La lumière des polders


RÉSUMÉ

Entre le ciel et l’eau, la lumière y est partout souveraine. Paysages du Nord, les polders s’étendent sur une zone sans frontière, un Nord improbable dont on ne sait où il commence, ni où il finit.Peut-on dire que les polders, françaises ou belges, engendrent un état d’âme ? Sans nul doute si on prend la peine de les découvrir accompagné.Variations sur une région unique, ces récits ne sont pas loin d’une déclaration d’amour au paysage,…

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À PROPOS DE L'AUTEUR
Alain Bertrand
Auteur de La lumière des polders

Alain Bertrand (1958-2014) est né à Gand de parents ardennais installés à Bruxelles. Il a enseigné le français à Bastogne où il a vécu une trentaine d’années. Auteur de chroniques, d’essais (particulièrement sur Simenon) et de romans marqués par une écriture à la fois exigeante et ironique, il s’est plu à illustrer dans plusieurs de ses livres une (in)certaine belgitude (La Lumière des Polders, Arléa ; En province, Le Castor Astral ; Une si jolie fermette, Finitude).


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La Comtesse des Digues

Là où tout le réel est poésie , écrivait Jacques Sojcher dans sa préface à une précédente édition de La comtesse des digues , premier roman de Marie Gevers (1883-1975). En effet, l’œuvre de celle qui reçut une éducation mi-flamande mi-francophone et vécut de manière quasi exclusive dans le domaine familial de Missembourg où une scolarité originale lui fut dispensée notamment via la lecture du Télémaque de Fénelon et une connaissance approfondie de la Nature, repose sur un ensemble de dynamiques structurantes qui sont généralement celles du discours poétique. La littérature classique et le grand livre du jardin domanial remplacèrent donc avantageusement l’école, faisant de la petite fille un être mi-rustique mi-intellectuel et un écrivain francophone élevé au contact des patois flamands de son milieu natal. Éloignée du roman régionaliste tout comme des expérimentations modernistes, Marie Gevers, qui fut la première femme belge à être élue au sein de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique , offre à ses lecteurs, à travers des romans, des récits ou des contes comme La comtesse des digues (1931), Madame Orpha ou la sérénade de mai (1933), Guldentop : histoire d’un fantôme (1935), Le voyage de Frère Jean (1935), La ligne de vie (1937), Plaisir des météores ou le livre des douze mois (1938), Paix sur les champs (1941), La grande marée (1943), Vie et mort d’un étang (1950) un univers littéraire riche, autonome et singulier. La dimension autobiographique y est incontestablement présente. Durant la Seconde guerre mondiale, Marie Gevers, comme d’autres écrivains connus, eut des relations imprudentes , peut-on lire dans un compte-rendu de séance de l’Académie. Elle adhéra en effet à l’Association européenne des écrivains, fondée en octobre 1941 à Weimar, placée sous la tutelle du Ministère de la Propagande du Dr Goebbels.  Les sections nationales belges de cette association ouvertement anticommuniste étaient partagées en sections flamande et francophone : Pierre Hubermont, responsable de la Commission culturelle wallonne, Constant Malva, écrivain-mineur de fond, le journaliste rexiste Pierre Daye et l’écrivain régionaliste liégeois Joseph Mignolet, sénateur rexiste, en firent partie.Dans l’œuvre de Gevers, Missembourg est un ombilic. Le pays entre l’Escaut et le vieil Escaut y apparaît comme un topos îlien  et la matrice même du récit : la terre et l’eau s’y entremêlent  à travers leurs rapports conflictuels et nourriciers ; toute une activité locale, avec ses stratifications économiques, sociales, psychologiques y prend source. Le monde extérieur – la ville, l’étranger – y est perçu comme une intrusion : la Nature et le cours du temps ont leur propre logique, qu’il ne faut pas perturber par de l’innovation. Les relations amoureuses y sont pareillement délimitées. La confrontation de l’endogène et de l’exogène est une base essentielle de l’intrigue. Dans l’histoire de Suzanne, la «  comtesse des digues  » qui succède à son père décédé, chargé de l’entretien du système de contrôle des eaux et des polders, il y a une réminiscence lointaine de l’histoire de la Calypso du Télémaque . Entre Suzanne, son domestique Tryphon et Max Larix, l’intrigue amoureuse se déroule sur fond de transgression, de clivage social et d’intime relation avec