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Résumé

Postface de Raymond Trousson

Romancière des plus pénétrante, Louis Dubrau, née Louise Scheidt en 1904, est une des femmes écrivains essentielles dans les lettres belges du siècle révolu, qu'elle traversa presque de bout en bout, puisqu'elle mourut en 1997.

Femme engagée, elle refusa les concessions et prit fait et cause dans le combat féministe comme elle le fit dans les rangs de la Résistance. «Sa révolte devant le saccage qu'opéraient sous nos yeux trop de barbares était le signe», comme l'écrivit Fernand Verhesen, «d'une sollicitude humaine aussi profonde que réservée». Grande voyageuse, elle était attentive aux détresses qu'elle constatait, repérant, d'un regard souvent en avance sur son temps, le scandale des exclusions et des injustices. Elle les traduisit dans des récits et des reportages d'une rare lucidité.

Son œuvre de fiction, telle que Claire Lejeune la perçut, se nourrit «de bonheurs manqués, d'espoirs déçus, de révoltes avortées, de la fatale impuissance des hommes et des femmes à se comprendre, même quand ils croient se rejoindre dans l'entente physique». Ses romans – L'An quarante, Un Seul Jour, La Part du silence, À la poursuite de Sandra, qui lui valut le prix Rossel en 1963 – reflètent cette vision et sont autant de tentatives obstinées «d'arracher au malentendu le secret perdu de l'amour heureux».

Inlassable conteuse et nouvelliste, Louis Dubrau publia abondamment dans les journaux, périodiques et revues : ces écrits devenus pour la plupart inaccessibles au public composent le florilège de ces Profils perdus.

À propos de l'autrice

Louis Dubrau

De son vrai nom Louise Scheidt, Louis Dubrau naît à Bruxelles le 19 novembre 1904. Elle a à peine deux ans lorsqu'elle a la douleur de perdre son père, d'origine lorraine, qui se suicide. Sa mère, fille d'un des pionniers du mouvement mutuelliste dans notre pays, se remarie quand Louise atteint l'âge de huit ans; cette...

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Le camion déboucha du bois avec un bruit de ferrailles malmenées, d'essieux grinçants, et apparut sur la grand-route nue comme un prisonnier qui donne tête basse dans un traquenard. Alors Firmin, le conducteur du véhicule, s'essuya le front d'une main sale et, après s'être accordé un instant de répit, cria d'une voix furieuse : – Ceux qui sont du côté de Bougval doivent descende. Il y eut à l'intérieur, sous la bâche tressautante, un remue-ménage assourdi, puis un panier d'osier fut glissé dans l'entrebâillement de deux toiles écartées. – Il n'y a que moi qui descende ici, Monsieur. – Ah bien. L'homme freina, gagnant le bas-côté de la route et, sans passion, regarda la femme qui sautait sur le chemin : une fille de quarante ans passés, dépourvue de charme, les cheveux plats sous un chapeau à larges bords. Encore une qui rentrait chez elle! L'homme était blasé. Depuis plusieurs semaines, il s'employait à rapatrier des réfugiés et ramenait vers des villages, des hameaux, des agglomérats de maisons plus ou moins intactes, toute une population hâve, dépenaillée, réduite par mille et mille tribulations crucifiantes. Il connaissait par cœur les histoires : le bombardement des civils, l'encombrement des routes, la peur collective qui avait chassé jusqu'aux confins de la France tout un menu peuple, en proie à la plus folle des paniques. Il n'écoutait plus les confidences, ayant perdu, parmi d'autres biens, la faculté de s'émouvoir et de s'encolérer. Simplement il conduisait son camion, les yeux brûlés de poussière, les pieds cuits par l'échauffement du moteur. Quelquefois, parce qu'on avait embarqué un malade ou un dément, une ambulancière faisait route avec lui. La belle devenait grisâtre après deux heures de trajet et Firmin, qui connaissait les faiblesses de son tacot, conseillait paternellement à la nouvelle venue : – Ne vous asseyez que sur une fesse lorsque je dois sauter un cassis, sans quoi vous aurez l'impression d'être empalée tout net. Quelques-unes le remerciaient, d'autres… Allez donc comprendre les femmes ! Vous leur donnez un conseil et elles se croient outragées. Firmin se pencha à la portière, cracha un resta de mégot sur l'herbe brûlée. Les femmes… C'est par tombereaux qu'il en avait ramenées… Toutes les mêmes. Pleines de courage et d'esprit de sacrifice quand cela va mal, mais faisant des chinoiseries à n'en plus finir dès que cela va un peu mieux. Encore une femme… Firmin regarda celle qui venait de descendre du camion. Elle restait là, plantée le long du chemin, son panier d'osier devant elle. C'était pourtant une fille du pays. (Extrait de la nouvelle Au retour.)
Table des matières Au retour Une nuit Service de nuit Les yeux clairs Ainsi soit-il ! Ignorance Échec et mat La chance ne passe qu'une fois L'homme qui avait changé de peau La leçon du grenier La preuve par l'absurde Plain-chant L'admirable Monsieur Pivert … Et qui se fait chair… Le choix Le cœur couronné Je te dois un aveu Le vainqueur Le tricheur Profils perdus Quadrille L'esprit de famille Le confident Cette pauvre Julie Carla La fenêtre sur la cour L'exclu Qui sait? Tante Lismonde Le journal insolite La biche Tel qu'en lui-même, enfin, l'éternité le change Une bavure L'ombre portée La métamorphose L'abonné absent Proserpine Boomerang Louis Dubrau, par Raymond Trousson

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