Bluebird


RÉSUMÉ

Juliette, ou Bluebird, ainsi que l’a surnommée son jeune amoureux de passage, ne va plus au lycée. Elle a coupé les ponts avec ses parents pour aller vivre chez sa grand-mère. Officiellement, elle a contracté une maladie infectieuse. La réalité, que l’adolescente n’a pu admettre à temps, que son corps même lui a cachée, est tout autre : elle est enceinte. Garder le bébé, le confier, le «donner» en adoption, tel est désormais le choix qui s’impose à elle.
Dans une longue lettre adressée à l’enfant à naître, la toute jeune femme exprime avec une rare justesse ses peurs, ses rêves et sa fragilité au long de ce cheminement incertain.

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PRIX
  Prix des lycéens de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2021

À PROPOS DE L'AUTEUR
Geneviève Damas
Auteur de Bluebird
Après une licence en droit à l'université de Louvain, Geneviève Damas suit une formation de comédienne à l'IAD-Théâtre. Elle devient ensuite comédienne, écrivain et metteur en scène de théâtre et d'opéra. Depuis 1999, elle organise les soirées "Portées-Portraits", soirées littéraires et musicales, qui proposent la découverte d'œuvres d'écrivains contemporains.  En 2011, elle reçoit le prestigieux Prix Rossel pour son roman Si tu passes la rivière Lauréate d’une bourse de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Bourse de création 2020  


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Karoo

Dans son roman Bluebird (mai 2019), Geneviève Damas nous emmène dans la vie de Juliette Couturier, une adolescente tombée enceinte. Son quotidien bouleversé, la jeune fille décide de se confier à son enfant.

Juliette a seize ans et demi. Quand elle apprend sa grossesse, son monde s’écroule : elle quitte l’école, ses amis et sa mère pour trouver refuge chez sa grand-mère, Françoise. Celle-ci l’aide à affronter la situation sans la juger. Perdue entre les rendez-vous chez le docteur Ader, la gynécologue, Madame Leroy, la psychologue et Valérie Benali du centre d’adoption, Juliette décide d’écrire une lettre à son bébé pour calmer cette tempête de sentiments. Un récit authentique, qui traduit les tourments de l’adolescence…


Le Carnet et les Instants

Geneviève Damas a l’art de donner la parole à ceux, et surtout celles, qui n’ont pas toujours droit de cité dans nos sociétés. Après une migrante et celle qui va lui apporter soutien et logement dans Patricia, son précédent roman publié chez Gallimard, elle donne cette fois la parole à une adolescente dont la vie va prendre une direction inattendue.Lire aussi : notre recension de PatriciaDans Bluebird, à nouveau chez Gallimard, l’auteure belge opte pour une correspondance adressée par Juliette à son enfant. La narratrice a seize ans et demi quand on lui annonce qu’elle est enceinte depuis six mois et demi déjà, d’un fœtus de 33 cm, soit bien au-delà de la limite qui aurait permis un éventuel avortement.…


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La postérité est quelquefois injuste, le présent trop souvent amnésique et le public belge francophone peu conscient de son patrimoine littéraire. Ainsi des écrivains de valeur connaissent-ils les affres du purgatoire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la difficulté est accrue par le fait que l’Histoire littéraire a été écrite par des hommes. Pourtant, dès le début de la Belgique, certaines ont tenté de percer dans un monde des lettres encore exclusivement masculin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces figures oubliées que la jeune maison d’édition Névrosée , dirigée par Sara Dombret, entend sortir de l’ombre en publiant une première série de douze livres de femmes écrivains belges. Parmi celles-ci, certains noms sont connus comme Caroline Gravière ou Madeleine Bourdouxhe, alors que d’autres ont totalement disparu de la mémoire collective. Marguerite Baulu et Jeanne de Tallenay, dont le roman L’invisible constitue une remarquable découverte , se voient ainsi remises à leur juste place grâce à cette initiative. Parmi ces femmes de lettres belges, Marguerite Van de Wiele (1857-1941) est la première à avoir vécu de sa plume. Célibataire, à la fois journaliste et romancière, acclamée par les plus grands écrivains de son temps, chargée de missions officielles, mais aussi souvent en butte à la misogynie ambiante, elle a ouvert des portes aux générations suivantes de femmes de lettres belges. Elle livre, dans ses romans, des portraits de femmes confrontées au corset empesé de normes que leur impose leur milieu. Doivent-elles se soumettre et consentir à se laisser détruire ou tenter de se libérer au risque de voir s’abattre les jugements réprobateurs, de devoir s’endurcir et, peut-être, de se perdre ? Évangéline, le personnage principal d’ Âme blanche, est prise au cœur de ce dilemme. 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Elle montre ainsi l’envers de cet âge d’or, qu’on se plait à rêver, d’une Belgique florissante dans la deuxième moitié du 19e siècle.Évangéline est une enfant privée d’enfance par la faute d’une faillite des adultes, qui se révèlent incapables de remplir leur rôle protecteur et encore moins de comprendre les besoins d’un enfant. La première de ces adultes irresponsables est la mère. Elle ne peut cependant être blâmée, car elle est une victime, rejetée par sa famille et enfermée dans un asile. Les premières pages du roman évoquent le paradis perdu de la petite enfance. Quelques sensations suffisent à faire renaître le souvenir enchanté et mélancolique d’un temps où l’affection maternelle était associée à la musique et à la vivacité d’un trop-plein d’émotions, libres de s’exprimer. Déjà, la petite fille éprouvait une sourde inquiétude, comme un voile posé sur ses ravissements d’enfant, voile que la distance du souvenir ne fait qu’accentuer et muer en tristesse. 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