Ce qui n'est pas nommé



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Avec Ce qui n’est pas nommé, un recueil de nouvelles de Roland C. Wagner, nous voilà plongés dans quatre univers à la fois proches et éloignés de notre réel. Une littérature qui divertit, sans se départir de son regard critique et inventif. 

Avec Ce qui n’est pas nommé, un recueil de nouvelles de Roland C. Wagner, nous voilà plongés dans quatre univers à la fois proches et éloignés de notre réel. Une littérature qui divertit, sans se départir de son regard critique et inventif. 

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Miettes pour une histoire du rock en Chine Troisième fragment : les futurs

Le rock en Chine,mérite amplement qu’on se penche sur ses déjà quarante ans d’histoire. Si  je ne peux pas en livrer toute la richesse, je peux toutefois jeter trois bouteilles à la mer pour qui voudra un jour accoster ces terres fertiles. La troisième s’est élancée suffisamment loin pour qu’à la surface de ses feuillets parcheminés le fond transparaisse uniquement dans un carrefour tracé au gré de ses silences. Le rock en Chine,mérite amplement qu’on se penche sur ses déjà quarante ans d’histoire. Si  je ne peux pas en livrer toute la richesse, je peux toutefois jeter trois bouteilles à la mer pour qui voudra un jour accoster ces terres fertiles. La troisième s’est élancée suffisamment loin pour qu’à la surface de ses feuillets parcheminés le fond transparaisse uniquement dans un carrefour tracé au gré de ses silences. Aujourd’hui : grand succès populaire et nouveaux défis Le rock restait relativement confidentiel, ne touchant qu’une partie très modeste de la population chinoise (et, au-delà, de la population occidentale). Cela ne l’empêchait pas d’évoluer en prenant des voies passionnantes jusqu’à se mêler toujours davantage à d’autres genres musicaux. Il gagne à présent en médiatisation de façon fulgurante. Ces dernières années, le télécrochet The Big Band ( visible sur la plateforme de streaming iQIYI ) a donné une visibilité extraordinaire à de nombreux groupes. La seconde saison a été visionnée par 170 millions (!) de spectateurs. Pourtant, rien n’était gagné d’avance, au vu d’une ligne qui s’écarte grandement de la doxa politique du parti. L’underground sort ainsi de l’ombre pour toucher un nouveau et très vaste public. Parmi les grands bénéficiaires, on retrouve New Pants et Re-TROS , respectivement gagnants de la première et seconde saison. Cela n’empêche pas d’autres, éliminés plus tôt, de profiter d’une nouvelle notoriété. Carsick Cars et Fazi témoignent dans un article de Rolling Stone écouler les places de leurs concerts en un claquement de doigt et être devenus des rockstars au plein sens du terme. La situation à laquelle sont confrontés les participants est à des années lumières de celle, bien plus marginale voire clandestine, des années 80, 90 et 2000. Toutefois, ce n’est pas tout à fait ressenti comme un accomplissement. Les nouveaux venus cherchent parfois une expérience dépaysante, comme on irait dans un zoo humain s’extasier devant des peuples exotiques ou aller au parc d’attractions. Être trop exposé, c’est également d’être bien plus exposé à la censure étatique. Les groupes punk avaient pu subsister grâce à une existence loin des préoccupations du parti. Un autre grand danger est la perte d’authenticité, de sincérité, qui émanait jusqu’ici d’un grand nombre de ses plus grand-e-s représentant-e-s, au profit d’une approche plus superficielle. Moins spécifique à la Chine, c’est le problème que rencontre tout genre musical devenu populaire. Les puristes de la techno ont râlé en voyant arriver l’EDM et la Big House. Les amateurs du hip hop originel ont pu râler en voyant débarquer les rappeurs « bling bling ». Maintenant, les groupes de rock doivent conjuguer avec une tout autre mentalité qui s’incarnera par une nouvelle gamme de clubs adaptés à la nouvelle popularité du genre musical. Et espérer que cela ne soit que passager ou complémentaire. À moins que, dans une version de l’histoire que je qualifierais d’apocalyptique, on se retrouve avec des feat entre BTS et New Pants en Top 5 des charts européens et