Un valeureux gaillard, Jean-Denis Coumba, petit-fils de Sibri-le-Colosse, descendant de Mamba, le chef de cavalerie du roi des Mossi, quitte l’Afrique et entreprend la traversée vers l’Europe. Un autre gars de son village, Diabaté, son presque frère, celui dont le grand-père a trahi, l’accompagne. Le petit rafiot qui les transporte coule et emporte au fond des abysses tous ses occupants, excepté Jean-Denis qui survit et nage jusqu’à Anvers. Là, le bourgmestre – un ancien gros qui cherche à redorer son blason – le prend sous son aile et lui propose de devenir lieutenant-colonel à cheval. Mais Jean-Denis s’ennuie rapidement et continue sa route jusqu’à Paris. S’il veut vivre comme un prince, c’est là qu’il doit se rendre ! L’homme ne s’en sort pas trop mal : il travaille illégalement à Rungis, aide les touristes au pied de la Tour Eiffel et se nourrit dans les poubelles du XVIème. Toutefois, un chinois, Monsieur Ping, qui a remarqué sa puissance, désire l’embaucher. À force de refuser, l’Asiatique lui colle l’inspection au cul. Diabaté fait son grand retour. L’homme a également survécu au naufrage. Les aventures de Jean-Denis ne sont pas terminées. En échange d’une promesse de papiers, il se retrouve à garder le chien de la femme du patron de Rungis. Un petit chien nerveux qui ne cesse d’aboyer et qui fera basculer la pièce dans une toute autre dimension.Ce conte retrace, avec beaucoup d’humour, de poésie et de magie, les étapes, somme toute héroïques non ?, que peut franchir un migrant : la route, la traversée, l’arrivée, l’acclimatation, le danger, la peur, la pauvreté, mais aussi une détermination sans faille et une soif de vivre. Aucun misérabilisme dans ce récit, ni culpabilisation. Le migrant est vu comme un héros : un homme fort, combatif et extrêmement sympathique. À travers une langue riche au grand pouvoir d’évocation, René Bizac déconstruit l’image que l’on peut se faire du migrant, mais aussi du héros. La fin de la pièce bascule dans l’irréel et transporte le lecteur dans un conte « philosophico-fantastique » aux couches multiples. L’auteur convoque un griot, un spectre de mère et avec eux, des figures du migrant beaucoup plus fragiles : femmes et enfants. La fin du récit, très surprenante, reste ouverte.
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