Boule de Juif




À PROPOS DE L'AUTEUR
Foulek Ringelheim
Auteur de Boule de Juif
Né en 1938 à Ougrée, Foulek Ringelheim a été avocat puis magistrat, membre du Conseil supérieur de la justice et rédacteur en chef de la revue Juger. Son roman La Seconde Vie d’Abram Potz a reçu le prix France-Communauté française de Belgique en 2004 et le prix des lycéens en 2006. Foulek Ringelheim est décédé le 15 septembre 2019.


NOS EXPERTS EN PARLENT...
Le Carnet et les Instants

Le narrateur a treize ans quand débute le récit, du côté de Liège, il en aura seize à la fin du livre. Et l’on subodore être face au premier tome d’une autobiographie. Mais Foulek Ringelheim (1938-2019) est mort avant la sortie de Boule de Juif, nous privant de leviers de compréhension. Vers la fin du volume, après des études primaires fort chaotiques, il souhaite devenir tourneur ajusteur quand un malentendu le propulse dans une section latine. Or il sera un jour avocat, magistrat, écrivain (des essais mais aussi deux romans fort remarqués, Le juge Goth et La seconde vie d’Abram Potz). Une lecture très attentive, toutefois, permet de discriminer une foule d’indices à travers les aventures tragiques et drolatiques du petit Foulek. Ce…


AVIS D'UTILISATEURS

FIRST:mère livre identité - "Boule de Juif"
stdClass Object ( [audiences] => [domains] => Array ( [0] => 9548 ) )

Ceci pourrait également vous intéresser...

