À propos
Résumé
Tu t’appelles France. Tu es belgo-burundaise. Tu es arrivée en Belgique avec un Boeing de la Sabena en 1966. Tu avais six ans. Après avoir été ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil, tu es adoptée par un couple désireux d’avoir un enfant. Tu te plieras aux codes de la société belge, soi-disant ouverte et tolérante, pour lui plaire, par crainte de retourner dans un orphelinat. Tu feras l’effort d’oublier tes premières années de vie, de ne pas poser de questions sur tes origines. Tu t’efforceras d’ailleurs de les faire disparaître, de rendre invisible la part noire qui est en toi. Mais ton inconscient, qui se souvient, souffre de cette amnésie imposée, se sent inexistant et te le fera rapidement ressentir. Pour survivre, tu devras accepter d’ouvrir la valise et découvrir qui tu es…Au-delà de toute la question psychologique qu’est la construction de sa vraie identité lorsqu’on est un enfant adopté, le roman Sous le rideau, la petite valise brune revêt une dimension historique. Par ce récit d’une vie, Florence Thiry, l’auteure, retrace aussi le contexte sociétal, politique, économique et culturel des années d’après-guerre. Surtout, elle ouvre judicieusement le rideau derrière lequel se cache un secret d’Église et d’État ; un pan de l’histoire collective des Belges, que trop honteux, nous avons préféré enfermer à double tour et oublier : des enfants de la colonisation à l’existence rendue juridiquement invisible.Nous qui lisons ce livre devenons la part blanche d’une métisse à laquelle sa part noire s’adresse pour lui raconter son histoire, notre histoire oubliée. L’histoire de la suprématie des blancs sur les noirs. L’histoire de ces enfants nés de relations coupables, qui portent la honte dans la couleur de leur peau métissée. Des enfants qui seront arrachés de force à leurs mères par une religion catholique blanche et raciste.Ce monologue adressé à soi-même permet, de façon astucieuse, de s’identifier aussi bien à ce personnage déchiré entre deux parties de lui-même, qui souffre de n’avoir aucun repère identitaire, qu’à notre ancêtre belge qui a, non seulement, osé poser un jugement racial non fondé mais qui a également réussi à le légitimer.Un héritage belge difficile à assumer mais dont le souvenir est un mal bien nécessaire pour analyser de façon critique les décisions politiques actuelles. Dans un contexte social marqué par une crise migratoire, ce récit métaphorique nous met en garde… Connaître son passé est important pour construire son avenir. Ne reproduisons pas les mêmes erreurs !Mélissa Rigot
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Le Carnet et les Instants à propos de "Sous le rideau, la petite valise brune"
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