La couleur des abeilles


RÉSUMÉ
Malcolm Marloch est-il un artiste poussé au meurtre dans le délire de l'inspiration, ou bien un assassin chronique qui fait de la peinture pour se donner bonne conscience ? Sur son parcours chaotique, les têtes volent, roulent, grimacent. Le "Paradis des artistes" où le conduit son errance dégage de singulières odeurs de soufre : on y découvre des peintres mégalomanes ou psychopathes, de surprenants modèles qui endurent les pires sévices, un marchand…
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À PROPOS DE L'AUTEUR
André-Marcel Adamek
Auteur de La couleur des abeilles
Les romans d’André-Marcel Adamek (1946-2011) ont remporté de nombreux prix et ont été largement traduits : Le Fusil à pétales (prix Rossel, 1974), Un imbécile au soleil (prix Jean Macé, 1984), Le Maître des jardins noirs, Le Plus Grand Sous-Marin du monde (Prix du Parlement de la Communauté franc¸aise, 2000), Retour au village d’hiver et La Fête interdite. La Grande Nuit a remporté le Prix des Lycéens en 2005.

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Poids plumes

Qu’allait écrire Nicole Malinconi, après avoir donné voix à Theresa Stangl, la veuve de Franz Stangl, ex-commandant du camp d’extermination de Treblinka ( Un grand amour , 2015 ) et entrepris sa première fresque historique ( De fer et de verre . La Maison du Peuple de Victor Horta , 2017 ) ? Où son écriture allait-elle la mener ? Elle qui n’œuvre jamais dans la compétition, le calcul, le bruit et la fureur du temps présent n’a pas surenchéri ; elle est revenue à nu, sans documentation, au départ ; elle a retrouvé son fidèle regard, l’a ouvert sur l’alentour, le pas très loin ; elle est retournée vers ces vies minuscules à qui elle a toujours accordé une place de choix dans ses livres, vers les plus minuscules des minuscules, ces/ses oiseaux qu’elle aime tant. Ces oiseaux qui s’avèrent, aussi, une épreuve pour son écriture. Lire aussi : Nicole Malinconi, brève histoire d’une écriture (C.I. n° 197) ***Je ne devrais peut-être pas, cela pourrait sembler simpliste, et pourtant je me l’autorise. À rapprocher Nicole Malinconi des oiseaux qu’elle écrit, et dire : Elle n’est pas telle le ramier posé sur le faîte du toit avec sa posture de grand placide, sa «  manière de regarder passer la vie comme qui regarderait le dehors, de sa fenêtre, tranquille  » ; elle est plutôt comme les oiseaux de petit format qui ne prennent pas «  des airs de philosophe  » et sont faits «  pour l’intranquillité  ».*** Intranquille est aussi son écriture. De ne pouvoir dire l’oiseau dans tout son être, son paraitre, son attitude, sa gestuelle, ses déplacements, ses agissements – dans tout son réel (pour employer un mot que l’autrice lie à sa démarche littéraire depuis son premier livre, Hôpital silence ). De devoir rester dans l’à-peu-près ou les balbutiements (les termes sont d’elle). Souvent sa phrase doit se corriger. Doit s’y reprendre à deux fois («  Une pie plonge du haut de l’immeuble. Disons plutôt qu’elle tombe comme une pierre. » [je souligne]) Et encore tout ne sera pas dit pour autant. L’écriture ne dit jamais tout. De cela elle a déjà parlé souvent.***Si intranquille est son écriture que dans un autre de ses livres paru aux Editions de l’Esperluète, Les oiseaux de Messiaen (2005), à peine commençait-elle à écrire les oiseaux qu’elle se laissait entraîner dans une réflexion sur l’écriture et ses contraintes, ses impossibilités. Son essence.***Intranquille et pourtant un calme, une quiétude, une sérénité nous gagnent à la lecture de ce livre sur les oiseaux.***Tout au long de Poids plumes , elle qui regarde les oiseaux plus qu’elle ne les écoute (elle n’est pas Messiaen et son écriture n’est pas musicale), pour se pro nommer – et afin de donner tout l’être aux oiseaux – elle se neutralise, s’efface tant que faire se peut et dit « on ». Comme le rappelle Laurent Demoulin dans son article paru dans le numéro 55 de la revue Textyles , « Nicole Malinconi, le style ou l’écriture ? À propos de De fer et de verre  », le « on » est «  comme une marque stylistique qui colle à la plume de Nicole Malinconi  » et «  s’adapte aux besoins de la cause  ». Dans De fer et de verre , le « on » pouvait être, entre autre, la voix du peuple. Ici, il n’est plus qu’une personne, à peine quelqu’un, qui regarde le peuple des tout petits dans l’immensité du monde brutal.***Nicole Malinconi est particulièrement attentive à la transformation du monde et à ses conséquences. À ce qui disparaît. À ce que cela induit. Pour l’être humain, ailleurs dans son œuvre. Pour les oiseaux, dans ce livre-ci. Comme, par exemple, l’enfouissement des fils électriques qui ne permet plus les rassemblements préparatoires aux grandes migrations.***Dans le cadre de son regard ou de ses souvenirs, les oiseaux sont en colonie ou en solitaire.***Pour illustrer le texte, Kikie Crêvecoeur pose aussi un cadre (au trait noir) à ses dessins (gommes). Des vignettes, on dirait. Parfois les oiseaux y sont en bande, dessinés, parfois ils y sont esseulés. Jacques Dubois parle également de vignette à propos de certaines formes brèves de Nicole Malinconi. «  Même littéraire, une vignette sera du côté de la modestie et de l’impromptu, dût-elle pourtant avoir exigé du travail et mis en œuvre tout un art.  » ***Les oiseaux de Nicole Malinconi ne sont pas sans relation avec l’être humain, même si le plus souvent ils l’ignorent. 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Elle cherche les oiseaux, lesquels lui fourniront la matière première de son prochain livre. Son regard balaye l’horizon, à l’instar de jumelles magiques qui translittéreraient le langage naturel en langage humain. Car c’est bien là son projet, ni plus ni moins : rendre compte de ses observations de la façon la plus juste possible, c’est-à-dire tel que ni le rouge-gorge, ni la mouette ne les renieraient.  Dans Poids plumes , se succèdent des instantanés. Ceux-ci peuvent aussi bien concerner un individu particulier, un groupe d’oiseaux ou une pratique répandue parmi cette espèce. Le vol, le nid, la toilette, le chapardage des restes du marché, autant de scènes familières décrites sous l’œil attentif et amusé de la romancière. Et quand celle-ci replie bagage après de longues heures de guet, c’est pour mieux s’immerger dans ses souvenirs et…