la nature environnante, quatrième protagoniste de ce quatuor amoureux sinon érotique. Les personnages secondaires du roman offrent également une vision dichotomique des rapports sociaux et amoureux. Une autre dimension poétique, caractéristique du style de Marie Gevers, est celle des failles linguistiques : la langue française et le patois flamand sont aussi, comme la terre et l’eau, en relation séminale. Dans Madame Orpha, Marie Gevers confiait : «  Parmi les mots flamands dont une traduction française erronée favorisait mes rêves, se trouvait le mot employé en patois pour automne. Le vrai mot flamand est Herfst . Mais les paysans ne le disent guère. (…) l’automne s’appelle Boomis . (…) Dans mon enfance, j’interprétais ce mot d’une manière bien plus poétique : je traduisais Boomis : Messe des arbres parce que boom veut dire arbre (…).  »Dans le roman, la langue française est régulièrement parsemée d’expressions flamandes locales, qui ajoutent à la fois une vraisemblance et une poétique colorée au récit. Marie Gevers aborde aussi, par la description des figures féminines principales et secondaires, la thématique de la condition sociale et de la sexualité des femmes. C’est le cas dans ce premier roman ; ce le sera aussi dans son chef-d’œuvre, Madame Orpha . Dans sa postface critique, Vincent Van Coppennolle insiste sur un procédé qui relève du poétique et singularise l’écriture de Marie Gevers : si, dans le roman traditionnel, le récit itératif est, comme la description, au service du récit proprement dit – ou récit singulatif (Gérard Genette), «  la prolifération des scènes itératives est telle que la subordination du répétitif au ponctuel (…) se trouve sérieusement remise en cause. L’événement unique s’inscrit toujours dans un cycle, et le récit à tendance à se développer suivant une boucle  ». À travers une ligne mélodique principale et l’ensemble des répétitions et des variations, la vie des personnages épouse l’éternel retour du temps. C’est le cas dans tous les livres de Gevers. Cette temporalité est déjà solidement présente dans La comtesse des digues : «  On y constate (…) la présence de trois lignes temporelles évoluant parallèlement : les deux premières, vectorisées, concernent les amours de Suzanne et son destin professionnel ; la troisième est circulaire : elle retrace la vie du fleuve et le cycle des métiers qui gravitent autour de lui. Et la force de la structure cyclique est telle que le développement de la double intrigue se trouve contaminé (…) par le rythme de la vie du fleuve : le cheminement du drame de Suzanne prend la forme d’une année. Ainsi les deux intrigues, celle du mariage et celle de la succession, sont nouées par le même événement, à savoir la mort du père. Or c’est un an, très  précisément, après cet événement inaugural, qu’elles trouveront l’une et l’autre leur conclusion » (V. Van Coppenolle).Dans le portait de Suzanne, Marie Gevers plaide pour une inscription de l’être au monde et pour la liberté substantielle qu’elle donne, contrairement à, d’une part, la tradition étouffante et, par ailleurs, au modernisme tapageur. Éric Brogniet Avec La comtesse des digues (1931), Marie Gevers (1883-1975) brode un éveil amoureux ludique qui, d’un contemplatif fil, unit ligne et cercle, en ce qu’il suit une intrigue annoncée tout en célébrant ce qui revient et reviendra toujours. Dans ce premier roman vivifiant ancré dans la campagne flamande qui a vu grandir Marie Gevers, l’autrice francophone déploie un fleuve, l’Escaut, et ses nombreux aménagements. Autour de lui, des villageois aux esprits souvent étriqués et une jeune fille attachante, Suzanne, fille du Comte des digues et potentielle future candidate à ce titre, qui ne sait quel destin embrasser, convaincue toutefois de son plein amour fluvial.   Tel le plateau d’un jeu de société ou d’une maquette, le décor de ce roman se dessine et fascine. L’Escaut, au centre du plateau, est qualifié derechef de roi. À partir de ce long ruban central, tout est nommé avec une précision on ne peut plus satisfaisante qui ricoche de poésie en érudition, grand écart que Marie Gevers effectue magistralement à coups de bilinguisme : notons, par exemple, les entonnoirs creusés dans la terre par l’eau tourbillonnante, qualifiés d’abord de « cachets » puis de « roues ( wielen ) ». Comme les cases d’un plateau, les villages, qui font de l’Escaut leur maitre, « se sèchent comme des chats ». Leurs fidèles villageois,…