Préface
Paul Morand, dans une étude sur Cendrars et Cocteau, déclare que les grands poètes sont inconnus et ne se révèlent qu’à la génération qui les suit.
Avec quelques poèmes encore inédits, Marc Danval attend cette reconnaissance. Lecteur impénitent, il a d’abord brûlé d’une solilarité fervente pour le jazz et la poésie. Possédé de contre-temps, il est devenu celui qui transmute les rythmes en mots selon un pragmatisme lyrique que j’ai aimé dès ses premiers poèmes.
Deux rives brûlantes appellent tour à tour son inspiration la plus affective : l’amour et le jazz ! Et peut-être ces deux expressions sont-elles les attributs complémentaires de sa technique artistique ? Je discerne aussi un artisanat poétique qui le pousse vers une adhésion surréaliste qui l’illumine.
Faut-il dire que je ne goûte pas toujours les poèmes de beaucoup de mes jeunes confrères qui ne s’expriment trop souvent qu’en phrases elliptiques d’un seul mot ou qui trucident les vers avec des conjonctions inexpressives ou des amputations malencontreuses.
La nouvelle génération semble s’être généreusement brouillée avec les lois traditionnelles de la poésie française ! Les chefs-d’œuvre qu’elle nous propose sont des symbioses de suggestion, insolubles. J’ai, pour ma part, gardé la nécessité fonctionnelle de la tradition où je retrouve toute l’évolution lyrique de ses origines à la libération.
La révélation de Marc Danval, qui inscrit au fronton de la perception sensible, une nouvelle expression d’intelligence, démontre aussi le pouvoir de polyvalence sinon de diaspora des zones francophones en dehors de l’Hexagone et la validité essentielle de l’art français au-delà des frontières extérieures de la France.
On dirait que le pays académique peut chercher ses poètes dans un renouvellement en dehors de lui-même.
Il y a eu, au temps du symbolisme, la floraison des grands poètes flamands ; aujourd’hui, il en va autrement ! Paris fut longtemps le phare centralisateur de la beauté créatrice mais, depuis hier, la poésie peut se retrouver au Canada qui foisonne d’artistes, ou dans les capitales enfoncées dans la brousse africaine, ou dans les îlots perdus du Proche-Orient, ou encore en Suisse qui nous a donné l’ancêtre Cendrars, ou même du côté du Grand-Duché d’Anise Koltz.
En Belgique, un particularisme plus compliqué a présidé à la maturation intellectuelle. L’art de la peinture, qui a donné du génie à tous les musées du monde a attendu longtemps avant d’éclater, en Wallonie, par deux peintres de dimension internationale : Magritte et Delvaux.
Il a fallu aussi longtemps pour voir éclore en poésie les noms de Thiry, de Norge, de Chavée, de Vandercammen, de Gérard Prévot.
Et voici qu’à la pente suprême de l’âge où, vieux poète, j’ausculte l’avenir, je trouve dans la nouvelle génération plusieurs raisons de me réjouir et Marc Danval est un des signes de la renaissance qui se manifeste.
C’est un renouveau lyrique qui prend sa vitesse de croisière aux sources même d’un surréalisme mieux dirigé.
Et puisque la barre d’épreuve trouve sa juridiction à Paris, je signale à mes confrères de la Ville-Lumière cette autre lumière qui s’allume à Bruxelles, loin de leur capitale et que je salue du fond de mon attention émue.
Robert Goffin
de l’Académie royale de Belgique
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