On a tous un ami noir : Pour en finir avec les polémiques stériles sur les migrations


RÉSUMÉ

Pas une semaine ne s’écoule sans qu’éclate une nouvelle polémique sur les migrations : violences policières, voile dans l’espace public, discriminations, quotas, frontières… Les débats sur ces sujets sont devenus tendus, polarisés et passionnels, tandis que la parole raciste s’est libérée, relayée avec force par des activistes identitaires. Collectivement, on a accepté de penser les migrations à partir des questions posées par l’extrême-droite, en utilisant même son vocabulaire. Quant à nous, chercheurs, nous nous sommes souvent retrouvés réduits à devoir débusquer rumeurs et mensonges, qu’il s’agisse de dénoncer le mythe de l’appel d’air ou du grand remplacement.
Nos sociétés resteront malades de ces questions tant qu’elles continueront à les envisager sous l’unique prisme des idéologies. C’est toute l’ambition de ce livre  : montrer qu’il est possible de penser ces sujets de manière rationnelle et apaisée, en les éclairant de réflexions et de faits qui sont bien trop souvent absents des débats. En montrant, par exemple, que les passeurs sont les premiers bénéficiaires de la fermeture des frontières. Ou que la migration représente un investissement considérable pour ceux qui partent, alors qu’ils se retrouvent souvent décrits comme la «  misère du monde  ».
Les questions d’identité collective doivent être des enjeux qui nous rassemblent, plutôt que des clivages qui nous opposent. À condition de reconnaître et d’affronter les problèmes structurels de racisme dans nos sociétés. Après tout, on a tous un ami noir.


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Spécialiste du climat et des migrations, qu’il enseigne à l’université, François Gemenne consacre son dernier livre On a tous un ami noir à démonter les idées reçues et autres « polémiques stériles » sur les migrations. Le titre est un pied-de-nez à l’« ami noir », brandi comme preuve de leur ouverture d’esprit par tous ceux qui réclament que les étrangers rentrent chez eux. Derrière ce titre légèrement provocateur, la démonstration est solide, documentée, mais aussi accessible.François Gemenne part d’un constat. S’agissant de l’immigration, le débat se résume souvent à une opposition entre le camp des « pour » et celui des « contre » – une opposition qui aujourd’hui, recoupe…


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On a tous un ami noir : Pour en finir avec les polémiques stériles sur les migrations

Spécialiste du climat et des migrations, qu’il enseigne à l’université, François Gemenne consacre son dernier livre On a tous un ami noir à démonter les idées reçues et autres «  polémiques stériles » sur les migrations. Le titre est un pied-de-nez à l’« ami noir », brandi comme preuve de leur ouverture d’esprit par tous ceux qui réclament que les étrangers rentrent chez eux . Derrière ce titre légèrement provocateur, la démonstration est solide, documentée, mais aussi accessible. François Gemenne part d’un constat. S’agissant de l’immigration, le débat se résume souvent à une opposition entre le camp des « pour » et celui des « contre » – une opposition qui aujourd’hui, recoupe souvent le clivage entre la gauche et la droite. Penser les migrations en ces termes revient, selon le chercheur, à légitimer le point de vue de l’extrême-droite. C’est elle qui, la première, a présenté l’immigration comme un phénomène à combattre, car il appauvrirait le pays d’accueil. Voulant réfuter les thèses extrémistes, les autres sensibilités politiques ont réagi par l’examen des couts et avantages de l’accueil des étrangers et la mise en exergue tantôt des premiers, tantôt des seconds, au gré des idéologies voire des opportunités du moment. Pourtant, insiste François Gemenne, il n’y a pas lieu de poser la question des migrations en ces termes : elles sont un fait, aujourd’hui comme hier. Les politiques de contrôle et d’expulsion les plus dures, destinées à juguler les phénomènes migratoires, ont toujours eu pour effet d’augmenter la clandestinité, non d’arrêter l’aspiration à gagner des horizons plus cléments.Ce n’est pas la seule idée préconçue à laquelle On a tous un ami noir tord le cou. François Gemenne montre aussi que les pays occidentaux prospères ne sont pas les destinations les plus recherchées par les migrants venus de zones de conflits ou de pays pauvres : la plupart des mouvements se font à l’intérieur d’un même pays, ou vers un pays voisin. De même, dans l’imaginaire collectif, l’immigration est souvent associée à « toute la misère du monde », selon la fameuse formule de Michel Rocard. Faux, là encore, explique l’auteur : pour décider de partir, de tout quitter, il faut être dans une situation devenue intolérable, mais parmi ceux qui expérimentent cette détresse extrême, seules les personnes qui ont des moyens financiers certains peuvent franchir le pas et tenter de rejoindre un ailleurs : La plupart du temps, ce n’est pas l’incitation à émigrer qui fait défaut, mais le manque de moyens : la migration reste une chimère inaccessible. Un constat qui jette un jour cru sur l’actualité de notre Europe confinée : La crise du coronavirus a aussi été le témoin d’un exode massif […] à l’intérieur des pays confinés. En Europe, on se souviendra de ces scènes où les trains étaient pris d’assaut, que ce soit à la gare de Milan ou à la gare Montparnasse, la veille des restrictions de circulation. Paris a ainsi perdu plus de 10% de ses habitants – l’île de Ré, quant à elle, a vu sa population augmenter de 30 %. Et sans doute, parmi ceux-là qui cherchaient refuge dans une résidence secondaire, s’en trouvait-il certains qui n’avaient pas compris pourquoi les réfugiés syriens ne restaient pas dans leur pays à affronter Bachar el-Assad ou Daech. Loin de tout angélisme, On a tous un ami noir présente des faits, des chiffres. Détricotant les lieux communs et pseudo-savoirs, le livre est aussi un appel aux gouvernements, pour qu’ils élaborent, enfin, une politique migratoire digne de ce nom. Nausicaa Dewez On a tous un ami noir est l’un des treize livres en lice pour le prix Paris-Liège .Pas une semaine ne s’écoule sans qu’éclate une nouvelle polémique sur les migrations : violences policières, voile dans l’espace public, discriminations, quotas, frontières… Les débats sur ces sujets sont devenus tendus, polarisés et passionnels, tandis que la parole raciste s’est libérée, relayée avec force par des activistes identitaires. Collectivement, on a accepté de penser les migrations à partir des questions posées par l’extrême-droite, en utilisant même son vocabulaire. Quant à nous, chercheurs, nous nous sommes souvent retrouvés réduits à devoir débusquer rumeurs et mensonges, qu’il s’agisse de dénoncer le mythe de l’appel d’air ou du grand remplacement. Nos sociétés resteront malades de ces questions tant qu’elles continueront à les envisager sous l’unique prisme des idéologies. C’est toute l’ambition de ce livre  : montrer qu’il est possible de penser ces sujets de manière rationnelle et apaisée, en les éclairant de réflexions et de faits qui sont bien trop souvent absents des débats. En montrant, par exemple, que les passeurs sont les premiers bénéficiaires de la fermeture des frontières. Ou que la migration représente un investissement considérable pour ceux qui partent, alors qu’ils se retrouvent souvent décrits comme la «  misère du monde  ». Les questions d’identité collective doivent être des enjeux qui nous rassemblent, plutôt que des clivages qui nous opposent. À condition de reconnaître et d’affronter les problèmes structurels…