Le Mariage de Dominique Hardenne




À PROPOS DE L'AUTEUR
Vincent Engel
Auteur de Le Mariage de Dominique Hardenne
Vincent Engel a d’abord publié sous le pseudonyme de Baptiste Morgan. Il cumule plusieurs vies : professeur de littérature contemporaine, il est aussi romancier, dramaturge, scénariste, essayiste, critique littéraire et chroniqueur. Le fascisme dans toutes ses représentations fait partie de ses sujets de prédilection.

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Bruges-la-Morte

Le 28 juin 1892, Stéphane Mallarmé s’empare de sa plume la plus leste pour ciseler un compliment à Georges Rodenbach  : Votre histoire humaine si savante par instants s’évapore ; et la cité en tant que le fantôme élargi continue, ou reprend conscience aux personnages, cela avec une certitude subtile qui instaure un très pur effet. Si délicieusement absconses que demeurent ces lignes, l’on y aura sans peine identifié les allusions à Bruges-la-Morte . C’est que le poète aura su ramasser les traits les plus saillants de cet incontournable de nos Lettres : l’évanescence de l’atmosphère qui règne à chaque chapitre, la contagieuse spectralité de son décor médiéval immuable, enfin les résonances qu’il ne manque pas d’éveiller dans la sensibilité des lecteurs qui le redécouvrent ou, ô extase, de ceux qui l’ouvrent pour la première fois. Proposer comme le fait aujourd’hui la collection patrimoniale Espace Nord une édition définitive de ce livre culte, « méconnu parce que trop connu » selon l’expression de Paul Gorceix, est une entreprise d’utilité publique. Car, si son auteur était presque devenu parisien d’adoption à force de fréquenter les Mirbeau, Goncourt et autres Villiers de l’Isle-Adam, Bruges-la-Morte n’est pas seulement le plus français de romans belges fin de siècle ; c’est surtout un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, où style et fantasme se fécondent mutuellement. En fait, investir l’univers brumeux et appesanti de ce roman constitue moins une expérience littéraire que matérielle. La langue déployée par Rodenbach n’est ni baroquisante ni sauvagement charnelle, mais par la richesse poétique et l’art consommé des correspondances qui y sont en jeu, elle s’éprouve davantage comme une étoffe rare, un parfum capiteux, un cru millésimé, une musique empreinte de mystère – que comme un texte se maintenant à ras de page.Un critique qui « spoilerait » Bruges-la-Morte est juste bon à faire rafraîchir dans le premier canal flamand venu. Il importe de laisser intacts aux profanes l’abord de la destinée tourmentée d’Hugues Viane, ténébreux, veuf, inconsolé ; ses errances dans les rues d’une Venise du Nord où le temps s’est comme figé ; le délire qui le possède et les superpositions troubles qu’opère son esprit entre le visage de la Morte et celui de la Vivante ; le crescendo de sa tragédie qui ne débouche sur aucun dénouement, que du contraire…Mais les connaisseurs, qui en possèdent sans doute quelque exemplaire écorné datant de leurs Romanes, ne manqueront pas d’acquérir aussi cette édition augmentée d’une anthologie de textes évoquant Bruges et, surtout, d’une postface tirée au cordeau. Le spécialiste à solliciter était tout trouvé en la personne de Christian Berg. En trente-cinq pages, voici Bruges-la-Morte et son auteur situés dans leur contexte, les thèmes binaires (la vivante/la morte, l’homme/la ville, la copie/le modèle, etc.) éclairés en leurs réciprocités comme en leurs divergences, et le style enfin, ce style d’orfèvre, soupesé avec délicatesse et posé sous la loupe d’un critique qui préfère regarder les gemmes en joaillier, pas en minéralogiste.L’étude de Berg constitue un maître-étalon en matière d’approche d’un texte aussi singulier, qui reste néanmoins symptomatique de son époque. Plutôt que de s’attarder sur l’épineuse question du genre auquel appartient l’œuvre (et qu’il résout avec justesse en la situant « entre le roman psychologique, la nouvelle fantastique et le poème en prose »), l’exégète préfère se concentrer sur le pivot rhétorique qui en assure la cohésion, à savoir l’analogie. La brillante analyse qu’il livre de l’omniprésente dialectique entre ressemblance et nouveauté s’articule à celle de la chronologie itérative à laquelle obéit l’histoire ainsi qu’à la topographie littéraire où s’ancre le récit. Tout en affiliant Rodenbach aux crépusculaires que furent Barrès, D’Annunzio, Rilke, Zweig ou Mauclair, Berg rappelle en effet à quel point « les villes mortes ou mourantes menacées par l’eau noire, les palais abandonnés environnés de plans d’eau stagnante, les petites cités de province prostrées dans le silence ou l’oubli, les villes tombeau et les “Thulés des Brumes” constituent la géographie privilégiée de l’imaginaire fin de siècle ».Au final, Bruges-la-Morte se révèle un prisme visuel, sonore, olfactif, tactile, sensible – bref la réalisation romanesque des principes synesthésiques chers à Baudelaire – nous permettant de mener une expérience littéraire unique que l’on se plaît à recommencer sans fin… parce qu’on sait qu’elle est irreproductible.Parmi les canaux blêmes de l’ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d’une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d’une morte dont il croit retrouver l’image chez une vivante. Récit fétichiste, où toute la sémiologie de la ville participe aux cérémonies du deuil. Livre culte pour les spleens d’aujourd’hui.Hugues Viane a choisi d'habiter Bruges, qui s'accordait à la mélancolie de son deuil. Dès lors cette ville au charme délétère s'impose comme la véritable héroïne de ce roman, l'un des chefs-d'oeuvre du symbolisme.Parmi les canaux blêmes de l’ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d’une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d’une morte dont il croit…

