Louis-Ferdinand Céline : L'abominable homme des lettres (L'Article n°38)


RÉSUMÉ

A-t-il demandé la permission aux dieux des Enfers ? A-t-il reçu la seconde vue que la Mort offre parfois aux vivants ? Toujours est-il que François-Xavier Lavenne n’a pas craint de partir à la recherche de « l’abominable homme des lettres », d’étudier son environnement, de retracer son histoire – surtout celle de ses écrits…

Ces deux dernières années ont chamboulé les conceptions des spécialistes de Céline. La première trilogie en apparence simple, s’est dédoublée. Et je ne suis pas étonné de voir que Le Voyage au bout de la nuit qui cherchait tant à échapper à l’opacité de l’existence par le langage ait amené son auteur sur les rives de l’épopée légendaire, destination idéale de ceux qui veulent gorger les mots de vie.

François-Xavier Lavenne ne craint pas d’aborder frontalement le monstre dans la pièce, l’antisémitisme viscéral de Céline. Il défend une analyse globale des écrits de Céline, étendue à ses pamphlets. Les clients des librairies observent souvent avec curiosité les deux images de Céline « entre duo et duel » sur les deux coffrets de la Pléiade : un jeune homme en tenue d’officier militaire à l’ancienne et un vieil homme, décharné, le cheveu dégoulineux plaqué sur le front. Loin des légendes, cette transformation suggère les romans horrifiques, convoque l’imaginaire fantastique, pour ne pas dire vampirique. À l’écoute des récits sombres de la fin de la vie de Céline, ces visions horribles nous hantent…

De ce parcours anthropologique de l’abominable écrivain, transparaît le propre de la condition humaine : le temps de l’écriture dépassé par les événements, par la vitesse de l’histoire ; l’homme qui ne cesse de se retrouver et de s’écarter de lui-même, qui aspire à retrouver son or et qui crache sur sa cupidité. Un être terrible, surtout si c’est un écrivain…


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