J’ai déjà réussi à te dire tout ça

Une exposition d’Elisa Sartori, prix de la première œuvre en littérature jeunesse

Elisa Sartori | © Jean Poucet – FWB

Elisa Sartori est la lauréate 2021 du prix de la première œuvre en littérature jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son livre, Je connais peu de mots. Ce prix, doté de 5000 euros, récompense chaque année un ou une jeune artiste pour une première publication dans le domaine de la littérature jeunesse. L’objectif de cette récompense est double. Elle permet dans un premier temps de faire découvrir un auteur ou une autrice en attirant l’attention des professionnels et du grand public sur un travail de qualité. Elle soutient dans un second temps un jeune créateur ou une jeune créatrice qui débute une carrière littéraire.

 

Une exposition itinérante

Depuis plusieurs années, le prix s’accompagne d’une exposition afin de soutenir les artistes primés. Cette exposition peut être empruntée gratuitement pendant trois ans par les écoles, les centres culturels, les bibliothèques ou par d’autres associations œuvrant dans le champ de la culture ou de l’alphabétisation[1]. D’autres expositions, comme celle de Sandra Edinger[2] (lauréate 2020 du prix de la première œuvre) ou celle de Gaya Wisniewski[3] (lauréate 2019 de ce même prix) sont par ailleurs toujours disponibles en prêt. L’exposition mise en place par Elisa Sartori s’appelle J’ai déjà réussi à te dire tout ça et est basée sur son livre Je connais peu de mots. Rien que par le choix de ces deux titres, celui du livre et celui de l’exposition, l’autrice invite le public à se questionner sur ce que représente l’appropriation d’une langue étrangère, plus encore en milieu inconnu.

Vue de l’exposition J’ai déjà réussi à te dire tout ça | © Jean Poucet – FWB

« Je connais peu de mots » : un leporello

Je connais peu de mots est un livre multi public qui peut aussi bien toucher les enfants que les adultes. Je connais peu de mots exprime le bonheur et la satisfaction qu’il peut y avoir à s’immerger dans une nouvelle langue mais dévoile aussi la frustration liée aux difficultés que rencontre l’apprenant qui tente de maitriser une autre langue que la sienne. Le propos du livre s’articule autour d’une analogie entre deux apprentissages à première vue différents mais tellement semblables aux yeux d’Elisa Sartori : apprendre une langue et apprendre à nager. Dans les deux cas, il s’agit de s’immerger complètement et d’acquérir une certaine grâce, ou du moins d’être à l’aise dans nos mouvements. Mouvements illustrés dans ce leporello par une femme dessinée en bleu entrant et sortant de l’eau au fur et à mesure de la lecture. Le technique particulière de pliage utilisée pour ce livre a permis à Elisa Sartori d’exploiter les deux faces de ce leporello également appelé livre-accordéon. L’ouvrage se distingue par le minimalisme des illustrations, le choix d’une thématique sensible et originale mais aussi par la qualité de la réalisation de l’objet-livre. Tous ces éléments ont, lors des délibérations, suscité l’enthousiasme du jury chargé d’attribuer le prix de la première œuvre en littérature jeunesse.

 

L’origine du projet

C’est au cours de ses années à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles qu’Elisa Sartori a commencé à écrire Je connais peu de mots. Le livre s’est d’abord construit petit à petit grâce aux conseils de ses différents professeurs. À ce stade, il n’était, d’après les mots de l’autrice, « qu’une poésie (volontairement) remplie d’erreurs ».

Avec le temps, Elisa Sartori a acquis de nouvelles compétences et le projet initial s’est développé et a évolué vers une autre forme. Les illustrations sont le fruit d’une collaboration avec une danseuse, Bianca Zueneli. Elisa Sartori a pris des photos de Bianca Zueneli pour les utiliser comme modèle afin de créer ses illustrations. Il ne s’agit pas d’une reproduction fidèle : l’autrice travaille à partir de photos mais modifie le corps de la danseuse pour arriver à plus d’expressivité, comme dans les illustrations du livre.