Les tourmentés

Lucas BELVAUX , Les tourmentés , Alma, 2022, 352 p., 20 € / ePub : 12,99 € , ISBN : 978-2-36279-608-1 Soldat, avant d’être légionnaire puis mercenaire, Skender rentre traumatisé de toutes ces guerres où il a tué et vu mourir. Impossible pour lui de reprendre la vie tranquille qu’il menait avec sa femme et ses enfants. Sa violence fait peur, il doit quitter le domicile conjugal. Pour aller où ? Chez sa mère, les reproches sont sans fin. La haine est trop grande.   Sans emploi ni maison. Sans raison d’être. Sans vergogne. Il erre dans les bois autour de la ville jusqu’à ce que Max le retrouve. Six ans qu’ils ne s’étaient plus vus, plus parlé. Après l’Irak, leurs chemins se sont séparés. Max a refusé la survie ou la mort : l’alcool, la rue et tout ce qui va avec. Il est désormais au service d’une riche veuve, l’accompagne toute la journée dans ses activités et prépare ses repas. C’est pour elle qu’il devait retrouver Skender. Il est l’intermédiaire, «  Madame  » et Skender s’entretiendront seuls, sans témoin.Elle aime chasser : L’attente. Le souffle qu’on retient. Le temps qui s’étire. Les muscles brûlant de froid. Les sens explorant des dimensions inconnues, pénétrant des taillis impénétrables, les futaies, les fourrés. Madame a chassé tous les gibiers. Sauf l’homme. Pour elle, tuer est un jeu. Pour lui, c’est un métier, une façon de gagner de l’argent.Accepterait-il de mourir pour ses enfants ?Maltraités par la vie, proies de leur destin, Max, Skender et Madame livrent tour à tour leurs projets et pensées au lecteur. La pulsion de mort de l’un suscite une urgente envie de vivre chez l’autre. L’entraînement acharné de Madame la déshumanise peu à peu quand la destinée de Skender le pousse à partager d’heureux moments avec sa femme et ses enfants.Madame, Max, Skender, Manon, les enfants : les points de vue s’enchaînent, dévoilant progressivement les motivations des personnages, leur passé trouble et leur avenir incertain.Les phrases sont lapidaires, parfois composées d’un seul mot. Le style est tranchant, incisif. Il dit le vrai, la vulnérabilité de l’être humain déchiré par l’angoisse et la peur. Tourmenté.En 2020, Lucas Belvaux réalisait son onzième film, Des hommes, une adaptation du roman de Laurent Mauvignier paru en 2009. Il y était question de la Guerre d’Algérie, d’hommes brisés, hantés par des images atroces, détruits à jamais. Avec Les tourmentés , il signe un premier roman aux voix multiples qui crient en silence les traumatismes laissés…

