Poudrière et autres poèmes


RÉSUMÉ

Avant-lire de René de Ceccatty
Textes réunis par Gérald PurnelleÀ propos du livre

Il y a chez Jacques Izoard, comme chez Du Bellay, Apollinaire et Max Jacob, une tendance irrépressible à la facétie accompagnant même le désir et l’amour. De cette tendance, naît chez le lecteur la conviction qu’il est convoqué dans un jeu, dans…


À PROPOS DE L'AUTEUR
Jacques Izoard
Auteur de Poudrière et autres poèmes
Écrire, susciter des lectures publiques, éveiller des vocations, voilà quelques-unes des actions permanentes de l’auteur, régent littéraire, né à Liège en 1936 et qui a publié une trentaine de recueils et de plaquettes de poèmes depuis 1962. Il a rencontré notamment Breton, Supervielle, Soupault … et a été l’animateur pendant sept ans des cahiers poétiques Odradek.

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Extraction de la peur

Tout au long des cinq parties qui composent son dernier recueil, Véronique Daine se garde bien de reprendre son souffle. Ici, aucun signe de ponctuation permettant au lecteur de lever la tête. L’écriture cursive, parfois acérée, coule et se déverse telle une fugue de Bach jouée en staccato. Un débit verbal qui irrigue, comme le flux sanguin, tous les recoins du corps. C’est que les mots de l’auteure s’infiltrent justement dans ces zones d’ombre pour traquer nos angoisses les plus profondes. Celles tapies dans les replis d’une chair flétrie ou dans la pénombre d’une (veine) cave. Ces peurs viscérales qui nous rappellent que les tripes sont bien logées au cœur du ventre, quand la boule d’angoisse fait chavirer l’âme. Allitérative, métaphorique, souvent hallucinée, la langue est percutante, dit le monde et les êtres tels qu’ils sont, c’est-à-dire souvent terrifiants. Les images dès lors s’entrechoquent, font craquer le reste de vernis lyrique auquel on pensait pouvoir se raccrocher.   deux nuits de petite pluie pour emporter le merveilleux grand bel été sans fin d’une vie dans les zones     du corps sans exception deux pluies de petite nuit pour que la nigredo le règne nègre le craillement     aigre s’installe à cran d’arrêt dans le cloud des jardins cois deux nuits deux pluies petites petites petites  pour la peur prospère paradant comme toujours depuis l’os ancien accepté jusqu’à la veine cave et   retour à l’iliaque sans y croire plus que ça Consciente que le poème habite ce monde, Véronique Daine ne perd pas de vue la réalité qui s’offre nue au langage et que celui-ci se doit en quelque sorte de faire rendre gorge. Faits divers sordides par exemple que l’auteure épingle pour questionner, interpeller notre sournoise attirance vers la faille que le quotidien ne cesse de dévoiler. On le sait, l’histoire, la petite comme la grande, n’est pas avare de ces entreprises de dévastation des corps, corps brisés, anéantis par l’autre ou simplement par soi-même.Si le constat lucide semble plutôt sombre, une lueur subsiste néanmoins qui est peut-être à chercher dans l’acte créateur, dans sa capacité à renouveler sans cesse le questionnement métaphysique. Témoins les notes qu’égraine, en fin de volume, l’auteure renvoyant à ces références culturelles qui balisent le texte comme autant de moments d’échappement. Ce sont peut-être celles-là, un extrait de Bach, une image du film Tango libre de Frédéric Fonteyne, un poème de Darwich chanté par Bashung, qui remplacent en quelque sorte la ponctuation manquante – virgules d’espoir – et qui permettront à terme d’extirper du corps, cette peur ancestrale, cette arythmie séculaire. Quant aux peintures à l’encre ou à l’huile d’Alain Dulac qui épousent à merveille le texte, elles agissent comme les traits d’union entre les différentes parties du livre.Récitatif contre la peur, le recueil de Véronique Daine se lit d’une traite car pour devancer la peur aux trousses, il est préférable de ne pas s’arrêter! Rony DEMAESENEER…

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