Auteur de Blockhaus
Dans Blockhaus, Ben Durant mêle Histoire et histoires, fiction et réel, explosions assourdissantes et murmure de la mer. Il y a la guerre, et puis toutes les guerres dans la guerre.Le récit s’ouvre dans la tourmente. Jakob Bleiwitz, un soldat allemand de dix-neuf ans, est piégé dans le gigantesque blockhaus d’Eperlecques bombardé par les Alliés. Le choc est tel qu’il évoque une impossible ivresse – hélas, Jakob buvait un simple verre d’eau avant de tirer sa révérence, et pas un Schnaps, que le lecteur lui eut volontiers tendu à travers le grillage du papier. Nous remontons alors le temps et assistons à l’engagement du jeune homme, à ses premiers pas dans la Wehrmacht ; nous découvrons le projet dément des nazis – en…
Sous ce nom de plume, Pierre-Marie Dumont-Saint Martin, musicien confirmé, revisite la guerre de 14-18 avec une fiction romanesque certes, mais largement guidée par l’Histoire – une de ses passions – et par des souvenirs et des témoignages rapportés au sein de sa propre famille. Récit d’aventures et d’initiation, porté par les jeunes épaules de Gérard Vandervelde, musicien lui aussi, et déjà flûtiste de talent, engagé à dix-sept ans par l’orchestre symphonique de Liège (sa ville natale tout comme celle de l’auteur). On est en 1914. La guerre va se charger de maculer la partition et Gérard la découvre de la façon la plus horrible qui soit en assistant, lors d’une rencontre fortuite avec les premiers envahisseurs, à la torture et à l’exécution de Marcel Kerff, gloire du cyclisme belge, avec lequel il cheminait joyeusement à moto. Plus tard, lors des massacres de Namur et Dinant, c’est Richard, son meilleur ami, qui est abattu avant que ne disparaisse aussi Elise, la sœur de Richard, dont il était épris. C’est sur ce préalable calamiteux que s’amorcent l’errance solitaire et les tribulations du jeune civil à travers ce conflit mondial qu’il vit sous le signe de l’audace mais aussi de l’amitié. À commencer par celle quasi fusionnelle qui le lie à Donner, un superbe étalon de race, transfuge des lignes allemandes où il était maltraité, et qui restera tout au long de la guerre son fidèle complice. Au point de jouer avec lui au football et de faire de son cavalier un as de la voltige. Ce que Gérard deviendra aussi en plein ciel grâce aux enseignements et à l’amitié tendrement amoureuse de la célèbre et très réelle Hélène Dutrieu, première aviatrice belge, championne de cyclisme, couverte de récompenses internationales dans les deux disciplines et, durant ce temps de guerre, directrice des ambulances, notamment au Val de Grâce. Et voilà comment Gérard Vandervelde deviendra un des plus redoutables pilotes de combat, multipliant les victoires sur les adversaires allemands (dont le meilleur qui, après l’affrontement, deviendra son ami et jouera un rôle important dans son avenir). Le seul regret de cette terreur du ciel reste de n’avoir pu descendre Manfred von Richthofen, le fameux « baron rouge », vu qu’à cette époque le travail avait déjà été fait par un collègue…Et c’est bien un des paradoxes de ce récit que de voir ce jeune homme déjà aussi talentueux en musique qu’en cyclisme ou en équitation, vivre des événements souvent atroces et périlleux tout en courant de réussite en réussite sur le plan personnel. À l’exception, majeure il est vrai, de ses premières amours contrariées à plusieurs reprises par le sort. Même si la fin s’éclaire d’une possible lumière à l’enseigne musicale d’un nocturne de Field.Cela dit, la pluralité de P.M. Dumont-Saint Martin n’est pas en reste dans ce livre où romantisme, réalisme et Histoire, portés par une écriture efficace, s’accompagnent d’une technicité parfois proche de la minutie. Qu’il s’agisse des stratégies mises en place de part et d’autre, des faits de guerre proprement dits, de musique et d’instruments folkloriques, de sport équestre, de praxis sexuelle ou d’aviation (avec, entre autres, des pages quasi didactiques sur l’apprentissage du pilotage ou de l’art de l’esquive lors des affrontements aériens).D’autre part, dans une annexe au récit, l’auteur prend position sur le rôle qu’aurait joué l’intransigeance des Alliés (Traité de Versailles) dans les origines de la Seconde Guerre. Selon lui, et contrairement au propos de nombreux historiens, il ne s’agirait en rien d’un désir de vengeance, mais de la logique d’une orientation politique déjà bien installée dès le XIXe siècle : ce pangermanisme encore et toujours relayé par les bellicistes des hauts commandements.Quant aux irruptions de personnages réels dans le roman, – politesse de l’auteur – elles sont avalisées in fine par des notices détaillées sur « ce qu’ils sont devenus ».…
