Grand concours de nouvelles 2020 : Les résultats

Le Service général des Lettres et du Livre organise chaque année un concours de nouvelles réservé à des personnes, belges ou résidant en Belgique, qui n’ont jamais été publiées à compte d’éditeur. Pour l’édition 2019-2020, le thème retenu était « À basse température ».

Une remise des prix à distance

Crise sanitaire oblige, l’habituelle remise des prix n’a pas pu avoir lieu. Les résultats ont donc été proclamés en direct sur la page facebook d’Objectif plumes le vendredi 27 novembre à 20h. Les comédiennes Sarah Brahy et Naïma Triboulet ont lu le palmarès et les avis du jury sur les nouvelles primées.

Le palmarès

Les extraits audio des nouvelles qui se trouvent ci-dessous ont été sélectionnés et lus par Sarah Brahy. Ces capsules sonores ont été enregistrées au Studio 5 par Johann Spitz.

– Les nouvelles distinguées :

La cave aux rats d’Amélie Dewez

Une réunion de famille où les âmes non endurcies, encore fraiches et naïves,  celles qui ont gardé leur duvet de poussin, sont amenées à périr, dévorées par les rats.

L’avis du jury : Une nouvelle sombre et violente, avec un style marquant, pointilliste. Le récit est construit dans l’alternance des points de vue entre le monde adulte et celui des enfants. Cette construction évite avec dextérité la caricature et élabore une montée en puissance de la tension jusqu’à une fin implacable et entêtante.

 

Une promesse à basse température de Nicolas Dubois

S’occuper d’une paroisse locale, vouloir devenir mère, passer par la fécondation artificielle pour y parvenir…. D’accord. Mais exiger que l‘enfant soit de Barack Obama, n’est-ce pas un peu trop en demander ?

L’avis du jury : La nouvelle propose un point de vue caricatural assumé avec comme toile de fond la congélation de spermatozoïdes. Elle débouche sur des situations drôles et loufoques où on échange sans ciller une Porsche contre un enfant. Une nouvelle qui utilise des éléments de la société américaine : réussite, rapport au corps et au poids, communautés, famille, religion, sans oublier Barack Obama, en version statuette ou en mode patrimoine génétique congelé.

 

Frigobox de Pol de Groeve

Dans un monde soumis à différentes épidémies aux symptômes parfois burlesques, mais aux conséquences souvent néfastes, il est judicieux si on a le sens des affaires,  de fournir à certains malades la possibilité de se refaire une santé en toute discrétion.

L’avis du jury : Une nouvelle qui ne manque pas de cynisme, d’humour et d’imagination. L’insertion d’extraits de « reportages » et le changement de style donnent du rythme au texte. Nouvelle qui propose de  belles et créatives descriptions de maladies, de folies épidémiologiques comme l’hannibalis lectorosa dite aussi la fringale. Le récit offre un kaléidoscope bien senti de notre monde, de ses zones géographiques, de ses situations politiques et s’achève sur  une chute jubilatoire.

 

Les canards ne volent pas en hiver de Nicolas Istiry

Un jeune homme visite un parent en maison de repos. Ils se retrouvent régulièrement au bord d’un étang. Les cigarettes consumées, les propos nés de l’observation des canards ont la saveur des vérités profondes extraites des volutes de froid et de fumée.

L’avis du jury : Une nouvelle où deux personnages, l’un jeune, l’autre âgé se retrouvent quotidiennement autour d’un étang. Une nouvelle d’atmosphère, de tendresse et de mélancolie avec une écriture qui fait mouche à l’image de ces interrogations «Tout finit donc ainsi recouvert ? Sous la neige ou sous la terre ? ».

 

L’étang change de Marie-Marie van der Rest

Une maison de famille à vider et les souvenirs d’enfance qui remontent à la surface à la vue de l’étang de la propriété. Ou seraient-ce les profondeurs glacées de l’étang qui s’emparent de la narratrice pour lui  délivrer un message ?

L’avis du jury : Récit teinté d’un imaginaire puissant avec le passage de la narratrice vers un monde froid, humide et sous-terrain. Une nouvelle qui oscille entre le sérieux de préoccupations écologiques, la disparition d’univers à l’âge adulte, et une certaine forme d’humour qui vient brouiller les pistes avec efficacité.

