L’Audition du docteur Fernando Gasparri


RÉSUMÉ

Bruxelles, été 1932. Alors que des mouvements de grève mettent le pays sens dessus dessous, le docteur Fernando Gasparri reçoit les Guareschi, un couple de jeunes exilés originaires de la même région que lui en Italie. Entre le médecin et ses patients, des trajectoires analogues et des souvenirs communs tissent des liens affectifs. Jusqu’au jour où débarque Oreste, le frère cadet de Madame Guareschi, qui a fui l’Italie fasciste dans des circonstances troubles. Dès lors, la destinée…


PRIX
  Prix Emma Martin de l’Association des écrivains belges de langue française, 2012  Prix Saga Café 2012

À PROPOS DE L'AUTEUR
Giuseppe Santoliquido
Auteur de L’Audition du docteur Fernando Gasparri
Giuseppe Santoliquido est un écrivain belge. Spécialiste de politique et de culture italiennes, il collabore avec de nombreux médias belges et étrangers. L’été sans retour, son quatrième roman (2021), paru chez Gallimard, a été encensé par la critique francophone. Intervenant régulièrement en librairie et en bibliothèque, ils est le fondateur et l’animateur du Prix de l’Ecrit Citoyen dans les établissements scolaires de la Province de Liège. Lauréat d’une bourse de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Bourse de création 2021


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Le Carnet et les Instants

« Mais bon sang, Docteur, dans quel monde vivez-vous ? […] » En juillet 1932, Fernando Gasparri, citoyen belge dont les primes années se sont déroulées dans un petit village niché dans les montagnes du Latium, est établi à Ixelles. Son existence est régulée par la simplicité, son univers s’ancre dans la proximité. Depuis le décès de son épouse Louisa, l’absente adorée avec qui il s’entretient lors de visites régulières au cimetière, Gasparri habite avec sa vieille sœur invalide dont il s’occupe loyalement. Le médecin généraliste, quinquagénaire tout de tranquillité, se tient éloigné des questions et des tourments : il multiplie ses heures au travail, se dévoue à ses patients, s’assure du bien-être de l’unique membre de sa famille, mange…


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Une mort pas très catholique

L’intrigue Roger Staquet, policier à la retraite, arrondit ses fins de mois en gérant un immeuble. Une odeur suspecte attire son attention. Serrurier, ouverture d’appartement, découverte d’un cadavre alité : Individu d’une cinquantaine d’années, corpulence moyenne, chevelure poivre et sel, début de calvitie.  Un jeune policier en activité, Paul Ben Mimoun, débarque sur les lieux, le courant passe, les deux hommes échangent leurs impressions. Au premier coup d’œil, l’homme est mort naturellement durant son sommeil dans un espace privé fermé à clé. Le commissaire-adjoint compte classer le dossier sans suite. Mais beaucoup d’affaires policières se jouent sur un fifrelin. Roger et Paul éprouvent l’ombre d’un doute, la sympathie les pousse à se revoir, à jouer ensemble. Dans un rapport père/fils ou Mentor/Télémaque : Pourquoi avait-il proposé cette rencontre au jeune policier ? (…) Envie de goûter à nouveau aux joies du métier ? 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Bientôt la Convention des cannibales

