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Résumé

De la sortie de presse du Discours sur les sciences et les arts, en janvier 1751, à la publication posthume des Confessions, en 1782 et 1789, en passant par sa rupture retentissante avec les «philosophes» ou les condamnations de l'Émile et du Contrat social, Jean-Jacques Rousseau n'a cessé de passionner l'opinion. Il a très tôt représenté un type nouveau d'intellectuel en rupture avec l'ordre social, avant de devenir un maître à penser et un directeur de conscience.

Quels témoignages les contemporains qui ont approché ce personnage hors du commun ont-ils laissés sur celui qui, avec Voltaire, partage la vedette de l'actualité littéraire et philosophique? Comment son image a-t-elle évolué, depuis celle du prophète ou du charlatan évoquée en 1750 par Mme de Graffigny, jusqu'à celle de l'inspirateur de la Révolution française en passant par celle du misanthrope sublime ou du saint? Quel autre écrivain a pu être comparé, par ses lecteurs enfiévrés, à Moïse, à Lycurgue, au Christ?

On trouvera ici une soixantaine de ces témoignages de visiteurs, français et étrangers, admirateurs inconditionnels ou mémorialistes hostiles, qui ont relaté leur rencontre avec l'homme qui osait dire : «Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent.»

À propos de l'auteur·rice

Raymond Trousson

Né à Bruxelles le 11 juin 1936, Raymond Trousson, au terme de ses humanités à l'Athénée royal de Saint-Gilles, s'inscrit à l'Université libre de Bruxelles, tâte de la philologie classique, n'y trouve pas son compte et bifurque vers la philologie romane, assuré que là est sa place depuis le jour où il a assisté, dans l...

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Charles-Joseph de Ligne : Mes deux conversations avec Jean-Jacques [fin juin 1770] Lorsque Jean-Jacques Rousseau revint de son exil j'allai le relancer dans son grenier, rue Plâtrière. Je ne savais pas encore, en montant l'escalier, comment je m'y prendrais pour l'aborder; mais, accoutumé à me laisser aller à mon instinct, qui m'a toujours mieux servi que la réflexion, j'entrai, et parus me tromper. – Qu'est-ce que c'est? me dit Jean-Jacques. Je lui répondis : – Monsieur, pardonnez. Je cherchais M. Rousseau de Toulouse. Je ne suis, me dit-il, que Rousseau de Genève – Ah oui, lui dis-je, ce grand herboriseur ! je le vois bien. Ah mon Dieu! que d'herbes et de gros livres! Ils valent mieux que tous ceux qu'on écrit. Rousseau sourit presque, et me fit voir peut-être sa pervenche, que je n'ai pas l'honneur de connaître, et tout ce qu'il y avait entre chaque feuillet de ses in-folio. Je fis semblant d'admirer ce recueil très peu intéressant, et le plus commun du monde; il se remit à son travail, sur lequel il avait le nez et les lunettes, et le continua sans me regarder. Je lui demandai pardon de mon étourderie et je le priai de me dire la demeure de M. Rousseau de Toulouse; mais, de peur qu'il ne me l'apprît et que tout fût dit, j'ajoutai : «Est-il vrai que vous soyez si habile pour copier la musique?» Il alla me chercher des petits livres, en long, et me dit : «Voyez comme cela est propre!» Et il se mit à parler de la difficulté de ce travail, de son talent en ce genre, comme Sganarelle de celui de faire des fagots. Le respect que m'inspirait un homme comme celui-là, m'avait fait sentir une sorte de tremblement en ouvrant sa porte, et m'empêcha de me livrer davantage à une conversation qui aurait eu l'air d'une mystification si elle avait duré plus longtemps. Je n'en voulais que ce qu'il me fallait pour une espèce de passeport ou billet d'entrée, et je lui dis que je croyais pourtant qu'il n'avait pris ces deux genres d'occupation servile, que pour éteindre le feu de sa brûlante imagination. Hélas! me dit-il, les autres occupations que je me donnais pour m'instruire et instruire les autres, ne m'ont fait que trop de mal. Je lui dis après, la seule chose sur laquelle j'étais de son avis dans tous ses ouvrages, c'est que je croyais comme lui au danger de certaines connaissances historiques et littéraires, si l'on n'a pas un esprit sain pour les juger. Il quitta dans l'instant sa musique, sa pervenche et ses lunettes, entra dans des détails supérieurs peut-être à tout ce qu'il avait écrit, et parcourut toutes les nuances de ses idées avec une justesse qu'il perdait quelquefois dans la solitude, à force de méditer et d'écrire; ensuite, il s'écria plusieurs fois : Les hommes! Les hommes!
Table des matières Introduction Les témoignages I. Pierre-François Montaigu II. Madame d'Épinay III. Madame de Graffigny IV. Madame de Graffigny V. Isaak Iselin VI. Antoine Bret VII. Toussaint-Pierre Lenieps VIII. Isaac-Ami Marcet de Mézières IX. Théodore Rousseau X. Jean-Baptiste Tollot XI. Portrait de M. R… XII. Giacomo Casanova XIII. François Favre XIV. Christian Félix Weisse XV. Joseph Teleki XVI. Ludwig Heinrich Nicolay XVII. Isabelle Czartoryska XVIII. Melchior Grimm XIX. Pierre Mouchon XX. Niklaus Anton Kirchberger XXI. Jakob Wegelin et Johann Schulthess XXII. Jakob Heinrich Meister XXIII. Jakob Heinrich Meister XXIV. Johann Karl von Zinzendorf XXV. James Boswell XXVI. François-Louis d'Escherny XXVII. David Hume XXVIII. David Hume XXIX. Gaspard Bovier XXX. L.-A. Donin de Champagneux XXXI. C. Anglancier de Saint-Germain XXXII. Charles-Joseph de Ligne XXXIII. Jacob Jonas Björnstahl XXXIV. Jean-Joseph Dusaulx XXXV. Charles-Gaspard de Toustain XXXVI. Charles Burney XXXVII. Madame de Genlis XXXVIII. Carlo Goldoni XXXIX. Louis-Sébastien Mercier XL. Pierre Picot XLI. Jacques-Louis Ménétra XLII. Bernardin de Saint-Pierre XLIII. Richard Lovell Edgeworth XLIV. Emmanuel de Croÿ XLV. Antoine Bret XLVI. Louis-François de Crillon XLVII. François de Chambrier XLVIII. Claude Eymar XLIX. Claude-Joseph Clos L. André-Modeste Grétry LI. Nicolas Bergasse LII. Julien Moutonnet-Clairfons LIII. Marie-Jeanne Phlipon LIV. Thomas Bentley LV. Aurore de Saxe LVI. Pierre Prévost LVII. Paul-Claude Moultou LVIII. Jean-Hyacinthe de Magellan LIX. René Girardin LX. Alexandre Deleyre LXI. Guillaume-Olivier de Corancez LXII. Stanislas de Girardin Les témoins

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