Salsa

Salsa , le dernier roman de Sylvie Godefroid , s’aligne sur Sophie, victime d’un AVC alors qu’elle rejoignait sa fille, Amandine, au café de la Presse à Bruxelles.À l’hôpital, tout le monde la croit dans le coma alors qu’elle est enfermée dans son corps (locked in syndrome). Consciente, elle s’adresse silencieusement à sa fille et lui annonce, notamment, la raison de leur rendez-vous ce matin-là : son intention de quitter la Belgique pour rejoindre son amant, Luis, à Cuba où elle compte s’installer définitivement. Au départ, quand on lit Salsa , on a le sentiment d’être immergé dans l’histoire de Sophie, quinquagénaire fatiguée de sa vie de bourgeoise, en quête d’un émoustillement du corps et des sens.Tout nous pousse à penser que Sophie profite de son état pour se confier à sa fille de 25 ans, lui retracer son parcours, revenir sur cette éducation rigide qui l’a longtemps corsetée.  Dis-leur que j’ai grandi comme une orchidée, j’ai poussé le long d’un tuteur qui m’a toujours maintenue dans l’axe de ce que les autres attendaient de moi. S’ils prenaient le temps de m’ausculter avec délicatesse, ils se rendraient compte que je suis une fleur qui surprend, étonne et qui, parfois, ravit. Dis-leur que je n’ai pas eu de chance avec les hommes. Je n’en ai d’ailleurs pas connu beaucoup ; ma mère m’avait toujours dit de m’en méfier. Mes robes, je les porte proches du corps, mais jamais moulées, un rien au-dessus du genou. Mon maquillage se propose discret. Je suis agréable à regarder mais jamais jolie. Je n’oserais pas.  Sauf qu’à y regarder de plus près, nos convictions de lectrice vacillent. C’est qu’il y a ces inserts, assez tôt dans le récit, dont on ne comprend pas tout de suite ce qu’ils viennent faire là… Des extraits de chroniques judiciaires d’un procès en assise dont l’ouverture est imminente. Puis l’on comprend à demi-mot que nous ne voyons peut-être qu’un seul côté des choses (pour faire écho à la citation de V. Hugo, en exergue de ce livre) et que cette histoire est bien plus complexe qu’il n’y parait, qu’elle recèle, même, de nombreux tiroirs et que les protagonistes ne sont peut-être pas ceux qu’ils prétendent être.Qui est Amandine, par exemple, la prétendue fille de Sophie ?Et Georges ? Est-ce sa meilleure amie comme le prétend Sophie ou son mari retrouvé mort ?Et Marc Mouradi est-il neurochirurgien ou se peut-il qu’il soit plutôt avocat ?Au fil des pages, on découvre Sophie dans un autre genre d’enfermement : la prison où elle est dans l’attente de son procès et où elle a tout le temps pour inventer .Quelle histoire nous raconte Sophie ? Une vie rêvée ? Ses fantasmes ? Mais quelle vérité quand on raconte, quand on se raconte  ?À moins que cette affabulation ne soit là que pour mieux se libérer, s’émanciper ? Car il est bien question de trajectoire de femme dans ce récit aux nombreux niveaux de lecture. Une femme qui, quel que soit le fil narratif déroulé, se voit toujours rattrapée par la solitude et l’enfermement.L’autrice (à moins que ce ne soit la narratrice ?) a beau se jouer de nous, elle offre à Sophie une place d’où elle peut prendre la parole, s’affirmer, et qui sait, s’affranchir pour enfin décider de la tournure de sa vie. Pour que l’on n’ait plus à se demander : n’y a-t-il aucune possibilité d’affranchissement pour les femmes, que la folie ou l’AVC ? Affranchis-toi du carcan de ton patrimoine génétique ! Essaye. L’être humain ne se départit pas d’un tel héritage comme une main experte dépoussière une étagère. Refuse ce postulat. Émancipe-toi ! Tant d’histoires jamais racontées obstruent mes méninges ! Je ne t’ai pas menti sur la vie, j’ai pris certaines libertés. J’ai occulté des travers humains pour te protéger. Amélie Dewez Plus d’informations Temps en apnée, heures élastiques et plongée comateuse pour un rendez-vous manqué. Dans la prison de son corps, Sophie crie au secours. Nul ne l’entend. Ni Amandine, sa fille prostrée à son chevet, ni l’équipe médicale au pronostic pessimiste. Que divulgue Georges, sa confidente ? Où se cache Luis, son amoureux cubain ? Seule, sur son lit d’hôpital, sous la caresse de draps rêches, souvenir d’une plage de sable fin, sa mémoire danse la salsa des robinsons. Entre confidences, délires et procès d’assises, Sylvie Godefroid nous offre un nouveau roman, l’occasion d’une réflexion sur la peur, le manque, le doute, la honte et la culpabilité.…