Âme blanche

La postérité est quelquefois injuste, le présent trop souvent amnésique et le public belge francophone peu conscient de son patrimoine littéraire. Ainsi des écrivains de valeur connaissent-ils les affres du purgatoire et leurs œuvres restent-elles absentes des rayons des librairies. Pour les femmes, la difficulté est accrue par le fait que l’Histoire littéraire a été écrite par des hommes. Pourtant, dès le début de la Belgique, certaines ont tenté de percer dans un monde des lettres encore exclusivement masculin et ont bravé les préjugés qui entourent les femmes artistes. Ce sont ces figures oubliées que la jeune maison d’édition Névrosée , dirigée par Sara Dombret, entend sortir de l’ombre en publiant une première série de douze livres de femmes écrivains belges. Parmi celles-ci, certains noms sont connus comme Caroline Gravière ou Madeleine Bourdouxhe, alors que d’autres ont totalement disparu de la mémoire collective. Marguerite Baulu et Jeanne de Tallenay, dont le roman L’invisible constitue une remarquable découverte , se voient ainsi remises à leur juste place grâce à cette initiative. Parmi ces femmes de lettres belges, Marguerite Van de Wiele (1857-1941) est la première à avoir vécu de sa plume. Célibataire, à la fois journaliste et romancière, acclamée par les plus grands écrivains de son temps, chargée de missions officielles, mais aussi souvent en butte à la misogynie ambiante, elle a ouvert des portes aux générations suivantes de femmes de lettres belges. Elle livre, dans ses romans, des portraits de femmes confrontées au corset empesé de normes que leur impose leur milieu. Doivent-elles se soumettre et consentir à se laisser détruire ou tenter de se libérer au risque de voir s’abattre les jugements réprobateurs, de devoir s’endurcir et, peut-être, de se perdre ? Évangéline, le personnage principal d’ Âme blanche, est prise au cœur de ce dilemme. Elle est un être pur, dont l’innocence est menacée, un ange qui, comme son nom l’indique, pourrait apporter une bonne nouvelle, l’espoir d’un salut.La plume, toute en délicatesse, de Marguerite Van de Wiele cisèle les mots pour dépeindre les sentiments ou dresser des tableaux pittoresques, comme celui du marché d’Anderlecht, vibrant d’odeurs et de couleurs, ou des ruelles du vieux Bruxelles, sillonné par la Senne. Surtout, Marguerite Van de Wiele se livre, dans ce roman publié pour la première fois en 1908, à une dissection des mœurs de la bourgeoisie. Elle pose la question de l’émancipation féminine dans une société où la vie d’une femme ne peut se construire que par les hommes, au sein d’un modèle familial centré autour d’eux. Elle y joint le problème de la place laissée à l’enfance et à la sensibilité au sein d’un univers froid et matérialiste. Elle montre ainsi l’envers de cet âge d’or, qu’on se plait à rêver, d’une Belgique florissante dans la deuxième moitié du 19e siècle.Évangéline est une enfant privée d’enfance par la faute d’une faillite des adultes, qui se révèlent incapables de remplir leur rôle protecteur et encore moins de comprendre les besoins d’un enfant. La première de ces adultes irresponsables est la mère. Elle ne peut cependant être blâmée, car elle est une victime, rejetée par sa famille et enfermée dans un asile. Les premières pages du roman évoquent le paradis perdu de la petite enfance. Quelques sensations suffisent à faire renaître le souvenir enchanté et mélancolique d’un temps où l’affection maternelle était associée à la musique et à la vivacité d’un trop-plein d’émotions, libres de s’exprimer. Déjà, la petite fille éprouvait une sourde inquiétude, comme un voile posé sur ses ravissements d’enfant, voile que la distance du souvenir ne fait qu’accentuer et muer en tristesse. Elle semblait pressentir le drame, qui la précipiterait à jamais hors de l’enfance : l’effondrement de sa mère en elle-même. La culpabilité que ressent la jeune femme à la mort de son mari désorganise en effet cette âme trop sensible. Elle se met à délaisser sa fille avant d’être internée. Lorsqu’Évangéline vient la visiter, bravant l’interdit familial, sa mère est incapable de la reconnaître. Elle tente alors une thérapie par la tendresse. Chez Marguerite Van de Wiele, la sensibilité du cœur est à la fois une fragilité, qui peut mettre en danger, mais aussi l’espoir de se sauver. Si Évangéline parvient à ranimer sa mère, elle provoque toutefois une inversion de génération puisque celle-ci se met à l’appeler « maman ». L’enfant se voit contrainte de rassurer l’adulte et de faire face, seule, à des problèmes qui ne sont pas de son âge.Avec la maladie de sa mère, Évangeline a en effet été placée dans sa famille paternelle, une famille où le cœur n’a pas sa place et qui est dominée par un adulte-roi, capricieux et égoïste, le grand-père, dont la toute-puissance du désir profite de l’allure respectable que confèrent l’âge et de la dignité du médecin. Dans cette famille, les femmes sont reléguées dans la cuisine-cave. Elles vivent en se privant de tout, unies dans le culte du mari et du père, tandis que cette idole familiale parade, confortablement vautrée sur un matelas de mensonges, et exige d’elles sans cesse plus de sacrifices jusqu’à les abandonner dans sa chute. Le portrait de la tante Josine révèle le drame que vivent ces êtres de l’ombre et la manière dont il modèle leur personnalité. La vieille fille apparaît d’abord comme un être sec, dépourvu d’amour, avant de révéler son caractère tragique. Elle est l’exemple de ces femmes que leur milieu a empêchées de s’épanouir et a enfermées dans une dictature du dévouement. Contrairement à sa mère, elle n’est pas aveuglée par la vénération de son père, mais tente tant bien que mal d’assumer la responsabilité de ce parent irresponsable et de gérer le désastre qu’il a laissé pour seul héritage. Une fois libérée de ce poids familial, elle s’en choisit un autre, puisqu’elle part se consacrer aux blessés et aux malades de la guerre du Transvaal.Cette vocation austère, faite de devoirs et de renoncement à soi, attire Évangeline, même si l’espoir d’une vie réconciliée avec la sensibilité de l’âme reste présent au plus profond d’elle. Lorsqu’elle découvre le foyer de son oncle maternel, une telle existence paraît soudain possible, mais l’illusion s’estompe rapidement. Elle y rencontre en effet une autre forme de ces adultes frivoles, incapables d’incarner des repères pour des jeunes gens. Sa tante ne voit en elle qu’un enfant-jouet, une poupée qu’elle se plaît à habiller dans l’espoir de parader dans son cercle d’amies et dont elle se lasse vite.Cette tendance à réduire l’enfant à une chose qui doit correspondre au désir de l’adulte est illustrée, de manière délirante, par une voisine, dont la petite fille est décédée. Profitant de la ressemblance stupéfiante entre les deux enfants, la voisine décide de faire jouer à Évangeline le rôle de la jeune morte en la faisant poser dans ses habits au milieu de ses frères en deuil devant l’objectif d’un photographe, comme si elle était redescendue, pour un instant, du ciel. La mère, tout à la réalisation de son fantasme, ne se rend pas compte du trouble qu’elle provoque dans l’âme mystique d’Évangéline. Pendant longtemps, je vécus dans le regret inconsolable de n’être pas Henriette, d’exister si loin du séjour de paix et de lumière, pressenti, comme par miracle, tandis que je posai pour elle et où j’aurais juré avoir vu des archanges m’appelant, tendant vers moi des bras ailés, alors qu’un objectif était braqué sur ma forme matérielle. L’épisode souligne toutefois la nature angélique de la petite fille, la fluidité de son identité et son envie d’échapper à la pesanteur du milieu bourgeois, où ne l’attend qu’une destinée en…