Daniel Fano est un écrivain de l’apocalypse tranquille. Au fil des années, dans des récits aux titres improbables, des poèmes narratifs et subtils, des fables et des romans de la mélancolie lucide, l’auteur a inventorié, grâce à son sens aigu de la fiction, la modernité et ses avatars, qu’on pourrait appeler aujourd’hui tout simplement le temps d’après . Que ce soit dans les vertiges de la Guerre froide, la Société du spectacle des émotions et des catastrophes, les guerres et coups d’état de série B, Daniel Fano puise sa matière féroce et froide pour faire remonter à notre entendement le chaos et l’entremêlement de nos  perceptions qui a pour nom encore… mémoire. Dans une langue débarrassée de toute afféterie, scrupuleuse, l’auteur court-circuite les effets de réel en les surjouant. Dans le montage apparemment aveugle du film d’une époque, la nôtre,Monsieur Typhus, « héros » récurrent de nombreux textes et livres,  est une forme d’Ulysse revenant au pays natal, celui de  la fausse innocence de toute génération, pour mettre à nu les péripéties de son odyssée désarticulée, composite, carnassière. La violence, dans un crépitement permanent sur nos écrans, glisse lentement dans le domaine des events , ces petits moments susceptibles de relancer sous une forme plus aiguë encore, le Marché des choses et des êtres. Ces êtres, désarticulés dans des émotions et des sexualités de marchandise, sont les protagonistes du roman noir, du récit d’espionnage qui font de l’homme vivant une matière transformable dans le champ de la Bourse internationale des images. Lire aussi : un extrait de  Bientôt la Convention des cannibales Fano connaît l’Histoire, celles hommes, des idées, des stratégies et l’écriture est encore une des formes les plus subtiles pour enfermer dans les réseaux du texte, le filet de la fiction, ces pantalonnades annoncées comme tragiques et qui ne font qu’effacer l’homme vivant de l’image pour en faire une  figure de récit médiatique en boucle internationale. Bientôt la Convention des cannibales annonce le programme. Nous sommes dans un roman kaléidoscopique qui mêle guerres, génocides, assassinats et tutti quanti  depuis les années 1970 jusqu’au aujourd’hui. Le tout s’agite dans une sorte de carnaval des vampires que certains nomment l’Histoire. Une écriture joyeuse, délurée, chargée d’humour jusqu’à la détente, Fano prend soin d’extraire du récit le salmigondis émotionnel que l’on retrouve en boucle dans tous les réseaux et une partie de la presse. Ces personnages sont interchangeables, changent de nom, de sexe, de corps, d’identité…On découvre, page après page, comment, à la vitesse du Marché, nous allons du souvenir de l’humanisme à l’avènement planétaire du transhumanisme. Il y a un air de Fritz Lang qui, un des premiers, dans ses films des années 1930 en Allemagne ( Docteur Mabuse …), avait révélé et mis en scène la dimension criminelle et délirante du nazisme. Le complot, le mensonge à l’égal de la vérité, l’imperturbable dissolution de la mémoire européenne dans le populisme et l’effroi d’un monde qui vient sont les nouvelles formes de cette hystérie de la criminalité, comme une façon d’être au monde et de le penser.Franck Venaille, disparu récemment, avait publié de nombreux livres sur ce sujet, intime et collectif, La guerre d’Algérie (Minuit, 1978), L’homme en guerre (Renaissance du livre, 2000)… La génération des guerres coloniales avait déjà vu un monde fracassé par la violence des idéologies renouvelées.Fano reprend, depuis des lustres, ce travail en faisant des biopsies narratives dans chaque moment de la convulsion de notre temps. C’est en cela qu’il est un des écrivains majeurs de notre littérature, discret, presqu’anonyme pour beaucoup, bien que ses publications marquent, depuis un demi-siècle, le temps littéraire des avant-gardes au temps de la décomposition.Vif, intelligent, burlesque même, sous la couverture aux allures de pulp fiction de Jean-François Octave, Bientôt la Convention des cannibales équivaut à la lecture d’un monde qui se retrouve comme le loup des dessins animés, lequel, courant plus vite que son ombre, dépasse…

