de la justice. Il se tourne alors vers le peuple et se rapproche des ouvriers, des marginaux et des parias. Seule sa cousine Gina, à la beauté et à la grâce séduisantes, pourrait adoucir son tempérament rebelle, mais elle lui préfère la fortune d’un gros industriel, le sinistre Béjart, auquel l’auteur prête tous les vices d’un capitalisme féroce…

La Théo des fleuves

Tsiganes, roms, nègres blancs selon l’expression du poète bulgare Petria Vasli ou enfants du vent . Ce peuple paria, infréquentable, frappé d’une malédiction, dont on se méfie ; parasite dont les sociétés ont tellement souvent voulu se débarrasser, peuple méprisé dans l’ Europe florissante , chassé, persécuté. Subissant la sauvagerie destructrice et ignoble, les actes scélérats et meurtriers ; victime des sévices de tous genres au 20ème siècle, ghettoïsé, raflé, déporté, gazé sous le nazisme, interné, maltraité sous le communisme. C’est à ce peuple fier et libre, par la voix de la vieille Théodora qui aura traversé tout le siècle dernier, que Jean-Marc Turine rend un hommage vibrant et puissant dans son magnifique roman La Théo des fleuves (Esperluète). Livre qui a d’abord fait l’objet d’une pièce radiophonique sur France Culture en un feuilleton de cinq épisodes en 2011 , et qui est ici publié dans une écriture poétique et charnelle, emplie d’énergie et de vitalité – qu’on lira volontiers au son de violons tsiganes exprimant cette âme insoumise et vivante malgré les détresses et la perdition, et sa résistance tenace face à la tragédie, à la violence, au deuil douloureux et à l’oppression. Peuple banni de l’existence et cependant vivant.La vieille Théo se souvient et raconte. Presque aveugle, avec à ses pieds une enfant secrète et silencieuse, Théo est desséchée en cette fin de siècle, elle qui est née à son aube, à force d’amours perdues, de luttes et de résistances menées . Mais d’utopies aussi, de griseries, de larmes et de rires. Elle aura donc traversé le siècle et vécu plusieurs vies, errant depuis le delta du Danube, ce fleuve profond qui l’accompagnera comme un paysage intérieur, fuyant la pourriture des ghett os pour ne pas vivre le fatalisme du subissement et refuser l’asservissement, ne pas vivre l’échine courbée. Va, même sans savoir où tu vas , dit-elle, car le Tsigane ne quitte rien ni ne va quelque part, il parcourt sa demeure, les terres qu’il traverse. La foulée tsigane est une déambulation infinie .Théo a les yeux bleu pétrole, les cheveux noirs, la peau sombre de son peuple ; elle a appris à lire et écrire pour voir autrement le monde et renoncer à la peur , pour se libérer des conventions d’abord et échapper à un mari et un père qui lui a imposé un mariage. Elle a pour viatique essentiel le livre de sa mère celui qu’elle m’a donné à ma naissance et que j’ai donné à mes enfants le jour de leur naissance, la vie. Mon livre rendu fertile par la terre sur laquelle je marche en traversant les saisons . Viatique de l’amour aussi, celui d’Aladin, le violoniste inventeur de rêveries sur l’Ile aux Oiseaux, et qui l’accompagnera toute sa vie malgré les séparations et les distances, malgré les malheurs. Près d’eux, Nahum, l’enfant perdu, enfant au couteau et à la mémoire vide , qu’elle recueillera puis abandonnera pour suivre une chimère, dira-t-elle, et qui trouvera sa voie dans le cirque. Et puis, il faut parler des blessures terribles et tragiques, la jeune Euphrasia violée par les milices et détruite à jamais, ou Carmen, l’enfant de sa chair à elle, Théo, morte lentement de faim dans les camps, voire encore ses poèmes jetés au feu comme une négation d’elle-même et de l’amour, ou encore la rééducation qu’elle subit et la stérilisation, l’emprisonnement et le travail forcé, la survie au néant . Mais évoquer aussi cette errance magnifique par les mers sur ce bateau fantastique – le Sâmaveda , rebaptisé La Théo des fleuves – auprès d’un équipage et capitaine de haute poésie et qui la fera renaître à elle-même.Théo ou la puissance d’un fleuve.  Son livre de douleurs et de vie mêlées, que l’on referme pris aux entrailles par sa force et justesse, sa poésie lancinante et mélancolique, belle et fantasque parfois. Un chant, au fond, ou une danse autour d’un feu pour dire, au-delà des misères et des dépouillements, la beauté de la terre et des fleuves, les fruits et l’amour, l‘eau, les enfants, ou la fertilité du partir et les forces du vivant. Éric Brucher La vieille Théodora ne marche plus, elle ne voit plus. Mais elle se souvient et raconte. Elle nous parle de sa vie, de ses rencontres, ses amours, ses espoirs, mais aussi ses errances, ses drames et ses désillusions. Théodora est une enfant du fleuve. Née Rom, elle a voyagé au gré des vents. Traversant le temps, elle a vécu plusieurs vies. Née à l’aube du XXe siècle, elle le traverse tout entier. Temps de guerres, de communisme, d’oppressions répétées, l’histoire des Roms se révèle au fil du roman et se confond avec celle du siècle. Naître femme, c’est s’exposer à la tutelle des pères et des maris, Théodora le comprendra vite. Tout comme elle pressentira aussi que par la lecture et l’écriture, elle échappera à la fatalité. Aladin, le tendre amant, Nahum, le fils d’élection, Joseph, le marin, croiseront sa route. Personnages lumineux, ils partageront un temps sa vie avant qu’elle ne reprenne la route et construise sa destinée. La force du travail de Jean Marc Turine, depuis ses premiers textes, réside dans son souci de donner la parole aux sans-voix, aux opprimés, aux victimes et de se dresser, sans relâche, contre la guerre et l’exclusion. Par une écriture juste et engagée qui donne de la force à ce récit, il dénonce l’exil forcé, les brimades, l’injustice... Les voix du récit s’entremêlent…