états-uniens. Mais pour que cela arrive, il faudrait tout d’abord que la politique chinoise ne dévie pas de sa trajectoire de relative tolérance/grande indifférence. Or, depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, on observe des résurgences maoïstes de plus en plus prononcées. La nuit retombe petit à petit là où les couleurs occidentales se confondaient de plus en plus avec celles de la Chine. Ces derniers temps, le parti communiste redevient plus ferme et impose de nombreuses restrictions en vue de réaffirmer les valeurs socialistes chinoises. Cela annonce peut-être la fin d’une vague et le début d’une nouvelle. Seul le secrétaire général du parti communiste le sait. Mais, pour ma part, cela ne m’empêchera pas de lancer un morceau de l’un de ces artistes qui m’ont tant fait rêver ces derniers temps. Outro Féru que je suis de rythmes plus progressifs, il sera naturel pour moi de commencer par le très poignant et lancinant 因你之名 (qui se traduit par En ton nom ) de P.K. 14. Il se développe d’abord le long du timbre particulier de Yang Haisong, qui boucle autour des mêmes mots et installe une tension qui se maintient dans un équilibre inconfortable. Mais, de la façon la plus sublime qui soit, cette tension se résorbe alors que sa voix s’éteint. La progression angulaire gagne en courbes. « En ton Nom » déploie ses ailes et se met à brasser sur son sillage des paysages oniriques. Jusqu’à ce qu’ils s’épaississent en des nappes de pétroles clouant au sol. Le rythme pesant de 明天的搖籃 (« Tomorrow’s craddle to a little dog ») de Railway Suicide Train me ramène sur le plancher des vaches. Toujours lancinant, il n’emporte pas au-delà du ciel, mais me fait errer sous une basse et épaisse couche nuageuse. Il m’enfonce toujours plus profondément à chaque pas. Ce morceau retrace le parcours d’une ivresse nauséeuse où l’équilibre incertain de « En ton nom » devient si précaire qu’il ne tient plus qu’à un cheveu. Même s’il suffisait de se détourner du morceau pour rompre le charme, il s’en dégage une telle maîtrise qu’il est difficile de renoncer à ce voyage en terres troubles. Mais Brian Emo de David Boring (sic), groupe cette fois hongkongais, me sort de ma torpeur. Il m’agrippe là où j’en étais resté, par une atmosphère mystérieuse où il est difficile de savoir vraiment où l’on va. Alors que je m’attendais à ce que cela continue sur cette lancée, une brutale décharge d’énergie m’arrache et me soulève de plusieurs kilomètres d’altitude pour brutalement me fracasser et mieux me tirer de mon somnambulisme. Ici, le ciel, la boue, les ailes, le plancher des vaches, tout se déchire comme une série de feuilles de papier pour que règne une atmosphère électrique où rien n’est jamais joué. Un peu comme l’incroyable 88奥林匹克 (« 88, Olympic Games ») de Queen Sea Big Shark (后海大鲨鱼) qui démarre comme un mauvais morceau électro de fan de tuning pour enchaîner aussitôt sur un rock sautillant et bonhomme qui sent bon les licornes, les arc-en-ciel et les bonbons acidulés. Sans s’arrêter là, le tout est ensuite passé au mixeur, au micro-onde, à la poêle, pour exploser à chaque minute en une myriade de confettis multicolores toujours plus fantaisistes. L’enfant en moi s’éveille et s’émerveille de cette profusion qui me rappelle mes plus belles heures en compagnie des boites à meuh. À part qu’en retournant celle-ci, on ne saura jamais si on en tirera le cri d’une chèvre, d’un centaure, d’un lapin ou d’un ornithorynque. Et tant mieux ! C’est également ce même plaisir qui m’emporte quand cette fois l’allure savante  du début de 太空牛仔 (« Space Cowboy ») de Wild Tales (荒事乐队) me cueille comme une fleur pour m’emporter dans le plus fabuleux des voyages où la musique atonale du début du vingtième siècle rencontre Pink Floyd. Le tout est épique, plein de rebondissements, de moments de bravoure et de grâce. Parfois, en grattant un peu, je vois apparaître la texture de carton-pâte derrière le décor. Il n’empêche que sa première moitié est si parfaitement exécutée que je me laisse à chaque fois avoir par ce fantastique tour de manège. Un tour de manège qui intime même peut-être de se dire au revoir avec « Good Night » de Joyside , non pas en étant exhaustif,…

