Regardez : / La nuit s’allonge sur le sable plat / Les oiseaux tricotent des chants légers / La mer se retire à la pointe des vagues / La lune projette sur terre son large sourire cendré / Et le silence vint.
Ce tableau mélodieux d’une nuit sur la mer se glisse dans le premier recueil de Marc Rombaut, Ambiguïtés, paru en 1966, lorsqu’il avait vingt-sept ans. Recueil qui ouvre le volume réunissant aujourd’hui, chez Le nouvel Athanor, les Œuvres poétiques complètes de l’auteur.Ainsi pouvons-nous parcourir les saisons, les étapes, les couleurs d’un long chemin original en poésie, « habité de confiance d’être et hanté d’inquiétude métaphysique », comme le dessine Jean-Luc Maxence dans sa préface. Après Ambiguïtés se découvrent Failles (1967) ; Le festin (1968), dédié à Arthur Adamov :
Partir, partir. Encore un songe insidieux. Comme si on pouvait aller quelque part ailleurs qu’en nous-mêmes. Et puis, pourquoi prétendre que des passions nouvelles ne surgissent pas au détour d’un rêve ?
Le regard sauvage (1972) :
S’affranchir de la distance qui nous sépare de la réalité / inconnue de nous. / Saisir le vide qui surprend le regard quand il se pose / sur notre nuit.
Nuit et paroles (1975) :
Reste la tendresse du ciel. Essentiellement / l’émotion née de la rencontre d’un visage / et de la parole. Et le regard posé par / cette infinité de rencontres précède / la marche du temps, le jour et / la nuit qui désignent le ciel / en son insondable éternité.
Matière d’oubli (1983), alliant le récit poétique à sa représentation musicale, Anamorphoses d’André Riotte.À La lettre du nom, suivie de Six poèmes pour une dédicace à Pier Paolo Pasolini (1990) succédait l’émouvant Miroirs de l’autre (1995) :
Toujours la déchirure / dans les mots / toujours l’intenable demain / cette durée de nous / au fond de ton visage parlé.
Jusqu’à La vie pénétrée (inédit), « écrit pour Celle qui fut là » :
Il se perdait en elle pour s’y retrouver. Ils fusionnèrent sous les nuages du bonheur. Il la reconnut sienne à sa voix brûlante. Il l’attendait depuis le commencement. Une injonction du destin. » « Le risque de vivre porte la lumière.
La traversée de cette vie en poésie ne doit pas faire oublier d’autres versants. Le romancier (Le chat noir laqué, Ville sanguine, La chose noire, Chelsea romance…). L’essayiste (La poésie négro-africaine d’expression française, La parole noire, Paul Delvaux, Pier Paolo Pasolini…).La littérature n’a pas de frontières…Francine Ghysen
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