Julos Beaucarne a pris son vélo pour l’arc-en-ciel et ses longs cheveux blancs font désormais au firmament, un filamenteux et élégant nuage. Le poète a inspiré et coloré plusieurs générations de son lumineux sourire. Le voici s’éparpillant pour toujours, disséminé à jamais dans autant de cœurs qu’il eut d’auditeurs, de lecteurs, de spectateurs. Auteur à la hauteur de Carême ou Prévert, il fit encore récemment sous la plume de Jean Jauniaux le sujet de la collection « L’article » aux Éditions Lamiroy.Sans surprise, c’est la proximité qui va sauter aux souvenirs de tous ceux qui l’ont rencontré : Julos est décidément un intime comme le troubadour a pu généreusement l’être avec tous ses interlocuteurs, toute sa vie. Un amour mutuel, l’un pour l’artiste Julos, l’autre pour l’être Jean s’épanouit entre les deux protagonistes dans ce texte court et profondément amical. La poésie comme royaume en est un titre parfait car idoine pour désigner la vie du fameux poète du terroir, multidisciplinaire, de la plume à la voix, de l’écologie à la sculpture, de la fantaisie à la larme, de la militance à l’alarme.Écrit sur un ton d’éternité, celle-ci se mesure à la capacité de Julos à entrer dans l’âme du monde, c’est-à-dire celle universelle de tous les êtres humains et celle de la Terre, harmonieuse et paradisiaque ; si l’on veut bien : il suffit de sourire pour être heureux. C’est gnangnan, puéril, bisounours ? Essayez… essayez là, maintenant, tout de suite… Alors ? Paix aux personnes de bonne volonté, ici et maintenant. Tel est le message ancestral porté par le chantre de la langue française et autres dialectes wallons.Le passeur nous dit l’enchantement de ces textes anciens qu’il redonne à la lumière : « Vieilles chansons accrochées aux murs des vieilles villes, les mélodies oubliées qui reviennent parfois, qui flottent dans les airs qu’on chante en des veillées quand remonte soudain tout un goût d’autrefois, mélodies inventées au fin fond d’un village par un bel inconnu dont on ne sait plus rien, lointaines et persistantes, elles traversent les âges, zonzonnent à nos oreilles leur mystérieux refrain. »Super héros du perpétuel mélodieux, Julos est de ceux qui ont toujours été là dans l’histoire de l’humanité, de toutes les civilisations, présent pour lier le réel au rêve, tirer nos indépassables aspirations de l’ombre à la lumière du possible. Avec une seule et suprême devise : la générosité est la seule réponse, notre seul bien, l’absolue substance. Elle traverse tout le vivant : embrassez un arbre, caressez son écorce, écoutez sa sève, fermez les yeux, entrez au rythme du vent dans ses feuilles, savourez les saisons comme des fruits du temps et dansez toutes les météos, le corps et l’esprit nus comme au petit matin de votre naissance.C’est peut-être pour cette raison qu’il aim[ait] à alterner les genres, sur scène. Tantôt, il amuse. Tantôt, il émeut. Il sait que le rire désarme le cœur. Celui-ci alors peut accueillir à bras ouverts la tendresse, la tristesse, la mélancolie, l’empathie, la détresse dont certains des plus beaux poèmes écrits ou interprétés par Julos Beaucarne sont empreints.Tito Dupret
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