Contre tous chacaux*: A Tribute to Bob Morane**

Le ton est donné… que dis-je ?… uppercutté … dès la couverture ! Le titre Contre tous chacaux (écho au texte de la chanson L’aventurier , du groupe Indochine) est un programme en soi, en sus accompagné d’un « * » qui renvoie à une note de bas de page : «  Que les puristes ne montent pas sur leurs grands chevals !  ». Rebelotte avec le sous-titre et les auteurs : « ** » et « *** » pour «  Interdit aux moins de 60 ans sauf autorisation parentale  » et «  Et/ou inversement  ».Un hommage à Bob Morane, donc, mais irrévérencieux. Bref, une parodie de l’œuvre-phare d’Henri Vernes. Et comment s’en étonner au vu des pedigrees des auteurs ? Experts du court et du facétieux, le Français Roger Lahu et le Belge Éric Dejaeger ont œuvré avec humilité dans la microédition, la revue, l’humour au fil des décennies, zigzaguant entre leurs deux pays et divers éditeurs (Cactus inébranlable, Carnets du dessert de lune, etc.). Dans la préface d’un ouvrage de Dejaeger ( Élagage max… , Memor, 2001), Jacques Sternberg le définit comme «  un virtuose de l’ellipse, un rechercheur (…) de la chute finale, du choc imprévu (…) du gag brutal  ». De fait… Dès le départ, le second degré se déploie : Dites, commandant, on transporte quoi dans ce camion ? questionna Bill Ballantine sortant de la torpeur épaisse où le bruit rauque du moteur l’avait plongé depuis des heures.  Le lecteur retrouve l’apostrophe militaire adressée depuis toujours par le géant écossais à son ami français, le style surjoué des deux baroudeurs, mais aussi – et à ne jamais négliger, dans une hystérie du bon goût – une mise en appétit pour le mot, l’évasion, le mystère. Et, in fine, la subversion du tout. Comme dans la réponse de Morane : Une caisse d’ananas en sirop, trois caisses de couche-culotte premier âge à petites fronces antifuites, le reste ce sont des cartons vides.  Une subversion qui n’épargne pas nos héros, qui en prennent pour leur grade, avec ou sans galon. Bill :   Et merde ! J’avais un mot de plus de quatre lettres pour une fois [NDLR : ils jouent au scrabble] (…) Suis pas anthropophage, moi. Quoique… Suçoter le bout des seins de miss Ylang-Ylang…  Bob, sérieux mais maniaque, psychorigide, hypocrite : STOP, BILL ! OVER ! Dans nos aventures, il n’est jamais fait allusion à la chose !  La norme et sa distorsion. L’homme naturel et l’homme policé ? Les deux, surtout, nous sont révélés pour ce qu’ils sont : des pantins manipulés par leur géniteur, un auteur qu’ils jugent à la limite de la névrose, du sadisme. C’est qu’Henri Vernes n’a eu de cesse d’envoyer ses créatures aux quatre coins de la planète (déserts, banquise, jungles, mers, etc.) et même bien au-delà, perforant les limites de l’espace ou du temps. Ce dont rendent très bien compte les dizaines de textes inventés, des esquisses (de 2 à 4 pages) de versions alternatives à une série de romans mis en écho.Sans doute faut-il éprouver de la tendresse pour son sujet quand on se lance dans un tel détournement. Et Dejaeger/Lahu de nous rappeler, au détour d’une page, que nos héros ont pourchassé des dinosaures «  bien avant Spielberg et son Jurassic Park ». Ou de nous livrer un casting cinq étoiles, avec les méchants mythiques (Ming alias l’Ombre jaune, le docteur Xhatan, les dacoïts ou les homme-crapauds, etc.), les comparses de prédilection (le docte professeur Clairembart, que Bill estime obscur, etc.), les femmes fatales (Tania Orloff, miss Ylang-Ylang, Sophia Paramount).   Contre tous chacaux ne se limite pas à une pochade de potaches mais relève de l’expérimentation littéraire. Comme en peinture, avant de déformer une réalité, de l’interpréter, il faut en maîtriser les codes. Roger Lahu et Éric Dejaeger entrechoquent donc un arc-en-ciel de degrés et d’ingrédients : mise en situation de menaces et de péripéties, création accélérée de décors, mise en évidence de contenus occultés, jusqu’à des interventions hors champ de l’éditeur, du deux ex machina Henri Vernes ou des auteurs farceurs, des placements de produits rémunérateurs, etc., la parodie des uns s’accompagnant d’une (ô salutaire en ces temps maussades !) autodérision généralisée. Philippe Remy-Wilkin P.S. : Pour rester dans la tonalité des textes lus, j’ai failli élire comme titre de cet article un grivois Les semeurs de foutre , voire oser un irrespectueux Deux petits singes , si pas un…