En donnant, dans ce premier recueil de poésie, la parole au chardon, Marc Menu acère encore un peu plus sa plume en jouant avec les caractéristiques de cette plante plus proche de l’ortie que de la tulipe. Bibliothécaire de formation, l’auteur nous avait enchantés avec ses Petites méchancetés sans grandes conséquences, quelques courtes nouvelles grinçantes réunies chez l’éditeur Quadrature. Ici, dès les premières lignes, le lecteur comprend que derrière cette mauvaise herbe anthropomorphe se cache l’homme, et donc le poète avec ses doutes, ses désenchantements et ses contradictions. Plus intimes, plus personnels aussi, ces poèmes font entendre une voix déçue, désabusée mais qui n’hésite pas, en murmurant, à adopter un ton sarcastique et ironique car, on le sait, l’attaque est souvent la meilleure défense.
on m’a souvent traité de mauvaise herbe
j’ai fini par en prendre mon parti les années m’ont appris à dissimuler mes fleurs bleues et à arborer mes épines comme bouclier
Mais qui sont ceux à qui la ronce décoche ses épines ? Des plumitifs ou gratte-papiers obséquieux ? Des fats sérieux en manque de reconnaissance ? Peu importe en somme car la pique fait mouche ! Le plus souvent par des formules pleines de dérision et d’humour rusé, un envoi que révèle la chute du poème. Comme le signale Yves Namur dans la préface, la poésie de Marc Menu a des accents proches des textes courts et incisifs d’un Follain ou d’un Renard. On pourrait ajouter qu’elle entretient une accointance avec les sentences définitives chères à Félix Fénéon, voire à Paul Léautaud mais en moins hargneux. Mélancoliques ou désabusés, les mots ne jettent cependant pas le gant, le poète ne désarme pas même
sous l’œil imbécile d’une poignée de volatiles autosatisfaits
Que reste-t-il au chardon pour s’arracher et s’envoler vers la mer ? Peut-être l’entrelacement
des corps et des troncs, mes rêves érotiques me laissent en sang tant il est vrai que les roses ont des épines
Peut-être aussi enfin par le jeu subtil avec les mots qui s’enchevêtrent comme pour mieux s’enlacer,
les ronciers s’entremêlent du bout des épines fils de verts barbelés
Rony Demaeseneer
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