 

Un jour les pingouins domineront le monde de Manu De Wit

Prenez deux baigneurs qui veulent échapper à la canicule dans le frais de la mer et qui se retrouvent pris dans la glace, suite à un brutal refroidissement climatique et transformés partiellement en pingouins. Vous avez le début d’une nouvelle qui met à sac bon nombre de principes.

L’avis du jury : Une réinvention d’Adam et Eve  élaborée avec beaucoup d’humour et de manière totalement libérée. La nouvelle fait passer le lecteur sans vergogne d’Ostende à l’espace, de la canicule au polaire,  et défiler des corps  de pingouins avec des têtes humaines, mais aussi des corps humains avec des têtes de pingouin. Pourquoi se priver ? Une nouvelle créative, burlesque et drôle.

 

 

– Les nouvelles primées :
C’est quelque chose qui se répand de Pierre-Yves Bolus

Un monologue, porté par la voix d’un narrateur vieillissant pour décrire avec précision son rapport à la nature, aux animaux, à la terre, aux rochers et aux rivières.

L’avis du jury : La personnalité du narrateur se reflète dans la langue et le rythme des phrases. La nouvelle dégage une sensation de vie âpre, de récriminations, mais aussi de vrais éclats de poésie. Une superbe écriture, érudite, mais sans condescendance. Un style oral et rugueux, tenu de bout en bout. La nouvelle déploie des tonalités naturalistes, écologiques face à la disparition de mondes et de générations dont l’absence laisse une sensation de froidure.

Pierre-Yves Bolus reçoit un prix de 200 €

 

Tuez-moi si vous voulez d’Élodie Hemberg

Un narrateur en fuite, en quête de liberté et  d’espaces infinis avec à ses trousses le passé, la société, les dettes à payer.

L’avis du jury : Ce monologue d’un homme qui connaît l’univers carcéral est intense. Le regard posé sur la société américaine et sur la vie se teinte d’une ironie qui fait mouche.  Une nouvelle philosophique, politique et poétique habilement construite entre espaces clos et infinis, contrainte et liberté, société et individualité.

Tuez-moi si vous voulez obtient la mention de la RTBF et sera mise en ondes dans l’émission de Pascale Tison « Par ouïe-dire ».

Elodie Hemberg reçoit un outre un prix de 200 €

 

Paradis blanc de François Focant Le Mercœur

Un voyage presque silencieux, juste le bruit de pas et le glissement d’un traineau sur la neige dont le chargement se confond avec le poids d’une relation qu’il faudra abandonner sur la banquise.

Avis du jury : Le style juste et  fluide de cette nouvelle rend parfaitement le mélange de sentiments contradictoires chez le narrateur. Il crée une tension dans le texte et une attente chez le lecteur, qui découvre, peu à peu, le sens de ce voyage pour un abandon annoncé sur une banquise. Le final de la nouvelle est d’une belle émotion qui laisse au  lecteur une vision blanche, une sensation de calme et un picotement de froid à l’âme.

François Focant Le Mercœur  reçoit un prix de 200 €.

 

Danse près du buffet de Nathalie Jacques et de Xavier De Man

Une nouvelle construite comme un repas gastronomique servi selon trois points de vue. Un homme, une femme, soit les deux voix d’un couple qui bat de l’aile et une maitresse. Dans ce trio, chaque protagoniste veut se débarrasser au minimum de l’un des deux autres, mais qui parviendra à ses fins/faims ?

L’avis du jury : Cette nouvelle savamment élaborée se décline comme un menu gastronomique avec un découpage des scènes parfaitement approprié. Une forme et un fond qui entrainent le lecteur dans des zones sombres de jalousie, de passions, de rapports à la nourriture. Une nouvelle originale et audacieuse, offrant trois points de vues et de multiples hypothèses, qui ne contraignent pas le lecteur à choisir entre l’entrée ou le dessert, entre la douceur ou l’amertume. Mais le maintiennent en appétit, dans une multitude de sensations et d’interprétations possibles.

La nouvelle de Xavier De Man et Nathalie Jacques reçoit le Grand Prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Les auteurs se voient attribuer un prix de 1.000 € à partager.

 

Le recueil 

Edité à 800 exemplaires, le recueil peut être commandé gratuitement par mail à concoursdenouvelles@cfwb.be

Consulter le recueil de nouvelles en PDF 

 

Prochaine édition du concours

Le thème de la prochaine édition est « Propriété privée ». Les textes sont attendus pour le 14 décembre 2020.

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