L’air est différent



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Le Carnet et les Instants

Artiste plasticienne, Laurence Skivée interroge la vie par le dessin, par la photographie, la sculpture, la vidéo au fil d’une attention à ce qui se dérobe, dans une ouverture aux interstices de l’existence. Nul étonnement à voir sa poétique des instants dérobés, sa descente plastique dans les mondes de l’enfance en venir à la forme poétique, gagner le territoire mouvant du verbe. Après le livre d’artiste Je m’emballe (La Lettre volée, 2013), L’air est différent sécrète une écriture-regard acquise au recueillement d’instantanés de l’existence. C’est la mort de proches qui l’a poussée à s’emparer de ce nouveau médium. D’emblée, le texte tisse un lien en intériorité entre expérience de la perte et éclosion du verbe. Comme la…


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Le for intérieur

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Rouge mise en plis

Tout part d’Annette Masquilier. Artiste plasticienne et animatrice d’un atelier de théâtre et de marionnettes pour personnes handicapées mentales, elle interroge dans son travail l’humain et la société, avec un accent particulier mis sur les femmes : «  Ma création parle des femmes, mais questionne également… Qu’en est-il des codes, des non-dits, des images qui nous sont imposées par la société et que l’on s’impose… C’est une recherche de liberté d’être, de parole, de vérité, de retrouver son essentiel, propre à chacun, à chacune…  » Son credo ? «  Créer sa liberté  » ! Alors, elle a dessiné. Une femme, épouse, mère, d’âge moyen. Une femme au visage vidé de ses traits (même si, parfois, des larmes coulent). Une femme d’intérieur, tablier orange ; une femme à l’intérieur, escarpins rouges. Une femme bardée d’une serpillière, d’une poêle, d’oreilles, de jambes coupées, d’un cœur éprouvé. Une femme qui picore sa vie. Une femme tiraillée par des aspirations contraires ; enracinée, légère. Une femme à la recherche de ses cailloux de Petite Poucette. Cette une femme de papier inspire trois auteures belges et/ou françaises qui ont reçu des dessins, sans titre, aléatoirement. Et elles en ont librement renforcé les traits de leur plume. Pour reprendre les mots de Marianne Kirsch dans sa postface : «  Concerto à la mémoire domestique. / Trois mouvements. Quelle trinité. Pour quel mont. / Vénus n’a rien perdu . » En effet, la maison d’éditions transfrontalière l’Âne qui butine s’est une fois encore jouée des limites en proposant un recueil où auteures et illustratrice en font fi.C’est Françoise Lison-Leroy qui approche la première d’ une femme , «  autruche sans prénom  ». Elle l’a fait participer à des jeux. Une femme s’entraîne au marathon des tringles avec ses talons actionnés par des ficelles, pas encore au point. Elle excelle à l’épreuve du frotte-frotte où « il s’agit de prendre appui sur la perche et de retomber les pieds dans le seau », quand elle ne tournoie pas sur une essoreuse à salade (qu’elle avait bien entendu fait pousser dans son tablier). Mais tout ceci est-il réellement un jeu ? Le manque de sommeil gagne car une femme ne dort que d’un œil, «  chat perché, chien de fusil  », aux aguets : les vautours rôdent… Dans une langue râpant les images éculées, Lison-Leroy nous met en garde : le «  cœur en bandoulière  », l’oiselle pourrait bien prendre «  la mouche, le deuil, la poudre d’escampette  ».Colette Nys-Mazure, elle, l’appréhende en confidences, pour ne pas la déséquilibrer. «  Allègre, allante, enjouée, elle marche hardiment sur le fil du jour ; aux extrémités de son balancier, une louche et un seau. Entre-tenir.  » Une voix instaure un dialogue avec une femme  : les vers pour l’une, la prose pour l’autre. Elles évoquent la vie d’ une femme dont le quotidien est enrayé par «  l’entretien infini des choses. Le trop plein et le vide simultanément. Le tonneau des Danaïdes. Le rocher de Sisyphe  ». Car une femme , qu’elle soit une vieille qui encombre, une méfiante suspicieuse, une maman qui se rogne, hurle silencieusement : «  Je suis cendre et me veux flamme.  » Cependant, les pieds rivés au sol par les clous du devoir, lestée par la sagesse ressassée et les conseils mémoriaux, l’oiselle se justifie vainement : «  Je ne joue pas à l’autruche mais j’affronte l’urgent.  »«  Moi ? Vous me cherchez ? Mais je suis là, dans l’ombre, dans l’ombre du jour, dans l’ombre d’un sourire. Moi… mais qui au juste ?  » La parole d’ une femme devient flots quand Anne Letoré l’incarne. Elle livre intimités, souvenirs et trivialités, dans un style où ricochent les sonorités et les jeux de mots : «  Mater dolorosa. Mon visage est un heaume. Mater dolorosa. Mon visage n’est plus au home. Mater dolorosa. Mon visage n’a plus d’homme.  » Tour à tour photographie, statue, mannequin, fantasme, une femme prend à nouveau les traits du curieux volatile aux ailes lourdes de vanité, oiselle éructant : «  Tu sais pas c’qui m’a dit ? Il m’a dit “ Fais pas l’autruche ! ” et ben si, je fais l’autruche, la tête dans l’seau comme quand je dégobille, seule, toujours seule, y’a qu’à ces moments-là où je suis seule, sans lui, sans ce con qui me traite d’autruche  […] ».Voilà de quel bois se chauffe Rouge mise en plis . De l’incandescence bouillonnante, de la lave en fusion… jusqu’à ce que jaillissent…

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