Voici venir le soleil : Balades avec mon fils

Voici venir le soleil. Balades avec mon fils est présenté comme la suite de Je pousse donc je suis. Balades avec ma fille , qui était un hommage à la promenade urbaine. Dans cet opus, nous sommes amenés à lire un recueil de fragments qui relèvent davantage d’un hommage à la rencontre. Tina Mouneimné Van Roeyen nous livre en vrac ses réflexions de femme de lettres au chômage et de mère débordée avec deux enfants en bas âge. À l’aube de ses 40 ans et installée à Etterbeek, elle s’interroge sur son identité, d’autant plus qu’elle est une immigrée d’origine polonaise et libanaise installée dans un vivier de diversité culturelle.   Laissez-moi vous expliquer : là d’où je viens, on fête ce jour [la fête des mères] toujours le 26 mai ; en Belgique, le deuxième dimanche du mois de mai sauf à Anvers où c’est le 15 août. Manque de bol, le petit mari est Anversois. Donc, si je comprends bien, j’envoie un bouquet de fleurs à ma mère qui habite en Pologne pour le 26 mai ; mais, moi mère, je pourrais l’espérer le deuxième dimanche de ce même mois, alors que ma belle-mère le recevrait le 15 août. Mais tenez-vous bien, si ma mère vivait au Liban, ça aurait été le 21 mars. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Sinon, ça ne serait pas drôle. Des réformes en vue ? Bien ancrée dans un quotidien concret de maman hyper occupée, l’autrice utilise les situations vécues comme des occasions de s’interroger sur le monde, de poser des questions sur ses questions et ipso facto de dévoiler une quête de sens en arborescence. Il est vrai qu’entre la nounou en retard, la gastro du chat, les courriers administratifs absurdes et les urgences pédiatriques, son doctorat en langues et littératures romanes lui sert peu, son objectif principal étant d’apprendre sur le tas et de survivre plutôt que vivre («  mettre la tribu au lit relève d’une séance de marchandage sur un souk africain  »). Si possible sans arriver en retard à son nouveau travail avec de la confiture sur ses vêtements…Avec une grande auto-dérision et un regard acéré, Tina Mouneimné Roeyen nous livre ses réflexions sur la vie, pointant l’absurdité de ses contingences. Telle un Sisyphe dont le rocher est remplacé par une double poussette, elle recommence chaque jour une course contre la montre avec une énergie décoiffante. Elle nous insuffle sa joie de vivre à travers un style direct et cathartique à la Susie Morgenstern et se permet de changer constamment de sujet sans transition. Avec elle, des événements banals deviennent festifs ou des questionnements existentiels profonds. Impossible de s’ennuyer. J’ai pourtant essayé. Essayé de changer de vie. Relever le défi de me réveiller à cinq heures du matin et manger du yoghourt maigre aux fruits secs. Pour les flocons d’orge et d’avoine, j’ai remercié d’avance (il y a des limites quand même). J’ ai tenu deux jours. Les deux pires jours de ma vie. L’étiquette du yoghourt me laissera d’ailleurs perplexe. Il serait : Pur natur organic bio eco Cinq adjectifs pour signifier la même chose (et ce n’est probablement même pas vrai)  On nous prend pour des idiots, je vous assure.  Voici venir le soleil. Balades avec mon fils , un livre à lire un jour de pluie……

La deuxième à droite, et droit devant jusqu’au matin !