Plaisirs Suivi de Messages secrets : entretiens avec Patricia Boyer de Latour

Le doute, la mémoire, l’amour, le double, Venise, la musique, les Primitifs flamands, les visages, les miroirs, la Belgique… autant de portes d’entrée du voyage qui mena Dominique Rolin et Patricia Boyer de Latour à tisser un ensemble d’entretiens réunis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La maison la forêt , Le corps, Les éclairs, à l’époque où paraissent des œuvres majeures comme La rénovation, Journal amoureux , débute une série d’échanges placés sous le signe de «  la promenade dans un jardin  » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la passion, l’enfance, l’écriture comme «  investissement total de l’être  ». Une des lames de fond de l’univers existentiel et créateur de Dominique Rolin, sur laquelle elle revient sans relâche, a pour nom le doute. Non pas un doute cartésien qui, s’hyperbolisant, accouche d’une certitude irréfragable, mais un doute énergisant, qui, sans se convertir en conviction ferme, transmue la peur en force mentale. En dépit d’une irréconciliation avec soi, du démon de l’inquiétude, des «  mouvements noirs  » d’une enfance marquée par un père qui la rejette, l’écrivain et dessinatrice tire de sa dualité une vocation à l’allégresse. «  Je vis en permanence sur deux niveaux : il y a l’extrême bonheur de vivre, et l’extrême peur de vivre  ». Au fil des entretiens, Dominique Rolin exhume les alluvions de l’œuvre, les nappes phréatiques qui l’impulsent : les territoires de l’enfance à Boitsfort, de la forêt de Soignes, la fibre mystique, les sortilèges du rêve et de la surréalité, la fascination pour Breughel, Vermeer, Rembrandt, les élans oniriques des Primitifs flamands et la passion inouïe, éternelle qui la lie à Philippe Sollers… Lire aussi : Sollers-Rolin : une constellation épistolaire (C.I. n° 201) Art de vivre, l’écriture est inséparable de l’amour, consubstantielle à la présence de l’Amoureux, Jim/Philippe Sollers qui la sauve, qui «  l’embryonne  » (Sollers), qui lui ouvre leur port d’élection, Venise, et les vertiges de la musique. La découverte du jazz, de la musique classique, la révélation de la lumière australe, des canaux de la Sérénissime surgissent comme des expériences qui transforment la pratique de l’écriture. Abordant la littérature sous l’angle d’un laboratoire de vie, Dominique Rolin écoute, capte les phénomènes qui relancent son souffle de liberté. Transie par le temps, la substance de l’écriture est celle des transformations, des métamorphoses, des renouvellements formels, sensitifs, conceptuels. «  Ma rencontre avec Jim [Philippe Sollers] a complètement transformé mon écriture. Écrire et tenir le coup, c’est se laisser secouer sismiquement par tous les événements extérieurs et toutes les évolutions intérieures qui en sont la conséquence. Il faut l’exercice d’un talent cru, le sens du rêve…  ». Lire aussi : notre recension des  Lettres à Philippe Sollers 1958-1980 Les textes qui composent Messages secrets ont pour origine les entretiens réalisés par Patricia Boyer de Latour entre 2007 et 2009. Celle qui vivra presque un siècle (1913-2012) entre alors dans sa nonante-quatrième année. Méditations sur la sur-vie, sur l’après-vie, sur les songes, conversion à la foi, coexistence proustienne du présent (l’appartement le « Veineux » rue de Verneuil à Paris) et du jadis (la maison d’enfance à Boitsfort), ces textes condensent une métaphysique de la sensation, une phénoménologie des existants. Ils explorent l’écriture comme expérience intérieure proche du sacré, évoquent les amours avant Sollers — Robert  Denoël, Bernard Milleret —, les extases artistiques — les Mémoires de Saint-Simon, Breughel l’Ancien —, les amitiés avec Violette Leduc, Raymond Queneau, Roger Nimier ou encore l’attirance pour les escaliers en tant que passages du temps et lieux secrets.  «  La forêt des mots  » que Dominique Rolin planta, de livre en livre, s’offre comme la prolongation de son amour pour les forêts de sa jeunesse. Ces forêts que, pris dans une spirale suicidaire, le XXIème siècle massacre, ces étendues boisées qu’on assassine, provoquant l’effondrement irréversible de la biodiversité, l’auteur de L’infini chez soi, L’enragé (sur Breughel) , Les géraniums les vénère avec la lucidité de qui sait qu’il n’y a monde que dans l’alliance entre les formes du vivant et que la disparition de la richesse des espèces animales et végétales prélude à notre anéantissement. Une ville est l’œuvre des hommes, mais les arbres… Ils donnent de la sève aux immeubles, aux rues et à cet environnement qui sans eux serait coupé de son âme. Nous devrions leur en être éternellement reconnaissants […] J’ai été élevée dans cet amour des forêts et je me souviens très bien de mes premières sensations, de mes premiers rêves et de mes premiers contacts liés à cette nature ombreuse,…