Peau de louve est un récit-conte, inspiré de la tradition ancestrale des contes oraux qui…
« Il a réglé la course, est sorti en sifflotant et, sans se retourner, il a soulevé son chapeau en guise d’adieu », telle est la dernière image qu’a laissée Soren. Nous sommes à Bordeaux, en novembre 2017, et ce musicien et producteur âgé de cinquante-huit ans a demandé au chauffeur de taxi de le déposer à l’entrée du Pont de pierre. Après, plus rien… plus de Soren. Qu’est-il advenu ? Le roman de Francis Dannemark et Véronique Biefnot s’ouvre sur cette disparition et met en récit plusieurs voix. Elles ont toutes connu Soren, de près ou de loin. Chacune d’elles plonge dans ses souvenirs, exhume des moments passés en sa compagnie, des instants de sa vie et, dans une polyphonie où les sonorités tantôt se répondent tantôt dissonent, elles livrent au lecteur une reconfiguration de ce mystérieux Soren, tentant de lui éclairer le mobile de son départ. Chacune y va de sa modulation. « On dira Soren ceci, Soren cela.. on dit tant de choses, mais au fond, qu’est-ce qu’on sait ? » Lire aussi : un extrait de Soren disparu La construction du roman joue sur un décalage entre temps de narration et temps de récit. Tandis que cette volatilisation du personnage principal orchestre les interventions des différents narrateurs – celui-là l’a appris par téléphone, l’autre en écoutant la radio, celui-ci l’annonce à son père, un autre encore y songe à partir d’une photo de chanteuse dans un magazine etc. –, les récits font appel à une mémoire narrative qui reconstruit, rend présente une antériorité qui parcourt la vie du disparu, de son enfance à cette nuit sur le pont. « Un souvenir entraîne l’autre. Quand on commence, on n’en finirait plus… »Cette temporalité se déploie dans une spatialité qui accroît le côté mémoriel des interventions. Le lecteur arpente un Bruxelles d’autrefois ; de l’auditoires de l’ULB au Monty, le piano-bar-cinéma d’Ixelles, près de Fernand Cocq, de la chaussée de Ninove au Mirano Continental, la capitale se fait le lieu de ce festival narratif. [L]es soirs où je glandais, on traînait ici ou là, au Styx, on attendait une heure du mat’, avant ça, rien de bien ne se passait nulle part. À pied la plupart du temps, on allait jusqu’à la Bourse, au Falstaff, à l’Archiduc…, on se faisait parfois refouler à l’entrée quand on était trop murgés ou trop nombreux, ou qu’un truc nous avait énervés, un film ou un bouquin, et que la discussion déraillait. On buvait du maitrank ou des half en half, ou rien, ça dépendait de qui payait la tournée, ensuite, on montait le nord, sous le viaduc, vers l’Ex, ou alors à la rue du Sel parfois. Cent-douze récits rythment ce roman choral où la musique est omniprésente . Fitzgerald, Les Stranglers, Wire, Chet Baker, Branduardi, Kevin Ayers, Neil Young, … La compilation forme une constellation où luisent les traits saillants qui permettent d’appréhender, par fragments, le disparu, de retracer son parcours, avec, en fond, ces musiques qui résonnent et accompagnent la lecture.Le duo Biefnot-Dannemark, déjà connu pour La route des coquelicots (2015), Au tour de l’amour (2015), Kyrielle Blues (2016) et Place des ombres, après la brume (2017), offre un nouveau quatre mains avec Soren disparu . Un roman kaléidoscope où se font échos les témoins de la vie de Soren ; lesquels, dans l’exploration du pourquoi et du comment d’une perte, mettent en lumière le temps qui passe, la complexité de l’existence et sa fugacité.Une nuit, traversant un pont, Soren disparaît. Tour à tour producteur, musicien, organisateur de festivals, cet homme multiple n'a eu de cesse d'arpenter le monde de la musique. Pour percer le mystère de sa disparition, une centaine de témoins…