A-t-il demandé la permission aux dieux des Enfers ? A-t-il reçu la seconde vue que la Mort offre parfois aux vivants ? Toujours est-il que François-Xavier Lavenne n’a pas craint de partir à la recherche de « l’abominable homme des lettres », d’étudier son environnement, de retracer son histoire – surtout celle de ses écrits…
Ces deux dernières années ont chamboulé les conceptions des spécialistes de Céline. La première trilogie en apparence simple, s’est dédoublée. Et je ne suis pas étonné de voir que Le Voyage au bout de la nuit qui cherchait tant à échapper à l’opacité de l’existence par le langage ait amené son auteur sur les rives de l’épopée légendaire, destination idéale de ceux qui veulent gorger les mots de vie.
François-Xavier Lavenne ne craint pas d’aborder frontalement le monstre dans la pièce, l’antisémitisme viscéral de Céline. Il défend une analyse globale des écrits de Céline, étendue à ses pamphlets. Les clients des librairies observent souvent avec curiosité les deux images de Céline « entre duo et duel » sur les deux coffrets de la Pléiade : un jeune homme en tenue d’officier militaire à l’ancienne et un vieil homme, décharné, le cheveu dégoulineux plaqué sur le front. Loin des légendes, cette transformation suggère les romans horrifiques, convoque l’imaginaire fantastique, pour ne pas dire vampirique. À l’écoute des récits sombres de la fin de la vie de Céline, ces visions horribles nous hantent…
De ce parcours anthropologique de l’abominable écrivain, transparaît le propre de la condition humaine : le temps de l’écriture dépassé par les événements, par la vitesse de l’histoire ; l’homme qui ne cesse de se retrouver et de s’écarter de lui-même, qui aspire à retrouver son or et qui crache sur sa cupidité. Un être terrible, surtout si c’est un écrivain…
Vienne, 1907. Le peintre Gustav Klimt rend visite aux époux Bloch-Bauer. Ferdinand demande alors à Gustav de réaliser le portrait de sa femme, Adèle ; requête entraînant un flashback. Six ans auparavant, alors que Klimt essuyait des critiques acerbes au sujet de son œuvre La Médecine , il a rencontré ce couple, admirateur de son génie et dont la femme l’a prié de lui ouvrir les portes de son atelier. Au même moment, l’artiste recevait en rêve l’inspiration pour son prochain tableau. C’est par ce prisme que l’on entre dans l’univers de l’artiste : son atelier, ses modèles, sa mère, sa compagne, Émilie, mais aussi ses rêves, ses angoisses, ses sources d’inspiration en somme. L’histoire narrée en bande dessinée par Cornette et Marc-Renier est une tranche de vie, prétexte à l’évocation du peintre, de son style, de son époque et de l’avant-gardisme dont il y faisait preuve. L’idée est en effet plus de mettre en avant ses particularités que de réaliser sa biographie. Le récit est assez simple et aurait peu d’intérêt sans l’aspect « inspiré de faits réels », mais n’en est pas moins cohérent et bien rythmé.Les dessins sont soigneusement détaillés. Le rendu est classique, avec un crayonné assez fort accentuant les sujets principaux. Les travaux de Klimt évoqués sont réinterprétés plutôt que cités et le résultat est réussi et efficace : le redesign des œuvres permet une intégration fluide dans les cases tout en invitant à les découvrir sous un angle neuf.Le récit principal est suivi d’un court cahier didactique sur Gustav Klimt. Il complète la bande dessinée en développant quelques sujets qu’elle évoque. On y voit notamment des reproductions des œuvres évoquées dans l’album. Ainsi, le lecteur a à portée de main de quoi satisfaire sa curiosité, titillée par l’histoire racontée en images et phylactères.La bande dessinée Klimt est une introduction sympathique à l’œuvre de l’artiste. Les connaisseurs n’apprendront probablement pas grand-chose, là où les néophytes apprécieront l’accessibilité du propos et les informations proposées en fin d’ouvrage. Les visuels soignés plairont aux amateurs de bande dessinée traditionnelle, alors que l’histoire…