Du feu dans les brindilles


RÉSUMÉ

Elle vient des petites morsures du jour
des dents de lait de l’aube

et de ce qui se saisit d’elle
et la transperce

de l’argile accrochée à ses semelles
de la bouche qui la mord et la boit

de l’air froid qui s’engouffre
sous sa robe de peine

et de la mélancolie couchée là
comme une pauvre fille



NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Aurélien Dony fait partie d’une nouvelle génération de poètes née dans les dernières années du XXe siècle. Une génération accoutumée aux paradoxes d’une modernité qui se cherche entre désirs de silence et torrents de communication. Quelle place pour le poète dans ce chaos du monde ? Dans cette gabegie où « l’algèbre des morts » dicte le plus souvent la loi des hommes ? Reprendre pied, se réapproprier les colères, les rêves et les voix que le bouillonnement du temps broie sous un vacarme volontairement assourdissant. Comme pour mieux brouiller les pistes.Placé sous une dominante rouge comme une terre battue par les vents déglingués et les révoltes écrasées, le recueil dit tout, sans fard, du feu qui sourd sous les brindilles.…


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Tout est loin

Tout est loin  : voilà bien une logistisation, une karellogisterie – un flou entretenu qui a du charme. Car rien n’est plus vrai et rien n’est moins faux quand le sentiment de proximité nous saisit à chaque poème, renversant le titre du recueil, malicieusement. Avec une simplicité d’apparence, Karel Logist sait comment dessiner les contours du trouble en nous rapprochant par le poème des paysages humains.Se saisissant des mots de tous les jours , le poète esquisse ici les malentendus de l’existence. «  Je ne trouverai point / de meilleurs compagnons / pour chanter mes saisons / ou dire mes chagrins  », écrit-il. De fait : Printemps automne hiver été tu souriais sans cesse garçonne de joie dont j’aurai   appris l’urgence de vivre vite comme si la mort pouvait nous frapper demain   et j’aime bien comme tu m’appelles en pleine nuit juste pour me dire pourquoi tu ne nous aimes plus Chaud-froid, froid-chaud, si la poésie de Karel Logist brûle, c’est pour tisonner sans consumer les cœurs qui traversent le temps. Même la mort annoncée, les morsures de l’amour déçu, l’irrécupérable jeunesse ne tuent pas l’insolence du sourire : «  Je veux m’approcher du mystère/les poches pleines de sourires/Six pieds sous terre mais toujours/curieux des promeneurs qui passent (…) Je veux la paix Pas le silence.  » Alors, page après page, il trouve comment l’ ouvrir , ce silence, en modelant octosyllabes, alexandrins, vers et prose, avec cette voix qui dit sans drame la tragicomédie de l’être. On l’écoute en la lisant jusqu’à en devenir un peu bleu.e., inquiet.e de s’y reconnaître et apaisé.e par la présence nue de ses paroles. Il se peut que quelqu’un à qui je le dédie ne lise pas ce poème dans lequel je m’efface au profit du silence. Je salue ce fantôme qui se profile encore dans le reflet durable de ma mémoire en feu et lui demande d’être un jour heureux, un peu. Il y a, entre le poème et le poète, un compagnonnage sans filoutage, un voyeurisme heureux. Le langage jouit de se toucher lui-même, écrit Barthes et peut-être peut-on, de près ou de loin, envisager la poésie de Karel Logist comme un écho sensible des Fragments d’un discours amoureux – au sens où les mots possèdent ici une peau que l’œil forme et caresse, au sens où l’échange semble ininterrompu. Il arrive d’ailleurs qu’ils mutent pour se mettre au service de cette rencontre. Ici l’on connaît par exemple des préoccupassions et il arrive que l’on ait la poitrine ensanglotée . Au fil des territoires intimes, marins, familiers, les foudroiements n’empêchent pas le poète d’ emporter, sur [s]es épaules de papier, le fantôme de l’insouciance . Vivre seul, c’est vouloir, dans la danse des draps, me serrer dans mes bras comme tu le faisais. Vivre seul, c’est ne pas nommer la solitude. Oui et non – la solitude dit son nom dans le texte, inscrite en toutes lettres au creux des poèmes, dans la conversation continue que le poète entretient seul avec sa langue, avec le monde. Oui et non : on n’est jamais à l’abri, quand on rouvre les yeux, d’une nouvelle perspective, d’un demi-démenti: «  On me demande pourquoi / j’aime voyager seul / mais de toute évidence / je ne le suis jamais / Je suis toujours flanqué / de quelqu’un qui s’incruste / en moi depuis longtemps  » . 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