L’histoire commence le 3 octobre 2017 à Paris. Gabriel Brown, présentateur-vedette du journal de 20h sur la chaine de télé TV08 perd le contrôle de son véhicule. Immédiatement après ce choc, nous voilà propulsés le 17 juillet 1999 à Biarritz avec l’évocation d’une souffrance extrême : «  je ne survivrais pas à cette nuit : j’avais trop mal (…) J’allais devenir fou. (…) Ma vie n’avait plus aucun sens  » . Mais alors, quand commence cette histoire ? Si on ne peut vous le révéler sans déflorer l’intrigue, on peut vous dire que ce récit repose tout entier sur des allées et venues entre ces deux temporalités. Et Gabriel Brown en guise de trait d’union.  Dans le présent , on suit le jeune homme de trente-sept ans au sommet de sa carrière et tout proche de réaliser son rêve de devenir journaliste d’investigation. Gabriel Brown qui se retrouve propulsé aux devants de la scène médiatique avec un article-people publié dans Starmag . On s’attache à lui d’autant qu’on cherche à comprendre ce qui l’a poussé, ce 3 octobre, à foncer à toute berzingue sur le pont de l’Alma. La soif de relever de nouveaux défis ? La peur d’assumer le désir d’enfant de son épouse Sam ? À moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ?Dans le passé . On suit Gabriel à 19 ans par le biais de flash-backs qui nous permettent de comprendre en quoi cette année 1999 est charnière pour l’homme en devenir.1999, année du décès de son grand-père, ce monstre sacré du journalisme à qui il a tant envie de ressembler.1999, l’année des débuts de Gabriel en tant que journaliste. L’année de sa rencontre avec Sami, devenue son épouse entre temps. L’année de sa rencontre avec Jo.Jo qui l’obsède tant.En construisant La deuxième à droite, et droit devant jusqu’au matin ! sur un compte à rebours, Christophe Pirotte esquisse par touches la personnalité de Gabriel, cette identité qui se façonne au fil des rencontres et donne à voir l’entourage de Brown : Agathe, Julia, Sami, Jo. Mais aussi ses parents. Et sa grand-mère. Et de voir comment tout ce beau monde s’est mêlé et se mêle de qui est Gabriel Brown.Le premier roman de Christophe Pirotte fonctionne comme une enquête où les infos, distillées au goutte à goutte, ménagent une belle tension narrative narrative (on déplore uniquement le fait que les révélations – nombreuses – nous soient plus souvent « expliquées » que « données à vivre »). La chronologie perturbée force la concentration (si tous les flash-backs se situent en 1999, cela ne veut pas pour autant dire qu’ils apparaissent de manière chronologique). Il revient donc au lecteur d’agencer les pièces entre elles pour que surgisse le motif tissé par Pirotte. Ou plutôt les motifs. Car comme souvent dans un premier roman, nombreux sont les thèmes abordés.La place et le rôle des grands-parents dans la construction identitaire, mais aussi le poids de la famille et de la reproduction , comme inévitable, quand on en ignore les secrets. Ou encore la question de la (sur)exposition d’un personnage public et de la chaleur, suffocante, des projecteurs quand ils sont placés un peu trop près.Au final, derrière cette histoire d’ascension et de chute, se posent surtout les questions « c’est quoi réussir sa vie ? » et « comment poursuivre ses rêves ? ». Surtout quand on se rend compte de l’écart qui peut exister entre la matérialisation du rêve et le rêve lui-même. La réalité fait-elle toujours le poids face au fantasme ? Et si l’ombre valait mieux que la lumière ? Parce que réaliser ses rêves, c’est aussi grandir (on le comprend dès le titre en référence à Peter Pan). Quitter l’enfance pour rejoindre la rive vacillante du monde adulte. Et toute la souffrance qu’implique cet arrachement.Gabriel Brown aurait-il uniquement peur de grandir ou cherche-t-il à faire la part des choses entre ce qui lui convient vraiment de l’ombre ou de la lumière ?Et y arrivera-t-il ? Car il est aussi question de santé mentale, dans ce livre. Et de la difficulté à accepter la maladie. À moins que ce ne soient les soins qui s’avèrent pénibles à accueillir ? Et si c’était le fait d’aller bien qui faisait le plus peur ?Pirotte, en travaillant la matière riche de tous ces thèmes, resserre le filet autour de cet accident du 3 octobre, le moment où bascule la vie de son héros. A moins qu’elle n’ait basculé depuis longtemps, déjà ? Parce que c’est bien de cela dont il est question dans ce récit : de savoir quand commence l’histoire . Ou plutôt quand commence notre histoire, celle avec son lot d’événements, de traumas, de ceux qui nous déterminent, et nos actions, sans que l’on n’en sache plus…