Compte à rebours contre l’Occident

RÉSUMÉ

L’histoire commence ce matin. Elle terminera ce soir. À peine une journée pour raconter un peu de ma vie. Ce matin, je vis encore, je vous parle, je bois du café, je compte fumer une cigarette et bientôt, j’irai aux toilettes. L’effet entre la caféine et le tabac est immédiat. Ce soir, je serai mort. C’est une certitude. Je le sais, je ne vais pas le cacher, je ne vais pas étouffer cette information, je n’ai pas peur de mourir, pas peur de voir la mort approcher mon physique d’européen blanc, pas peur de quitter ce monde pour rejoindre l’espèce mystère de l’au-delà. Ce matin, le soleil brille, le ciel est bleu, le vent est doux, je vais alors éviter le sujet de la mort. Tout à l’heure, je lui consacrerai quelques pages.

Dernière journée d’une vie humaine. Le compte à rebours est lancé. Quatorze heures pour ne plus rien regretter. Quatorze heures au cours desquelles Corentin Jacobs, avec ce premier roman, nous décrit dans un style aussi caustique que lucide la vie, les attentes et les frustrations d’un looser quotidien.
Dès le début, le ton est donné. Le personnage annonce la fin et la fin est la mort. Sans équivoque. Mais peut-être pas sans surprises. Il fonce vers elle malgré l’humour (noir), la fantaisie et la légèreté du début. La mort est sa drogue : il veut sentir sa seringue lui piquer les veines. Mais ce n’est pas seulement sa propre mort qui le motive. C’est aussi la mort d’un idéal et d’un système. Dans moins d’une journée, l’Occident risque de trembler.

Ceci est le premier livre de l’auteur.


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Bruges-la-Morte

Le 28 juin 1892, Stéphane Mallarmé s’empare de sa plume la plus leste pour ciseler un compliment à Georges Rodenbach  : Votre histoire humaine si savante par instants s’évapore ; et la cité en tant que le fantôme élargi continue, ou reprend conscience aux personnages, cela avec une certitude subtile qui instaure un très pur effet. Si délicieusement absconses que demeurent ces lignes, l’on y aura sans peine identifié les allusions à Bruges-la-Morte . C’est que le poète aura su ramasser les traits les plus saillants de cet incontournable de nos Lettres : l’évanescence de l’atmosphère qui règne à chaque chapitre, la contagieuse spectralité de son décor médiéval immuable, enfin les résonances qu’il ne manque pas d’éveiller dans la sensibilité des lecteurs qui le redécouvrent ou, ô extase, de ceux qui l’ouvrent pour la première fois. Proposer comme le fait aujourd’hui la collection patrimoniale Espace Nord une édition définitive de ce livre culte, « méconnu parce que trop connu » selon l’expression de Paul Gorceix, est une entreprise d’utilité publique. Car, si son auteur était presque devenu parisien d’adoption à force de fréquenter les Mirbeau, Goncourt et autres Villiers de l’Isle-Adam, Bruges-la-Morte n’est pas seulement le plus français de romans belges fin de siècle ; c’est surtout un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, où style et fantasme se fécondent mutuellement. En fait, investir l’univers brumeux et appesanti de ce roman constitue moins une expérience littéraire que matérielle. 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