Le texte tel que publié dans le livre a été écrit d’abord en italien. Elisa Sartori s’est fait accompagner par une traductrice, Anne Brunet. C’est grâce aux échanges avec celle-ci mais aussi avec son éditrice, Odile Flament, que le texte a pris sa forme définitive en français.

Je connais peu de mots est publié en 2020 aux éditions CotCotCot. De nombreuses critiques littéraires positives ont suivi sa parution. En novembre 2021, Elisa Sartori a reçu le prix de la première œuvre en littérature jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les mois qui ont suivi cette remise de prix ont rimé pour l’autrice avec travail, excitation et collaboration afin d’aboutir à la mise en place de l’exposition J’ai déjà réussi à te dire tout ça.

 

« L’exposition parle du livre mais sans pour autant le faire à cent pour cent » 

L’exposition a été pensée et installée afin de répondre à un double objectif : mettre en avant les thèmes du livre et rendre leur médiation possible via des canaux et des mots différents que ceux présents dans l’ouvrage. C’est par des illustrations, des photos, des textes ainsi qu’une création audio qu’Elisa Sartori nous permet de nous imprégner de l’expérience de l’apprentissage d’une langue étrangère.

L’exposition est mise en place de sorte que l’on comprenne les différentes étapes de cet apprentissage. Elle repose sur un fil rouge, celui de la migration. Tout cela en 4 escales !

Vue de l’exposition J’ai déjà réussi à te dire tout ça | © Jean Poucet – FWB

Tout d’abord, une suite de 8 sérigraphies réalisées sur des documents authentiques liés au parcours d’Élisa Sartori (billet d’avion, lettre de sa maman…) accueille les visiteurs et montre la réalité à laquelle doit faire face la personne qui arrive dans un nouveau pays. Dans l’espace de l’exposition, on trouve quatre panneaux sur lesquels sont reproduites des silhouettes féminines bleues à taille humaine qui rappellent celles du livre et illustrent le voyage et l’arrivée dans un pays étranger. Trois portraits réalisés par Elisa Sartori décrivent le sentiment d’immersion lié à l’appropriation des codes nécessaires à une intégration réussie. Enfin, l’exposition se termine par une création audio. C’est une lecture par Elisa Sartori du premier jet de son livre, le texte poétique initial.

Vue de l’exposition J’ai déjà réussi à te dire tout ça | © Jean Poucet – FWB

En ajoutant de la narration à son exposition, Elisa Sartori a rendu celle-ci ludique, attrayante et accessible au tout public. La visite est de plus facilitée par un cahier créatif du visiteur[4] qui s’adresse aux plus jeunes mais aussi aux apprenants et apprenantes moins à l’aise avec la langue française.

L’autrice vogue déjà vers d’autres projets

Elisa Sartori a déjà plusieurs projets en cours pour les mois et les années qui viennent. Elle travaille notamment sur une plaquette qui sera publiée dans le cadre de la Fureur de lire, en octobre 2022. L’autrice collabore également avec Dina Melnikova sur un projet de roman graphique prévu pour 2024. On l’aura compris, le parcours d’autrice d’Elisa Sartori ne fait que commencer !


Notes :

[1] Les informations concernant le prêt de l’exposition J’ai déjà réussi à te dire tout ça  et son calendrier de circulation sont disponibles sur le site Littérature de jeunesse
[2] Les informations concernant l’exposition Revers de Sandra Edinger sont disponibles sur le site Littérature de jeunesse
[3] Les informations concernant l’exposition Un thé avec Gaya de Gaya Wisnieski sont disponibles le site Littérature de jeunesse
[4] Le cahier créatif est disponible en téléchargement gratuit 


© Emilie Casano pour Objectif plumes, 2022

En savoir + sur l'autrice :

Elisa Sartori

Née le 3 février 1990 à Cremona, Italie Baccalauréat académique de premier niveau en Décoration, Académie des Beaux-Arts, Venise, Italie Master en Arts plastiques, visuels et de l'espace à finalité didactique -…

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