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Du fantastique à ses subversions dans la littérature belge francophone

Si le terme «  fantastiqueur  » a été forgé par Théophile Gautier en pleine apogée du romantisme français (en 1831 !) à propos de l’Allemand Hoffmann, c’est sans conteste à Jean-Baptiste Baronian que l’on doit sa complète intronisation dans le domaine des études littéraires. En appliquant ce substantif à plusieurs écrivains, Baronian circonscrivait une «  école belge de l’étrange  » dont les principaux représentants se nommaient Jean Ray, Jacques Sternberg, Jean Muno… D’assez limitée au départ, la photo de groupe s’est considérablement élargie lorsqu’il est apparu que «  le fantastique se définit […] comme une écriture plutôt que comme un genre  ». C’est à Jacques De Decker que l’on doit cet imparable constat et il est vrai qu’à considérer l’ensemble de la production francophone belge, depuis ses origines, il apparaît que le fantastique est constitutif de son ADN. À la faveur d’un seul titre parfois, il se retrouve dans la bibliographie d’un.e écrivain.e qui ne s’est pas forcément illustré.e souvent dans cette veine. Pour preuves les romans Médua ou Nausica de Maurice Carême, double et sombre hapax immergé dans une production placée sous le sceau d’une poésie fraîche.Les contributions rassemblées par Isabelle Moreels et Renata Bizek-Tatara et issues d’un colloque hispano-polonais en avril 2021, ont pour premier mérite de mettre en évidence la plasticité et l’hybridité essentielles du fantastique belge. Il est au théâtre, en nouvelle, en roman, en poésie ; il sinue du naturalisme à l’écoféminisme en passant par le surréalisme ; il est tour à tour sanguinolent, diabolique, froid, sarcastique, cruel, burlesque, ou banalement quotidien ; il est enfin autant féminin que masculin – le sublime Les roseaux noirs (1938) de Marie-Thérèse Bodart demeure en la matière une quintessence.Mais où qu’il se niche et quel que soit son avatar, le fantastique demeure fondamentalement subversif. Son humour grinçant ou sa propension à la parodie lui permettent de déjouer tous les codes et de rompre avec tous les canons, de se rire des conventions et surtout, pour notre plus grand plaisir, de nous « inconforter ». Qu’il est bon, comme nous y incite Jacques Finné, de frissonner au côtoiement de ces figures vampiriques, loin des Carpathes mais proches de la Gare du Midi, qui s’attachent à nous contaminer de leur nostalgie (Christopher Gérard) ou à nous suggestionner (les frère et sœur Nizet) ! Qu’ils sont rafraîchissants, ces Contes glacés de Sternberg proposés en micro-portions perverses par Estrella de la Torre Gimenez ! Comme il inquiète, cet imaginaire postapocalyptique décelé par Laurence Boudart chez trois inattendu.e.s sur ce terrain : Harpman , Barreau et Wauters … Qu’ils sont fascinants à explorer en compagnie d’Aleksandra Komandera, les arcanes des Fantômes du château de cartes de Marcel Mariën !Pour Baronian, les manifestations du subversif dans le fantastique belge sont «  parfois sournoises et retorses  ». Ce sont les deux revers de la subtilité et de la sophistication auxquelles peut atteindre notre littérature dès qu’elle s’aventure sur le terrain qu’elle connaît le mieux : l’Inconnu. Frédéric Saenen…